Dans le passé, pendant leur période de menstruations les femmes étaient considérées comme une source de consternation et d’angoisse. Au mieux on les évitait, au pire elles étaient mises à l’écart et rejetées. Les femmes étaient souvent accusées, pendant cette période, de provoquer des catastrophes et des malheurs, comme si leur souffle ou leur regard avait le pouvoir de contaminer l’atmosphère. C’était une réaction simpliste, pour ne pas dire primaire, à un phénomène complexe dont le sens et les raisons échappaient aux esprits primitifs. Dans ces sociétés, on ne pouvait intégrer l’existence des menstruations qu’en les attribuant au diable et aux esprits démoniaques et en mettant en place une structure sociale qui imposait la mise à l’écart des femmes ayant leurs règles.

La source de toute pureté est la vie elle-mêmeDans cette perspective, le rythme de la vie maritale juive est considéré par certains comme un retour à des tabous archaïques, un système lié à des attitudes dépassées, s’appuyant sur une certaine forme de misogynie. En réalité, la Pureté Familiale est la célébration de la vie et constitue notre plus précieux atout en matière de relations humaines. On ne pourra le comprendre pleinement qu’en développant de manière plus approfondie la notion de pur et d’impur.

Le Judaïsme enseigne que la source de toute tahara, « pureté », est la vie elle-même. À l’opposé, la mort est considérée comme l’origine de la touma, « l’impureté ». Tous les cas d’impureté rituelle, et la Torah en décrit beaucoup, sont liés à l’absence de vie ou à une certaine mesure – parfois même infime – de mort.

Ramenées à leur essence, les menstrues féminines traduisent l’échec d’une vie potentielle. Chaque mois, le corps de la femme se prépare pour une éventuelle conception. La muqueuse utérine construit un cocon douillet, prêt à accueillir la vie, dans l’attente d’un ovule fertilisé. Les menstruations sont la destruction de ce cocon, la fin de cet espoir.

Le concept de pureté et d’impureté tel que prescrit par la Torah et mis en pratique dans la vie juive est unique ; il n’a pas d’équivalent ou de parallèle à notre époque moderneLa présence d’un potentiel de vie remplit le corps de la femme de sainteté et de pureté. Lorsque ce potentiel disparaît, l’impureté surgit, conférant à la femme un statut d’impureté, ou de façon plus spécifique de niddout. L’impureté n’est pas en elle-même mauvaise, ni dangereuse, ce n’est pas quelque chose de tangible. L’impureté est un état spirituel – l’absence de pureté –, tout comme l’obscurité est l’absence de lumière. Seule l’immersion dans un Mikvé, suivant les prescriptions requises, a le pouvoir de changer le statut de la femme.

Le concept de pureté et d’impureté tel que prescrit par la Torah et mis en pratique dans la vie juive est unique. Il n’a pas d’équivalent ou de parallèle à notre époque moderne. C’est peut-être pourquoi il est si difficile pour l’esprit contemporain d’appréhender cette notion et d’en percevoir la pertinence.

Dans les temps anciens cependant, l’impureté et la pureté (touma et tahara) étaient des facteurs essentiels et déterminants de la vie quotidienne. Le statut d’un Juif – à savoir s’il (ou elle) était rituellement pur ou impur – était au cœur de la vie juive. Il dictait et régulait la participation du Juif à tous les domaines de la vie religieuse. L’impureté, notamment, empêchait l’entrée dans le Saint Temple de Jérusalem, de même qu’il était impossible d’offrir des sacrifices en état d’impureté.

Autrefois, de nombreux types d’impureté pouvaient affecter les Juifs, soit dans leur vie personnelle, soit dans le service du Temple, et il y avait également de très nombreux processus de purification selon les situations. Mais, dans tous les cas, l’immersion dans le Mikvé était l’aboutissement du rite de purification. Celui qui était rituellement pur devait également se tremper dans un Mikvé pour se hisser à un niveau de spiritualité ou de sainteté supérieur. Pour toutes ces raisons, l’institution du Mikvé a pris une place prépondérante dans la vie juive.

À notre époque, alors que le Temple est en ruines, le pouvoir et l’importance du statut rituel ont quasiment disparu, reléguant cette dynamique dans l’ombre. Il y a, cependant, un domaine dans lequel la pureté et l’impureté jouent encore un rôle majeur. De nos jours, la seule prescription biblique d’immersion dans le Mikvé concerne la sexualité humaine. Pour en comprendre les raisons, nous devons tout d’abord connaître le point de vue de la Torah sur la sexualité.