Rabbi Méir, disciple de Rabbi Akiba, méritait ce nom, car il éclaira les Sages de sa grande érudition (Méir vient du mot Or qui veut dire « lumière »). Il appartint à la troisième génération des Tanaïm après la destruction du Beth Hamikdache, et vécut à l’époque du second Rabbi Chimone (Simon) ben Gamliel et de son fils Rabbi Juda le Prince. C’est ce dernier qui réunit les enseignements de tous les Sages et en fit les six volumes connus sous le nom de Michna.

Les temps de Rabbi Méir, fort troublés, furent marqués par la destruction de Béthar. Les érudits étaient persécutés. Sous les yeux de Rabbi Méir, les Romains tuèrent son illustre maître Rabbi Akiba qu’ils soumirent à d’atroces tortures. Ils labourèrent son corps avec des peignes de fer jusqu’à ce qu’il rendît son âme à son Créateur pour la sanctification de Son Nom. Le beau-père de Rabbi Méir, le grand Tana Rabbi ‘Hanina ben Teradyone subit un sort analogue et fut brûlé vif. (Ces deux érudits comptent parmi les Dix Pieux Sages tués par les Romains).

Quand les persécutions furent décidées contre les Sages, Rabbi Méir s’enfuit à Babylone. Plus tard, Antonin Pius, monté sur le trône impérial, mit fin à l’oppression. Alors Rabbi Méir revint en Erets Israël. Il étonna ses collègues par son savoir. On disait de lui que « quiconque le voyait étudier la sainte Torah avait l’impression qu’il arrachait des montagnes et les réduisait en poussière, l’une au-dessus de l’autre ». Son collègue Rabbi José dit de lui : « C’est une grande personnalité, un humble et un saint. »

Rabbi Méir avait une très belle écri­ture. Il gagnait trois ducats par se­maine, qu’il employait de la façon suivante : un pour subvenir à ses besoins quotidiens et à ceux de sa famille, un autre pour se vêtir et vêtir celle-ci, enfin le dernier pour venir en aide aux érudits pauvres.

Sa femme se nommait Bérouria ; fille, comme nous l’avons dit, de Rabbi ‘Hanina ben Teradyone, elle était célèbre pour ses connaissances étendues en matière de Torah, comme pour sa piété et sa grande sagesse.

Mépriser le péché non le pécheur

Un jour, Rabbi Méir eut de nouveaux voisins. C’étaient des gens bruyants et turbulents. Ils gênaient tellement le grand érudit qu’à bout de patience il fut sur le point de prier D.ieu de les faire disparaître. Mais Bérouria intervint : « On doit mépriser les péchés des méchants, non les méchants eux-mêmes, ainsi que l’a dit le roi David. Il serait plus indiqué de prier afin qu’ils s’amendent et corrigent leurs erreurs. » Rabbi Méir écouta son conseil ; il pria dans ce sens, et D.ieu l’exauça. Ses voisins changèrent comme par enchantement et devinrent pieux et bons.

Nous devons à Rabbi Méir beau­coup de lois nouvelles. Chaque fois que, dans la Michna, nous en trou­vons une sans aucune mention de paternité, nous savons qu’elle est de lui. Il aimait se servir de paraboles pour mieux expliquer ses pensées, et nombreux furent ceux qui trouvèrent dans ses sages maximes un appui dans toutes les circonstances de leur vie quotidienne. Par exemple, Rabbi Méir disait que tout homme devrait ensei­gner à son fils un métier honnête, tout en gardant présent à l’esprit que ce n’est pas le métier qui le rendra riche ou pauvre, mais que c’est le Tout-Puissant qui lui donnera selon ses mérites.

Si vous avez des amis...

« Grand est le pouvoir de la Repentance ! s’exclamait-il ; non seulement elle sauve le repentant lui-même, mais elle peut aussi être l’instrument du salut du monde entier. »

« Si vous avez des amis qui vous louent, et d’autres qui vous critiquent, que ces derniers vous soient les plus chers. »

Ces maximes et beaucoup d’autres de Rabbi Méir se trouvent dans le Talmud et le Midrash.

Ce grand érudit voyagea beaucoup, tant en Erets Israël qu’à l’étranger. Quand le Sanhédrine (Cour suprême de Justice) fut institué à nouveau à Oucha sous la direction de Rabbi Chimone ben Gamliel le Prince, Rabbi Nathan en fut nommé président, et Rabbi Méir eut le titre de ‘Hakham (Sage).

Plus tard, il vécut à Tibériade et visita beaucoup d’autres villes. Dans l’une d’elles, où il se rendit avant Pourim, il découvrit que la Méguila était in­connue. Aussi, profitant de son état de Scribe, il transcrivit de mémoire la Méguila entière, et en fit la lecture pour les Juifs de cette ville.

Il vécut jusqu’à un âge très avancé, et put même assister au mariage du fils de Rabbi Juda le Prince.

Rabbi Méir mourut il y a environ 1 800 ans, mais il demeure vivant parmi les nombreux élèves de yeshi­va et les érudits en Torah ; son nom revient plusieurs fois par jour sur les lèvres des uns et des autres au cours de leurs saintes études toraniques.