« Le génie prodigieux du Rabbi s’étendait à toutes les disciplines. Il n’est aucun domaine du Talmud – de Babylone comme de Jérusalem –, aucun texte des décisionnaires, aucun commentaire ancien ou récent, etc., qu’il ne connût intimement… jusqu’à distinguer entre des sujets qui paraissent identiques et à relier des thèmes qui semblaient totalement éloignés, sans aucun rapport apparent. C’est là la singularité du Rabbi : l’exhaustivité de son étude dans toutes les dimensions de la grandeur en Torah… »

– Rav Yisroel Its’hak Piekarsky, Roch Yeshiva de la Yeshiva centrale Tom’hei Temimim, États-Unis

Chacun connaît l’envergure exceptionnelle du Rabbi en tant que guide et les immenses efforts qu’il déploya pour redonner vigueur au judaïsme et en rehausser le prestige auprès des Juifs du monde entier. Cependant, tous ne connaissent pas la grandeur du Rabbi en tant qu’érudit de la Torah. Peut-être sa renommée comme guide est-elle précisément la raison pour laquelle sa grandeur et son génie en Torah n’ont pas été suffisamment mis en lumière.

Les gens ordinaires ne sont pas en mesure d’apprécier à sa juste valeur le génie du Rabbi. Pourtant, quiconque parcourt, même superficiellement, l’un de ses exposés ne peut qu’être frappé par sa maîtrise extraordinaire de tous les domaines de la Torah. Chacun des exposés du Rabbi est émaillé de dizaines, voire de centaines, de références à toutes les parties de la Torah : les deux Talmuds et leurs commentaires, les versets bibliques, les responsa, la Halakha, la Kabbale, le Midrash et les commentaires, depuis les tout premiers jusqu’aux plus contemporains. Il est douteux que l’on trouve aujourd’hui quelqu’un qui ait autant innové en Torah ; même dans les générations passées, de telles figures furent extrêmement rares. Son immense œuvre créatrice, répartie sur deux cent cinquante volumes, embrasse tous les domaines de la Torah.

Tous ne connaissent pas la grandeur du Rabbi en tant qu’érudit de la Torah.

Il est néanmoins particulièrement instructif de relever quelques-uns des aspects les plus manifestes de la manière dont le Rabbi étudiait la Torah.


La caractéristique peut-être la plus remarquable de la Torah du Rabbi est la logique simple qui caractérise son enseignement, grâce à laquelle il dégage le point le plus profond d’un sujet, tout en embrassant l’ensemble de ses éléments et en faisant pleinement ressortir chacun d’eux, sans négliger le moindre détail.

Au début d’un exposé, le Rabbi en dissèque chaque élément et présente des difficultés qui paraissent inconciliables. Il nous surprend par la « klotz kouchia » – la question du naïf –, celle que les érudits comme les gens ordinaires n’osent pas poser tant elle paraît simple, alors même que la difficulté semble défier toute solution. Mais lorsque le Rabbi explique et clarifie le sujet, et met au jour la profondeur cachée dans le verset, ces paroles des Sages, etc., deviennent simples, limpides et pleinement éclairées, au point que l’on ne peut plus imaginer qu’elles puissent être compris autrement.

C’est précisément cette logique simple et limpide qui a fait des enseignements du Rabbi le patrimoine de tous. Le Rabbi ne se livre pas à un « pilpoul » complexe – à des distinctions poussées jusqu’à l’extrême. D’une part, il appuie solidement sa démonstration sur l’Écriture, le Talmud et leurs commentaires, ainsi que sur la Halakha, le Midrash et la Kabbale. D’autre part, il offre une explication lumineuse, une clarification méthodique et une analyse point par point, suivant une logique qui semble presque s’imposer d’elle-même.

La Torah du Rabbi constitue une synthèse étonnante, qui se manifeste en trois qualités : la clarté, la maîtrise et la concision.

Clarté

Le Rabbi « plonge » dans les profondeurs du Talmud et y aborde les questions les plus profondes et les plus complexes, auxquelles de grands érudits consacrent des années d’étude afin d’en saisir le sens. Pourtant, le Rabbi semble les tenir toutes dans la paume de sa main. Lorsqu’il les cite dans ses exposés, tout devient accessible et semble aller de soi, comme s’il était impossible de s’y égarer.

Maîtrise

Pour qui étudie sa Torah, la remarquable clarté avec laquelle le Rabbi présente un sujet ne se fait au détriment ni de sa profondeur ni de sa richesse. Tout y paraît simple, tout en recelant sa pleine profondeur. Le Rabbi construit ses exposés avec la main d’un artiste. Tout y est unifié, agencé et harmonieux. Chaque exposé et chaque causerie sont, du début à la fin, méthodiquement édifiés comme le seraient des tours. Aucun détail ne demeure inexpliqué ni ne s’écarte de l’ensemble.

Concision

Les exigences de la clarté et de la maîtrise pourraient naturellement conduire à un exposé long et complexe. Or, chez le Rabbi, s’y ajoute une merveille, peut-être plus grande encore que les précédentes : une concision qui défie l’explication. Le Rabbi prend d’immenses sujets puisés aux confins de la Torah – parfois même des thèmes contradictoires – et, par un génie stupéfiant, les condense en quelques phrases, voire en quelques mots. Exposé après exposé, causerie après causerie, les vastes étendues de la Torah se condensent et s’ordonnent, avec une précision magistrale, en un édifice complet, « coulé d’un seul bloc d’or pur ».

Pour le Rabbi, toute la Torah, dans la totalité de ses détails et de ses composantes, forme un tout unifié. Grâce à l’étendue de son savoir, toute la Torah se déploie devant lui ; par la pureté de son intelligence, il saisit la profondeur du sujet et en identifie le point central, lequel s’applique tout autant à un domaine entièrement différent et éloigné – comme s’il « déplaçait des montagnes – des sujets apparemment sans lien – et les broyait les unes contre les autres par la force du raisonnement ».

Pour le Rabbi, toute la Torah, dans la totalité de ses détails et de ses composantes, forme un tout unifié

En mettant au jour la profondeur du point essentiel, le Rabbi montre que chaque notion et chaque détail de la Torah ne se limitent pas au sujet particulier dans lequel ils apparaissent, mais renferment un principe général qui s’applique à la Torah tout entière.

À l’étude des enseignements du Rabbi, on peut aisément avoir l’impression qu’il ne se considérait que comme un ordonnateur et un compilateur, irriguant le monde par la Torah de ses maîtres. Mais c’est précisément pour cette raison que l’on prend soudain conscience qu’au sein même de cette œuvre d’agencement se révèle un courant qui lui est propre : un flot d’enseignements novateurs embrassant toute la Torah, tous formulés avec la plus grande simplicité, même lorsqu’ils portent sur les questions les plus profondes et les idées les plus élevées.

Par sa méthode d’étude, le Rabbi offre lui-même un exemple de ce qui se produit « lorsque tes sources débordent » : même lorsque le fleuve étend son cours, il ne tarit pas la source qui l’alimente. À mesure que ses eaux débordent, cette source gagne en abondance et en puissance. Malgré toute son humilité et son effacement, le Rabbi manifeste une puissante indépendance de jugement lorsqu’il analyse, innove et tire des conclusions dans tous les domaines de la Torah et de l’existence.


La vie du Rabbi incarnait tout ce qu’il enseignait. Il aidait autrui à voir chaque chose sous une lumière plus claire, en révélait la véritable profondeur, en élargissait le champ et en étendait la portée. Tout ce qu’il abordait – sujet ou idée – se trouvait porté à des hauteurs nouvelles, mais toujours – toujours ! – sur le ferme socle de la Torah, dans une fidélité exclusive aux textes et aux sources d’origine, sans jamais s’en attribuer le mérite. Lorsqu’il avait achevé d’éclairer un aspect relevant du Talmud, de la mystique, voire du monde matériel, tout paraissait si simple, si évident, si manifestement inscrit dans le texte original que l’on ne pouvait plus l’imaginer autrement.


La simplicité des paroles du Rabbi, ainsi que sa manière de découvrir et de révéler, en chaque sujet, un enseignement pour la vie quotidienne, expliquent peut-être combien nous mesurons mal son insondable génie. Pour ceux qui eurent le privilège de s’imprégner du parfum de la Torah du Rabbi, elle fut véritablement « une lumière pour leurs yeux et un baume pour leur âme ».

(Ce qui précède s’appuie sur les observations de grandes figures et de sages du judaïsme contemporain.)