Rabbi Chimone ben ‘Halafta fut l’un des derniers Tanaïm. Il était l’ami de Rabbi Juda le Prince (« haNassi »), compilateur de la Michna, qui en compila et arrangea les six volumes il y a environ mille huit cents ans.
Rabbi Chimone ben ‘Halafta appartenait à une famille d’érudits en Torah. Il vivait dans un village nommé « Eïn Téanah », entre Tsippori et Tibériade en Galilée, tandis que Rabbi Juda le Prince vécut, lui, à Tsippori, puis plus tard à Tibériade où il dirigeait sa grande yeshiva. Rabbi Chimone ben ‘Halafta avait coutume de lui rendre visite de temps à autre ; il étudiait aussi sous sa direction. Auparavant, il fut l’élève de Rabbi Méir.
Rabbi Juda le Prince l’honorait et l’affectionnait fort. Un jour que Rabbi Chimone quittait la maison de Rabbi Juda, le Nassi envoya son fils derrière lui pour lui demander sa bénédiction. Rabbi Chimone ben ‘Halafta bénit le fils du Prince en ces termes : « Que le Tout-Puissant t’aide à ne jamais faire honte aux autres, et à ce que les autres ne te fassent pas honte. »
Des pièces « hefkèr »
Devenu vieux, il fut difficile à Rabbi Chimone de faire ses visites au Nassi. Quand elles furent interrompues, ce dernier demanda à son vieil ami :
– Quelle est la raison qui nous prive du plaisir de te saluer, comme mes parents avaient l’habitude de saluer les tiens ?
À quoi Rabbi Chimone répondit :
– Les pierres sur le chemin sont devenues trop hautes pour moi. Ceux qui étaient proches sont maintenant éloignés. De plus, au lieu d’avoir besoin seulement de deux jambes, j’ai besoin de trois (faisant allusion à sa canne pour s’appuyer).
Bien que fort pauvre, Rabbi Chimone ben ‘Halafta n’acceptait aucune aide d’où qu’elle vînt. Quand le Nassi voulait l’aider, il ne pouvait le faire directement, sous peine d’essuyer un refus. Aussi usait-il d’un subterfuge : il laissait sur le chemin où passait Rabbi Chimone des pièces de monnaie en petits tas, les faisant « hefkèr » (à la disposition de quiconque), afin que son ami les prît et pût s’acheter de quoi se nourrir.
La perle
Un jour, Rabbi Chimone était assis en compagnie de son ami Rabbi ‘Hiya dans la yeshiva de Rabbi Juda haNassi, à Tibériade ; les deux hommes étaient absorbés dans l’étude de la Torah. C’était la veille de Yom Tov et il y avait grand va-et-vient dans la rue. Rabbi Chimone demanda à son compagnon la raison de tout ce mouvement. Rabbi ‘Hiya répondit :
– Aujourd’hui, c’est veille de Yom Tov. Aussi quiconque en a les moyens est dans la rue pour acheter ce dont il a besoin pour demain. Quant à celui qui n’a pas d’argent, il se rend chez le maître qui l’emploie réclamer son salaire afin d’acheter, comme les autres, ce dont il a besoin pour Yom Tov.
Et Rabbi Chimone ben ‘Halafta de faire cette remarque :
– Dans ce cas, j’irai moi aussi demander à mon maître de l’argent pour Yom-Tov.
Il sortit du Beth Hamidrache (la maison d’étude), puis de la ville. Dans un lieu solitaire, il se mit à prier afin que son maître, le Tout-Puissant, subvînt à ses besoins pour Yom Tov. Soudain, une main apparut, qui lui tendait une perle. Rabbi Chimone la prit ; il alla la montrer à Rabbi Juda le Prince. Ce dernier examina la perle et dit qu’elle avait une grande valeur ; et il conseilla à Rabbi Chimone de la lui confier, il ne se hâterait pas de la vendre, mais au contraire attendrait qu’un client se présentât qui, l’appréciant comme il se devait, serait prêt à payer le prix fort. Jusque-là, le Nassi pouvait lui prêter la somme nécessaire pour faire face aux dépenses de Yom Tov. Rabbi Chimone accepta. Muni de l’argent, il alla faire ses emplettes, puis rentra chez lui.
En le voyant arriver tout chargé de paquets, sa femme s’étonna. Rabbi Chimone lui conta son aventure. La femme eut cette remarque :
– Cette perle devait sûrement faire partie de la couronne qui t’est réservée dans la vie future ; accepteras-tu que, par son absence, elle dépare l’ensemble ?
– Que dois-je donc faire ?, demanda Rabbi Chimone.
– Prends tous ces beaux paquets, rapporte-les, chacun au magasin où tu l’as acheté et fais-toi rembourser le prix que tu as payé. En possession de l’argent, tu iras le restituer au Nassi et tu récupéreras la perle. Enfin, tu te mettras en prières pour que le Tout-Puissant la reprenne comme Il l’a donnée. Ce qui fut fait.
L’Ange de la Mort
Rabbi Chimone ben ‘Halafta, vêtu de ses habits de Chabbat, se rendait un jour à une « Brith Mila » (circoncision) quand un groupe de voyous l’encerclèrent, refusant de le laisser poursuivre son chemin tant qu’il n’accepterait pas de danser pour eux. Rabbi Chimone les pria d’abord avec douceur, puis avec sévérité, de le laisser tranquille. Voyant que les voyous restaient sourds à sa demande, il les avertit que s’ils persistaient dans leur attitude, le mur de la cour qui se trouvait à proximité s’écroulerait. Ces paroles, une fois proférées, il était trop tard pour les rétracter. Aussi Rabbi Chimone demanda qu’au moins le propriétaire de la cour fût prévenu à temps du danger. Quand ce dernier accourut, le Rabbi lui conseilla de transférer en hâte de la maison ce qui avait quelque valeur avant que le mur s’effondrât. Et cela arriva exactement comme il l’avait dit.
Arrivé à la Brith, il fut très chaleureusement salué par le père du bébé. Rabbi Chimone dit au père : « De la même manière que ce nouveau-né entre ce jour dans le pacte d’alliance (“brith”) de notre père Abraham, ainsi puisse-t-il vivre pour que le jour de son mariage il prenne place sous le dais ; alors, nous nous réjouirons comme nous le faisons aujourd’hui. »
Sur le chemin du retour, après la Brith, Rabbi Chimone rencontra l’Ange de la Mort. Il demanda à ce dernier où il allait. L’Ange répondit qu’il devait prendre l’âme de l’enfant à la Brith duquel Rabbi Chimone venait d’assister. Ce dernier se fâcha et interdit à l’Ange de la Mort d’accomplir sa triste mission, car il avait promis de se réjouir en temps voulu au mariage du jeune homme que deviendrait le nouveau-né. Ainsi, le décret funeste fut annulé.
La bécasse
Rabbi Chimone ben ‘Halafta possédait un verger. Un jour, une bécasse qui avait fait son nid dans un arbre abattu causa dans ce verger beaucoup de dégâts. Rabbi Chimone détruisit le nid ; mais la bécasse le reconstruisit. Alors il cloua une planche sur le nouveau nid. Tenace, l’oiseau plaça sur les clous une certaine herbe qui avait la propriété d’attendrir le métal, si bien que la planche se détacha et tomba. Quand, le Rabbi vit cela, il jeta sa malédiction sur cette herbe afin qu’elle ne repoussât plus. Quel mauvais usage, en effet, en feraient les voleurs s’ils la découvraient !
Rabbi Chimone ben ‘Halafta avait une connaissance très étendue de la nature. Aujourd’hui, nous l’appellerions un expert en botanique. La Guémara nous raconte qu’un jour une poule de son poulailler se cassa une patte. Il conçut un bandage ingénieux qui sauva la poule de l’infirmité. Une autre fois, un poulet avait perdu toutes ses plumes. Rabbi Chimone trouva un remède grâce auquel les plumes du poulet repoussèrent.
Bon nombre de lois mentionnées dans le Talmud sont dues à Rabbi Chimone ben ‘Halafta. Mais il est surtout connu pour la Haggadah et les Paraboles dont il se servait pour expliquer les versets de la Torah.
Il y a de Rabbi Chimone, dans la dernière Michna du Traité Ouktsine, une maxime bien connue : « Le Tout-Puissant n’a, pour conserver une bénédiction, d’autre réceptacle que la paix ! » Là où il n’est point de paix, il ne peut y avoir de bénédiction ; partout où il y a la paix, là se trouve la bénédiction divine. Cela est particulièrement important pour les Juifs, soulignait Rabbi Chimone, ainsi qu’il est dit dans le verset : « Le Tout-Puissant donne la force (la Torah) à Son peuple, le Tout-Puissant bénit Son peuple pour qu’il ait la Paix. »
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