Le Cheol élargira son sein, il ouvrira sa bouche démesurément ; son éclat descendra avec son tumulte, son tapage et celui qui était là en liesse. » Autrement dit, ils tombent dans la géhenne. הִרְחִיבָה שְּׁאוֹל נַפְשָׁהּ וּפָעֲרָה פִיהָ לִבְלִי חֹק וְיָרַד הֲדָרָהּ וַהֲמוֹנָהּ וּשְׁאוֹנָהּ וְעָלֵז בָּהּ
§ Selon notre michna, « depuis la mort des premiers prophètes, les Ourim ve-Toumim ne rendent plus d’oracles. » La guemara demande : qui sont les premiers prophètes ? D’après Rav Houna, il s’agit du roi David, de Samuel et du roi Salomon. Rav Na‘hman a déclaré : déjà à l’époque du roi David, parfois on recevait une réponse des Ourim ve-Toumim, parfois on n’en recevait pas. En effet, au moment où David dut fuir Jérusalem devant son fils Absalom qui cherchait à prendre le pouvoir, Tsadok interrogea les Ourim ve-Toumim et il reçut une réponse, tandis qu’Evyatar, son prédécesseur, interrogea et n’en reçut pas, ainsi qu’il est dit (II Sam. 15, 24) : « Evyatar monta » (avec David la pente des Oliviers) – et selon les Sages, ce verset atteste qu’il dut céder sa place à Tsadok, car les Ourim ve-Toumim ne lui répondaient plus. מִשֶּׁמֵּתוּ נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים מַאן נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים אָמַר רַב הוּנָא זֶה דָּוִד וּשְׁמוּאֵל וּשְׁלֹמֹה רַב נַחְמָן אָמַר בִּימֵי דָּוִד זִימְנִין סְלֵיק וְזִימְנִין לָא סְלֵיק שֶׁהֲרֵי שָׁאַל צָדוֹק וְעָלְתָה לוֹ שָׁאַל אֶבְיָתָר וְלֹא עָלְתָה לוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּעַל אֶבְיָתָר
Raba bar Chemouel a objecté à Rav Houna le verset (II Chron. 26, 5) : « Il [le roi Ozias] s’appliqua à rechercher Dieu aux jours de Zacharie [fils de Yehoyada] qui avait la faculté de voir Dieu. » Le verset ne veut-il pas dire que Zacharie recevait des révélations prophétiques par l’intermédiaire des Ourim ve-Toumim qui continuaient à rendre leurs oracles à cette époque, bien après la mort de David, Samuel et Salomon – contrairement à l’affirmation de Rav Houna ? Non, répond la guemara. Zacharie fils de Yehoyada recevait l’inspiration prophétique, mais il n’obtenait pas de réponses des Ourim ve-Toumim. מֵתִיב רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל וַיְהִי לִדְרֹשׁ אֱלֹהִים בִּימֵי זְכַרְיָהוּ הַמֵּבִין בִּרְאֹת הָאֱלֹהִים מַאי לָאו בְּאוּרִים וְתוּמִּים לֹא בִּנְבִיאִים
Viens, invite la guemara, écoute une preuve irréfutable de cette baraïta : « Depuis la destruction du premier Temple, on cessa d’allouer aux Lévites des villes avec un terrain vague (Nbres 35, 2). En outre, les Ourim ve-Toumim ne rendirent plus d’oracles et il n’y eut plus de roi de la dynastie davidique. תָּא שְׁמַע מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ רִאשׁוֹן בָּטְלוּ עָרֵי מִגְרָשׁ וּפָסְקוּ אוּרִים וְתוּמִּים וּפָסַק מֶלֶךְ מִבֵּית דָּוִד
Si quelqu’un veut démentir cette affirmation au sujet des Ourim ve-Toumim en te soufflant à l’oreille le verset (Ezr. 2, 63) : “Le gouverneur [‘Ezra] leur dit de ne pas manger des choses éminemment saintes jusqu’à ce qu’un Cohen se tienne devant les Ourim ve-Toumim” – laissant entendre qu’à l’époque du deuxième Temple, un Cohen Gadol pouvait recevoir leurs oracles – réponds-lui que ‘Ezra a fait ici allusion à un avenir lointain, comme quand on dit à quelqu’un : “Tu ne pourras faire ceci ou cela avant la résurrection des morts et l’avènement du Messie, fils de David” ». Il ressort donc de cette baraïta que les oracles des Ourim ve-Toumim ont cessé après la destruction du premier Temple et non, comme l’affirme Rav Houna, dès la mort du roi Salomon ! וְאִם לְחָשְׁךָ אָדָם לוֹמַר וַיֹּאמֶר הַתִּרְשָׁתָא לָהֶם אֲשֶׁר לֹא יֹאכְלוּ מִקֹּדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים עַד עֲמֹד כֹּהֵן לְאוּרִים וּלְתֻמִּים אֱמוֹר לוֹ כְּאָדָם שֶׁאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ עַד שֶׁיִּחְיוּ מֵתִים וְיָבֹא מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד

Le Talmud Steinsaltz (Steinsaltz Center)

Traduit paragraphe par paragraphe; commenté par le Rabbin Adin Even-Israël Steinsaltz.

En réalité, explique Rav Na‘hman bar Yits‘hak, qui sont les premiers prophètes mentionnés dans la michna ? Il s’agit de tous ceux qui reçurent l’inspiration prophétique à l’exception de Haggée, Zacharie et Malachie qui, eux, sont désignés comme les derniers prophètes parce qu’ils vécurent à l’époque du deuxième Temple, comme l’enseigne cette baraïta : à la mort de Haggée, Zacharie et Malachie, l’esprit saint fut retiré d’Israël. Cependant, les Sages percevaient encore en certaines occasions l’écho d’une voix prophétique. אֶלָּא אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק מַאן נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים לְאַפּוֹקֵי מֵחַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי דְּאַחֲרוֹנִים נִינְהוּ דְּתָנוּ רַבָּנַן מִשֶּׁמֵּתוּ חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי נִסְתַּלְּקָה רוּחַ הַקּוֹדֶשׁ מִיִּשְׂרָאֵל וְאַף עַל פִּי כֵן הָיוּ מִשְׁתַּמְּשִׁים בְּבַת קוֹל
Ainsi arriva-t-il que les Sages, attablés à l’étage dans la maison de Gourya, à Jéricho, entendirent l’écho d’une voix céleste révéler ce message : « Il y a parmi vous un homme qui mériterait que la Présence divine repose sur lui, mais sa génération n’en est pas digne. » Tous les regards se tournèrent alors vers Hillel l’Ancien. Et quand il mourut, on s’écria lors de son oraison funèbre : « Ha ! le pieux, ha ! le modeste, disciple de ‘Ezra ! » שֶׁפַּעַם אַחַת הָיוּ מְסוּבִּין בַּעֲלִיַּית בֵּית גּוּרְיָא בִּירִיחוֹ נִתְּנָה עֲלֵיהֶן בַּת קוֹל מִן הַשָּׁמַיִם וְאָמְרָה יֵשׁ בָּכֶם אָדָם אֶחָד שֶׁרָאוּי שֶׁתִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עָלָיו אֶלָּא שֶׁאֵין דּוֹרוֹ רָאוּי לְכָךְ נָתְנוּ עֵינֵיהֶם בְּהִלֵּל הַזָּקֵן וּכְשֶׁמֵּת הִסְפִּידוּהוּ הִי חָסִיד הִי עָנָיו תַּלְמִידוֹ שֶׁל עֶזְרָא
Une autre fois, alors que les Sages étaient attablés à l’étage de Yavné, l’écho d’une voix céleste leur révéla : « Il y a parmi vous un homme qui mériterait que la Présence divine repose sur elle, mais sa génération n’en a pas le mérite. » Tous les regards se tournèrent alors vers Chemouel le Petit. Et quand il mourut, on s’écria lors de son oraison funèbre : « Ha ! le modeste, ha ! le pieux, disciple de Hillel ! » וְשׁוּב פַּעַם אַחֶרֶת הָיוּ מְסוּבִּין בַּעֲלִיָּיה בְּיַבְנֶה נִתְּנָה (לָהֶן) [עֲלֵיהֶן] בַּת קוֹל מִן הַשָּׁמַיִם וְאָמְרָה לָהֶן יֵשׁ בָּכֶם אָדָם אֶחָד שֶׁרָאוּי שֶׁתִּשְׁרֶה שְׁכִינָה עָלָיו אֶלָּא שֶׁאֵין דּוֹרוֹ זַכָּאִין לְכָךְ נָתְנוּ עֵינֵיהֶם בִּשְׁמוּאֵל הַקָּטָן וּכְשֶׁמֵּת הִסְפִּידוּהוּ הִי עָנָיו הִי חָסִיד תַּלְמִידוֹ שֶׁל הִלֵּל
À sa mort, Chemouel le Petit prononça lui-même ces paroles prophétiques : Rabban Chim‘on ben Gamliel l’Ancien, président (Nassi) du Sanhédrin, et son collègue, Rabbi Yichma‘el ben Elicha, le Cohen Gadol, périront par le glaive ; leurs compagnons – Rabbi ‘Akiba, Rabbi ‘Hananya ben Teradyon et d’autres martyrs de la foi – seront exécutés par les Romains, le restant de la nation sera voué au pillage, et nombre de malheurs vont s’abattre sur le monde. Lorsque Rabbi Yehouda ben Bava fut tué par les Romains, on voulut prononcer en son honneur le même éloge funèbre que pour ses deux illustres prédécesseurs et s’écrier : « Ha ! le pieux, ha ! le modeste ! » Mais l’heure ne s’y prêtait pas, car on ne prononçait pas d’oraison funèbre à l’intention de ceux qui avaient été mis à mort par l’occupant, de crainte que celui-ci y voie un signe de complicité avec le « rebelle », voire une incitation à la révolte, et qu’il interdise l’inhumation. וְאַף הוּא אָמַר בִּשְׁעַת מִיתָתוֹ שִׁמְעוֹן וְיִשְׁמָעֵאל לְחַרְבָּא וְחַבְרוֹהִי לִקְטָלָא וּשְׁאָר עַמָּא לְבִיזָּא וְעָקָן סַגִּיאִין עֲתִידִין לְמֵיתֵי עַל עַמָּא וְאַף עַל רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בָּבָא בִּקְּשׁוּ לוֹמַר הִי חָסִיד הִי עָנָיו אֶלָּא שֶׁנִּטְרְפָה שָׁעָה שֶׁאֵין מַסְפִּידִין עַל הֲרוּגֵי מַלְכוּת
§ Suite de la michna : « Depuis la destruction du deuxième Temple, on ne dispose plus du chamir. » Une baraïta précise – Il s’agit du chamir – une sorte de ver (voir plus loin) – utilisé par le roi Salomon pour la construction du Temple, car il est dit (I Rois 6, 7) : « Durant sa construction, le Temple fut bâti de pierres intactes, [telles] qu’elles avaient été transportées [depuis la carrière] ; on n’entendit dans le Temple, durant sa construction, ni marteau, ni ciseau, ni aucun outil en fer. » Les Tanaïm sont divisés sur le sens de ce verset. Selon Rabbi Yehouda, il faut comprendre les choses telles qu’elles sont écrites : les pierres extraites de la carrière étaient utilisées telles quelles pour la construction, sans avoir été taillées avec un instrument en fer. מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בָּטַל הַשָּׁמִיר כּוּ׳ תָּנוּ רַבָּנַן שָׁמִיר שֶׁבּוֹ בָּנָה שְׁלֹמֹה אֶת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁנֶּאֱמַר וְהַבַּיִת בְּהִבָּנֹתוֹ אֶבֶן שְׁלֵמָה מַסָּע נִבְנָה הַדְּבָרִים כִּכְתָבָן דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה
Rabbi Ne‘hémya lui objecte : est-il possible d’expliquer le verset de la sorte ? Pourtant il est dit plus loin (ibid. 7, 9) : « Le tout en pierres massives, de la dimension des pierres de taille, équarries à la scie » ! S’il en est ainsi, comment comprendre la fin du verset cité précédemment : « On n’entendit dans le Temple durant sa construction ni marteau, ni ciseau, ni aucun outil en fer » ? Réponse : on apprêtait les pierres à l’extérieur et seulement après on les apportait à l’intérieur, c’est-à-dire sur le mont du Temple. Rabbi Yehouda ha-Nassi approuve Rabbi Yehouda concernant les pierres du Temple, et il approuve Rabbi Ne‘hémya concernant les pierres du palais que Salomon s’est construit. אָמַר לוֹ רַבִּי נְחֶמְיָה וְכִי אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר כׇּל אֵלֶּה אֲבָנִים יְקָרֹת וְגוֹ׳ מְגֹרָרוֹת בַּמְּגֵרָה אִם כֵּן מָה תַּלְמוּד לוֹמַר לֹא נִשְׁמַע בַּבַּיִת בְּהִבָּנֹתוֹ שֶׁהָיָה מְתַקֵּין מִבַּחוּץ וּמַכְנִיס מִבִּפְנִים אָמַר רַבִּי נִרְאִין דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה בְּאַבְנֵי מִקְדָּשׁ וְדִבְרֵי רַבִּי נְחֶמְיָה בְּאַבְנֵי בֵיתוֹ
Et d’après Rabbi Ne‘hémya, interroge la guemara, pourquoi le roi Salomon a-t-il tenu à se procurer le chamir (voir Guitin 61a), puisque les pierres furent taillées avec un instrument en fer à l’extérieur du mont du Temple ? Réponse : il en avait besoin pour inscrire les noms des tribus sur les pierres précieuses du éphod et du pectoral portés par le Cohen Gadol. En effet, il est écrit (Ex. 28, 21) : « Ces pierres, aux noms des fils d’Israël, sont au nombre de douze . . . elles seront gravées en manière de cachet, chacune avec son nom. » Et à ce propos une baraïta enseigne – « Ces pierres, il ne suffit pas d’y écrire à l’encre les noms des douze tribus, puisqu’il est dit : “gravées en manière de cachet”. On ne peut pas non plus les tracer avec un couteau, car il est dit : “dans leur intégralité” (ibid. 28, 20), ce qui laisse entendre que les pierres doivent être intactes. וְרַבִּי נְחֶמְיָה שָׁמִיר לְמַאי אֲתָא מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא אֲבָנִים הַלָּלוּ אֵין כּוֹתְבִין אוֹתָן בִּדְיוֹ מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר פִּתּוּחֵי חוֹתָם וְאֵין מְסָרְטִין עֲלֵיהֶם בְּאִיזְמֵל מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר בְּמִלּוּאֹתָם
Donc, on écrivait dessus à l’encre, puis on les plaçait en regard du chamir hors du mont du Temple, pour qu’elles se fendent d’elles-mêmes suivant la forme des lettres, comme une figue qui se fend en été, ou comme une vallée qui se fissure en hiver, sans qu’il n’y ait aucune perte de matière. » אֶלָּא כּוֹתֵב עֲלֵיהֶם בִּדְיוֹ וּמַרְאֶה לָהֶן שָׁמִיר מִבַּחוּץ וְהֵן נִבְקָעוֹת מֵאֲלֵיהֶן כִּתְאֵינָה זוֹ שֶׁנִּבְקַעַת בִּימוֹת הַחַמָּה וְאֵינָהּ חֲסֵירָה כְּלוּם וּכְבִקְעָה זוֹ שֶׁנִּבְקַעַת בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים וְאֵינָהּ חֲסֵירָה כְּלוּם
Une autre baraïta enseigne : « Le chamir a la taille d’un grain d’orge ; il existe depuis le sixième jour de la Création et aucun objet dur ne peut lui résister. Dans ces conditions, comment doit-on le conserver ? Il faut l’envelopper dans des éponges en laine, le mettre dans un coffret de plomb rempli de son d’orge. » תָּנוּ רַבָּנַן שָׁמִיר זֶה בְּרִיָּיתוֹ כִּשְׂעוֹרָה וּמִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית נִבְרָא וְאֵין כׇּל דָּבָר קָשֶׁה יָכוֹל לַעֲמוֹד בְּפָנָיו בַּמֶּה מְשַׁמְּרִין אוֹתוֹ כּוֹרְכִין אוֹתוֹ בִּסְפוֹגִין שֶׁל צֶמֶר וּמַנִּיחִין אוֹתוֹ בְּאִיטְנִי שֶׁל אֲבָר מְלֵיאָה סוּבֵּי שְׂעוֹרִין
§ Rabbi Ami a déclaré : après la destruction du premier Temple, la soie lisse et le verre blanc disparurent. On en trouve une confirmation dans cette baraïta : « Après la destruction du premier Temple, la soie lisse, le verre blanc et les chars de fer disparurent. D’aucuns ajoutent à cette liste le vin solidifié provenant du Senir (le mont Hermon) et qui ressemble à des ronds de figues sèches. » אָמַר רַבִּי אַמֵּי מִשֶּׁחָרַב מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן בָּטְלָה שִׁירָא פְּרַנְדָּא וּזְכוּכִית לְבָנָה תַּנְיָא נָמֵי הָכִי מִשֶּׁחָרַב מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן בָּטְלָה שִׁירָא פְּרַנְדָּא וּזְכוּכִית לְבָנָה וְרֶכֶב בַּרְזֶל וְיֵשׁ אוֹמְרִים אַף יַיִן קָרוּשׁ הַבָּא מִשְּׂנִיר הַדּוֹמֶה כְּעִיגּוּלֵי דְבֵילָה
D’après notre michna, le nofet tsoufim disparut également avec la destruction du Temple. La guemara demande : qu’est-ce que le nofet tsoufim ? Selon Rav, cette expression désigne la fleur de farine qui se colle et flotte [tsafa] sur le tamis [napa] et qui ressemble à une pâte pétrie avec du miel et de l’huile. Selon Lévi, il s’agit de deux pains collés à deux parois opposées d’un four et qui gonflent jusqu’à se toucher l’un l’autre, comme s’ils flottaient [tsofim] en l’air à l’image du nectar [tsouf], le suc mielleux qui se répand le long de la fleur. D’après Rabbi Yehochoua ben Lévi, c’est le miel provenant de hautes montagnes d’où l’on peut regarder [tsofim] au loin. La guemara demande : de quelle interprétation le déduit-il ? Réponse – De l’interprétation du verset (Deut. 1, 44) : « Ils [les Amoréens] vous poursuivirent comme font les abeilles. » Rav Chèchet l’a en effet expliqué ainsi : comme les abeilles qui se dispersent, errent dans les hauteurs et apportent du miel des herbes de la montagne. וְנוֹפֶת צוּפִים מַאי נוֹפֶת צוּפִים אָמַר רַב סוֹלֶת שֶׁצָּפָה עַל גַּבֵּי נָפָה וְדוֹמָה לְעִיסָּה שֶׁנִּילּוֹשָׁה בִּדְבַשׁ וָשֶׁמֶן וְלֵוִי אָמַר שְׁתֵּי כִּכָּרוֹת הַנִּדְבָּקוֹת בַּתַּנּוּר וְתוֹפְחוֹת וּבָאוֹת עַד שֶׁמַּגִּיעוֹת זוֹ לָזוֹ וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר זֶה דְּבַשׁ הַבָּא מִן הַצִּיפְיָא מַאי מַשְׁמַע כְּדִמְתַרְגֵּם רַב שֵׁשֶׁת כְּמָא דְּנָתְזָן דַּבְרָיָאתָה וְשָׁיְיטָן בְּרוּמֵי עָלְמָא וּמַתְיָין דּוּבְשָׁא מֵעִישְׂבֵי טוּרָא
On trouve ailleurs une discussion analogue. En effet, il est enseigné là-bas, dans une michna (Makhchirin 5, 9) : « Quand une personne verse un aliment liquide d’un récipient pur à un récipient impur, le reliquat du premier reste pur – c’est-à-dire qu’il n’est pas considéré comme relié au contenu du second du fait de l’écoulement de l’un à l’autre – à l’exception du miel de Zipim et des pains de miel qui, épais, font communiquer les deux récipients. » Qu’est-ce que le miel de Zipim ? Des Amoraïm en débattent. Selon Rabbi Yo‘hanan, c’est du miel falsifié [chémezayfin], c’est-à-dire mélangé avec du vin et de l’eau, mais sans que cela ne se voit du fait de l’épaisseur du miel. Selon Rèch Lakich, ce miel est appelé ainsi d’après le nom de l’endroit d’où il provient ; en effet, parmi les villes de la tribu de Juda, un verset (Jos. 15, 24) mentionne « Zip, Télem et Be‘alot ». תְּנַן הָתָם כׇּל הַנִּצּוֹק טָהוֹר חוּץ מִדְּבַשׁ זִיפִים וְהַצַפִּיחִים מַאי זִיפִים אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן דְּבַשׁ שֶׁמְּזַיְּיפִין בּוֹ וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר עַל שֵׁם מְקוֹמוֹ כְּדִכְתִיב זִיף וָטֶלֶם וּבְעָלוֹת
Une discussion analogue apparaît à propos du verset (Ps. 54, 2) : « Quand les Zipim vinrent et dirent à Saül : “David n’est-il pas caché dans notre voisinage ? » Qui sont ces Zipim ? Selon Rabbi Yo‘hanan, le Psalmiste fait allusion à des personnes qui falsifient [mezayfin] leurs paroles. Selon Rabbi El‘azar, les Zipim sont appelés ainsi d’après le nom de leur ville (Zip), ainsi qu’il est écrit dans le verset rapporté précédemment : « Zip, Télem et Be‘alot. » כַּיּוֹצֵא בַּדָּבָר אַתָּה אוֹמֵר בְּבוֹא הַזִּיפִים וַיֹּאמְרוּ לְשָׁאוּל הֲלֹא דָוִד וְגוֹ׳ מַאי זִיפִים אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בְּנֵי אָדָם הַמְזַיְּיפִין דִּבְרֵיהֶם וְרַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר עַל שֵׁם מְקוֹמָן כְּדִכְתִיב זִיף וָטֶלֶם וּבְעָלוֹת
Le Tana anonyme de notre michna ajoute que « les hommes de foi ont également disparu » avec la destruction du Temple. Rabbi Yits‘hak enseigne – Ce sont les gens qui ont foi dans le Saint béni soit-Il, ainsi qu’il est enseigné dans une baraïta : « Rabbi Eli‘ézer le Grand considère comme une personne de peu de foi quiconque s’inquiète du lendemain alors qu’il a du pain dans son panier. » Autrement dit, selon Rabbi Yits‘hak, par « hommes de foi », il faut entendre tous ceux qui, comptant sur le soutien du Saint béni soit-Il, sont prêts à faire d’importants dons et à dépenser de l’argent pour embellir l’accomplissement des mitsvot ou les repas de Chabat et des fêtes. וּפָסְקוּ אַנְשֵׁי אֲמָנָה אָמַר רַבִּי יִצְחָק אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵן מַאֲמִינִין בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא דְּתַנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַגָּדוֹל אוֹמֵר כָּל מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ וְאוֹמֵר מָה אוֹכַל לְמָחָר אֵינוֹ אֶלָּא מִקְּטַנֵּי אֲמָנָה
De même, Rabbi El‘azar a expliqué – Quel est le sens du verset (Zach. 4, 10) : « Car qui a dilapidé [baz] le jour par des petitesses ? » Il faut l’entendre ainsi : en raison de quelle faiblesse la récompense des Justes dans le monde à venir est-elle amoindrie ? À cause de leur manque de foi dans le Saint béni soit-Il. Selon Rava, l’expression « qui a dilapidé le jour par des petitesses » fait allusion aux fils des impies morts prématurément. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר מַאי דִּכְתִיב כִּי מִי בַז לְיוֹם קְטַנּוֹת מִי גָּרַם לַצַּדִּיקִים שֶׁיִּתְבַּזְבֵּז שׁוּלְחָנָן לֶעָתִיד לָבֹא קַטְנוּת שֶׁהָיָה בָּהֶן שֶׁלֹּא הֶאֱמִינוּ בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רָבָא אָמַר אֵלּוּ קְטַנֵּי בְּנֵי רִשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל