Nous avons déjà précisé que la fonction du Mikvé n’est pas de développer l’hygiène corporelle. Le concept du Mikvé est essentiellement spirituel.

La vie juive est marquée par la notion de havdalah, qui signifie « séparation », « distinction ». Le samedi soir, à l’issue du Chabbat lorsque commence une nouvelle semaine, on rappelle aux Juifs les frontières qui délimitent chaque aspect de la vie juive. Sur un verre de vin sanctifié, les Juifs bénissent D.ieu qui « établit une séparation entre le saint et le profane, entre la lumière et l’obscurité, entre Israël et les nations, entre le septième jour et les six jours de travail... »

De fait, la traduction littérale du mot hébreu kodech – la plupart du temps traduit par « saint » – est « ce qui est séparé », mis à l’écart dans un but unique : la consécration.

Bassin du Mikvé d'Antibes-Juan les Pins
Bassin du Mikvé d'Antibes-Juan les Pins

À maints égards, le Mikvé est la limite qui sépare ce qui n’est pas saint de ce qui est saint, mais il est encore bien plus. En termes simples, l’immersion dans un Mikvé entraîne un changement de statut, ou plus exactement, une élévation dans le statut de la personne. Sa qualité essentielle réside dans son pouvoir de transformation, dans sa capacité à effectuer une métamorphose.

Au commencement, il y avait seulement l’eau. Liquide miraculeux, source première et base vivifiante de toute nourriture et, par extension, de toute vieDes ustensiles qui jusqu’à présent ne pouvaient pas être utilisés pourront, après immersion, être utilisés pour l’acte saint qui consiste à se nourrir comme un Juif. Une femme qui depuis le début de sa période de menstruation possédait le statut de niddout, séparée de son mari, peut de nouveau être réunie avec lui dans la sainteté fondamentale des relations maritales. À l’époque du Temple, les hommes et les femmes qui ne pouvaient pas participer aux services à cause d’une impureté rituelle, pouvaient après immersion, gravir le mont du Temple, entrer dans la demeure de D.ieu et participer aux cérémonies sacrificielles et aux autres rituels. Le cas du converti est encore plus édifiant : la personne qui entre dans les eaux du Mikvé comme non-Juif, en sort comme un Juif à part entière.

Les commandements divins, les 613 injonctions connues sous le nom de mitsvot, sont divisés en trois catégories :

Les Michpatim sont les lois qui régissent le domaine civil et moral de la vie quotidienne. Elles sont logiques, faciles à comprendre et considérées par tous comme les règles indispensables à la fondation et au maintien d’une société saine. Ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre d’adultère en sont quelques exemples.

Les Edouyot, ce sont les rites et les coutumes qui correspondent aux témoignages. Cette catégorie inclut les nombreux actes religieux qui rappellent aux Juifs les moments importants de leur histoire et servent de témoignage aux fondements de la foi juive, comme l’observance du Chabbat, la célébration de Pessah, et la pose de la Mezouza sur les montants des portes.

La troisième catégorie, les ‘Houkim, sont des lois suprarationnelles. Ce sont des décrets divins sur lesquels l’esprit humain ne peut pas avoir de prise. Les ‘Houkim défient totalement l’esprit humain et ses capacités de compréhension. Depuis la nuit des temps, ils ont été source de moquerie, objets de mépris, et leur existence fut considérée comme gênante et honteuse par les détracteurs du Judaïsme. Mais aux yeux des Juifs pratiquants, ces lois incarnent la mitsva par excellence ; une voie pure, non corrompue, pour s’attacher à D.ieu. Ces mitsvot sont reconnues comme les plus grandes, celles qui ont la capacité de toucher l’âme à son niveau le plus profond. Libérées des limites de l’esprit humain, ces lois sons respectées pour une seule et unique raison : accomplir la parole divine. Les lois de la cacherout, l’interdiction de porter du chaatnez (un vêtement fait d’un mélange de lin et de laine) et les lois de la Pureté Rituelle et du Mikvé en font partie.

Le Mikvé représente en même temps le ventre maternel et la tombe ; la porte d’entrée dans la vie et vers ce qui vient après la vieMalgré tout ce que l’on peut dire, nous voyons bien qu’il est impossible de comprendre la raison profonde du processus de Pureté Familiale et de son aboutissement, l’immersion dans le Mikvé. Nous l’observons simplement parce que D.ieu nous l’a ordonné. Bien entendu, certaines réflexions peuvent nous aider et donner de la profondeur et du sens à notre expérience personnelle du Mikvé.

Au commencement, il y avait seulement l’eau. Liquide miraculeux, source première et base vivifiante de toute nourriture et, par extension, de toute vie, comme nous le savons. Mais le Judaïsme nous enseigne que c’est bien plus encore. Car ces qualités de l’eau en tant que base de la vie et source d’énergie ont leur équivalent dans le domaine spirituel. L’eau a le pouvoir de purifier : de nous revivifier et de nous ramener à notre être spirituel fondamental.

Le Mikvé représente en même temps le ventre maternel et la tombe ; la porte d’entrée dans la vie et vers ce qui vient après la vie. Dans les deux cas, l’homme est dépourvu de tout pouvoir et de tout moyen. Dans les deux cas il se trouve dans une dépendance totale, dans l’absence totale de contrôle. L’immersion dans le Mikvé peut être considérée comme un acte symbolique d’annulation de soi, la suspension consciente de son moi, en tant que force autonome. Le Juif qui s’immerge dans le Mikvé exprime son désir de s’unir avec la Source de toute vie, de revenir à l’unité originelle avec D.ieu. L’immersion traduit l’abandon d’une forme d’existence pour atteindre une autre forme d’existence, infiniment supérieure. En relation avec cette idée, l’immersion dans un Mikvé est décrite non seulement comme une purification, une revitalisation et un rajeunissement, mais aussi – et peut-être en premier lieu – comme une renaissance.