Pour les non initiés, un Mikvé moderne ressemble tout simplement à une piscine miniature. Dans le cadre d’une religion dans laquelle le détail, la beauté et la décoration ont une place importante – en ayant à l’esprit l’antique Temple de Jérusalem ou même les synagogues actuelles –, le Mikvé peut nous sembler bien peu de choses.

Son apparence ordinaire, cependant, est sans commune mesure avec la place fondamentale qu’il occupe dans la vie juive et dans ses lois. Le Mikvé est pour l’individu juif, la communauté et le peuple d’Israël dans son ensemble, la source de la pureté et de la sainteté. Aucune autre institution religieuse, aucune structure, aucun rite ne peut avoir un tel effet sur le Juif, ni agir sur lui à un niveau aussi essentiel. Les réserves d’eau naturelles de la planète – ses océans, ses rivières, ses sources et ses lacs approvisionnés par des eaux vives, sont des Mikvés dans leur forme la plus primaireToutefois, son pouvoir extraordinaire, dépend de ses modalités de construction et de spécifications nombreuses et complexes précisées dans la Halakha, la Loi Juive.

Les réserves d’eau naturelles de la planète – ses océans, ses rivières, ses sources et ses lacs approvisionnés par des eaux vives, sont des Mikvés dans leur forme la plus primaire. Elles contiennent des eaux d’origine divine et, d’après ce que nous enseigne la tradition, elles ont un pouvoir purificateur. Créées avant même que la terre ne prenne forme, ces étendues d’eau constituent la voie royale pour parvenir à la sainteté. Toutefois, elles peuvent aussi poser problème. Ces eaux peuvent être inaccessibles ou dangereuses, sans parler des problèmes de température et du manque d’intimité. Pour vivre pleinement leur Judaïsme, les Juifs ont dû construire des Mikvés (« bassins ») et ils l’ont toujours fait, en tout temps, en tous lieux et en toutes circonstances.

En bref : un Mikvé doit être construit à même le sol ou être intégré dans les fondations d’un bâtiment. Des réceptacles amovibles, tels des baignoires, des bassins à remous ou des jacuzzis, ne peuvent en aucun cas servir de Mikvé. Le Mikvé doit contenir au minimum 760 litres d’eau de pluie, recueillis et introduits dans le bassin du Mikvé selon des règles très précises. Dans les cas extrêmes, lorsqu’il est impossible d’obtenir de l’eau de pluie, on pourra utiliser de la glace ou de la neige provenant d’une source naturelle pour remplir le Mikvé. Tout comme pour l’eau de pluie, des règles spécifiques régissent leur transport et leur manipulation.

Un observateur non initié ne verra qu’un simple bassin, celui qui est utilisé pour l’immersion. Mais en fait la plupart des Mikvé ont deux, voire trois bassins attenants. Les eaux de pluie sont recueillies dans un bassin, tandis que le bassin d’immersion adjacent est régulièrement vidé puis rempli d’eau de robinet. Les deux bassins ont un mur commun qui comporte un trou d’au moins 5 cm de diamètre ; le libre contact entre les eaux des deux bassins, appelé « le baiser des eaux », fait de l’eau du bassin d’immersion une extension de celui contenant les eaux de pluie, lui conférant ainsi le statut de Mikvé. La Halakha impose d’être parfaitement propre avant de s’immerger(La description ci-dessus correspond à l’une des deux méthodes approuvées par la Halakha pour que le bassin soit considéré comme un Mikvé.) Les Mikvés modernes sont équipés de filtres et de systèmes de purification des eaux. En général, l’eau du Mikvé arrive à hauteur de poitrine de la personne qui se trempe et elle est maintenue à une température agréable. L’accès au bassin se fait par des marches (il existe des Mikvés équipés d’élévateurs à l’usage des personnes handicapées.)

Le Mikvé "Mei Menachem" de Larnaca, à Chypre
Le Mikvé "Mei Menachem" de Larnaca, à Chypre

Le Mikvé en tant qu’institution est victime d’une conception erronée. L’immersion dans l’eau est naturellement associée à la toilette. Pour compliquer encore les choses, dans le passé, les autorités interdisaient généralement aux Juifs de se laver dans les rivières des villes où ils habitaient. Pour contourner ces interdits, ceux-ci construisirent des bains publics dont beaucoup comportaient des Mikvés, soit à l’intérieur soit à proximité. Tous ces facteurs ont favorisé un malentendu entre la notion d’hygiène et l’idée fondamentale de Mikvé. Mais le Mikvé ne correspond nullement à un substitut mensuel du bain ou de la douche. Par contre, la Halakha impose d’être parfaitement propre avant de s’immerger. Pour faciliter l’application de cette prescription, les Mikvés modernes possèdent un espace de préparation, avec des baignoires et des douches, du shampooing, du savon, et tout le nécessaire de toilette et de beauté.

Des lieux raffinés et même somptueux, agrémentés d’entrées et de salles d’attente élégantes, de salles de bain pourvues de tout le nécessaire pour la préparation et des bassins de toute beauté ont été construits partout dans le mondeIl y a peu de temps encore, la plupart des Mikvés avaient seulement un caractère utilitaire : c’était leur fonction, non le confort, qui déterminait leur style. Les femmes juives modernes, les rabbins et les dirigeants communautaires ont pris peu à peu conscience de l’importance de l’environnement et depuis quelques décennies sont apparues de nouvelles tendances en matière de construction de Mikvé. Des lieux raffinés et même somptueux, agrémentés d’entrées et de salles d’attente élégantes, de salles de bain entièrement équipées de tout le nécessaire pour la préparation et des bassins de toute beauté ont été construits partout dans le monde. Certains Mikvés rivalisent avec les plus luxueux spas européens et offrent à leurs clientes bien plus de commodités qu’elles n’en ont chez elles.

Dans les communautés dont la population fréquente assidument le Mikvé, le bâtiment peut contenir vingt ou trente pièces de préparation et entre deux et quatre bassins d’immersion. Dans ces installations, toutes les salles de bain sont reliées par interphone à un bureau central et une hôtesse veille à ce que l’intimité des nombreuses utilisatrices du Mikvé soit préservée. Certains des plus grands Mikvés disposent de salles de conférence pour des visites et autres programmes éducatifs.

De nos jours, les grandes communautés juives ne sont plus les seules à pouvoir se vanter de posséder un Mikvé : on en trouve dans les endroits les plus reculés, voire même exotiques : à Anchorage en Alaska, à Bogota en Colombie, à Yerres en France, à Ladispoli en Italie, à Agadir au Maroc, à Asunción au Paraguay, à Lima au Pérou, au Cap en Afrique du Sud, à Bangkok en Thaïlande, à Zarzis en Tunisie et dans presque chaque ville de Russie, il y a des Mikvé cachères et confortables, ainsi que des rabbins et des rabbanites prêts à assister toute femme désireuse d’en faire usage. Dans la plupart des communautés, on peut organiser des visites du Mikvé à la demande. En arrivant dans une nouvelle ville ou au cours d’un voyage, on peut trouver toutes les informations sur les Mikvé de la région en appelant le bureau du Mikvé local, la synagogue orthodoxe ou le Beth ‘Habad.