Nos Sages ont affirmé : « Tout homme qui ne possède pas de maison n’est pas un homme »,1 enseignant en cela que la nécessité d’un lieu de résidence touche à l’essence même de la nature humaine.

C’est d’ailleurs le thème au cœur du drame des personnes déplacées, qu’il s’agisse de victimes de catastrophes naturelles, de réfugiés fuyant la guerre et le danger, de migrants fuyant la misère ou de pauvres sans domicile fixe. Face à une telle situation inhumaine, quel positionnement une société humaine doit-elle adopter ?

Interrogeons-nous sur cette nécessité absolue que constitue pour l’être humain une demeure. D’où provient-elle ?

La Genèse nous le dit : « Faisons l’homme à Notre image »,2 dit le Créateur, ce qui eut pour conséquence que l’homme partage les besoins intrinsèques de D.ieu. Mais D.ieu a-t-il des besoins ? Et le besoin d’une maison qui plus est ? N’est-il pas Lui-même « le lieu du monde » ?

De fait, la démarche même de la création fut de créer, au sein de Son existence même, une réalité au sein de laquelle Il pourrait « résider », un monde qui serait façonné par la civilisation des humains qui sont « à Son image » pour refléter Sa volonté, de sorte qu’Il y soit « chez Lui » et qu’Il puisse s’y révéler dans Son essence, tel le roi dans l’intimité de ses appartements privés.

« Qu’ils Me fassent un sanctuaire, et Je résiderai en leur sein »,3 ordonna D.ieu peu après le don de la Torah au Sinaï. Nous lui avons ainsi fait le Tabernacle, puis le Temple à Jérusalem. Puis quand le Temple fut détruit aux mains des Babyloniens, nous l’avons reconstruit 70 ans plus tard. Mais il fut hélas de nouveau détruit par les légions d’Hadrien et cela fait près de 2000 ans « qu’il est dévasté et que les renards y circulent ».4 La Présence divine n’y est plus. Elle ne demeure que dans le Mur occidental du mont du Temple, le seul à n’avoir pas été détruit, et elle s’est disséminée dans les « petits sanctuaires »5 que sont les synagogues du monde entier, de ci et de là.6

D.ieu est-il devenu un sans-domicile-fixe ?

Non pas, car en attendant que le Temple soit reconstruit à Jérusalem, il est un autre Temple qui lui fait écho et que rien ni personne ne peut détruire : celui qui est dans votre cœur. En effet, dans le commandement énoncé ci-dessus, il n’est pas dit « Je résiderai en son sein », c’est-à-dire dans le Sanctuaire, mais « en leur sein », « en eux », dans le cœur des hommes, des femmes et des enfants.

Si ce Temple ne peut être détruit, il peut toutefois être oublié, délaissé, relégué dans les profondeurs du subconscient au profit des préoccupations du quotidien et des plaisirs éphémères.

Alors pour que sa sainteté inhérente irradie votre vie et rayonne dans le monde autour de vous, faites briller votre Ménorah intérieure de la lumière de la Torah et des mitsvot, allumez le feu de l’autel où la vitalité de votre âme animale se transforme en « odeur agréable à l’Éternel » par les bonnes actions qu’elle accomplit et les sacrifices qu’elle s’impose pour le bien universel, et faites de votre cœur une Arche Sainte pour abriter les Tables de la Loi et les Dix Commandements.