Réeh
Des vacances pour l’âme
En août, beaucoup éprouvent le besoin de changer d’air. On ferme la porte, on charge les valises, on endure les embouteillages ou les files d’attente, pour finalement dormir dans un lit moins confortable que le sien. Et l’on rentre parfois si épuisé qu’il faut quelques jours pour s’en remettre.
Pourquoi ne pas être resté chez soi ?
Parce que les vacances ne servent pas seulement à se reposer. Elles permettent de s’arracher quelque temps au décor qui nous enferme dans nos habitudes. À la maison, les objets, les messages et les tâches en suspens nous ramènent sans cesse à ce que nous faisons chaque jour. Pour retrouver un regard neuf, il faut parfois changer de lieu.
La paracha de Réeh s’ouvre précisément par une invitation à regarder autrement : « Vois, Je place aujourd’hui devant vous la bénédiction et la malédiction. » La bénédiction n’est pas toujours immédiatement visible. Elle se dissimule parfois dans ce qui nous dérange, nous déplace ou bouleverse nos plans.
La Torah ordonne pourtant que les sacrifices soient offerts uniquement « dans le lieu que D.ieu choisira » : Jérusalem, où serait édifié le Temple. Elle reconnaît elle-même que ce lieu pourrait être « éloigné ». Pourquoi imposer à certains plusieurs semaines de voyage ? N’aurait-il pas été plus commode de bâtir des temples dans tout le pays ?
Le long chemin vers Jérusalem illustre précisément cette idée : ce qui paraît d’abord une contrainte peut devenir une source de renouveau. Cette distance n’était donc pas seulement un obstacle : elle faisait partie du voyage intérieur.
Trois fois par an, à Pessa’h, Chavouot et Soukkot, le Juif quittait sa maison, son travail et ses repères pour monter à Jérusalem. Là, au Temple, il retrouvait avec une intensité nouvelle Celui qu’il servait pourtant chaque jour. En revenant chez lui, il reprenait les mêmes Mitsvot et les mêmes prières, mais il n’était plus tout à fait le même.
Car la routine possède deux visages. Elle nous donne la constance sans laquelle rien ne se construit. Mais elle peut aussi vider nos gestes de leur vie. On peut prier chaque matin sans plus se souvenir devant Qui l’on se tient. On peut accomplir une Mitsva avec une régularité parfaite, mais sans élan, comme on répète machinalement mille gestes familiers.
L’âme aussi a donc besoin de vacances : non pour s’éloigner de la Torah, mais pour sortir de la manière routinière dont elle la vit.
Certains trouveront ce renouveau en Israël ou dans un lieu saint. Mais nul besoin de traverser le monde : on peut ouvrir un livre nouveau, participer à un cours, prendre le temps de mieux prier ou accomplir enfin une Mitsva trop longtemps remise au lendemain.
Ce réveil ne transforme pas seulement celui qui le vit. Chaque Mitsva vécue avec une conscience nouvelle révèle un peu davantage la présence de D.ieu dans le monde. Elle contribue ainsi au renouveau collectif et rapproche la venue de Machia’h, lorsque cette présence ne sera plus voilée, mais pleinement manifeste aux yeux de tous.
Car les voyages les plus importants ne se mesurent pas toujours en kilomètres. Il n’est pas toujours nécessaire d’aller loin. Mais pour grandir – et faire avancer le monde vers sa destination – il faut accepter de bouger.
Chabbat Chalom !
De vos amis @ Fr.Chabad.org
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