« Dès mon enfance, à l’époque où je fréquentais le ‘héder, et même avant cela, la vision de la Rédemption future commença à prendre forme dans mon esprit : la rédemption d’Israël de son dernier exil, une rédemption telle qu’elle donnerait sens aux souffrances, aux décrets et aux massacres de la galout (exil). »

– Le Rabbi, dans une lettre de 1956 adressée au président d’Israël

Le Rabbi insufflait à ses chlou’him et à chaque personne avec laquelle il entrait en contact un esprit de liberté qui leur permettait de consacrer leur vie à s’occuper des autres.

Cette liberté s’exprime par une immersion totale dans le bien-être de sa sphère d’influence : la famille, le quartier, etc. Pour le chalia’h individuel, cette liberté s’exprime, pour l’essentiel, par le souci d’un pays, d’un État, d’une ville, d’une institution ou d’un programme particulier.

Cependant, la préoccupation ultime du Rabbi était le monde entier – l’ensemble du peuple juif et toute l’humanité.

Le Rabbi se disait « obsédé » par Machia’h

Seule une grande âme, libérée des contraintes personnelles, peut véritablement se soucier de l’accomplissement de la création, du destin du monde et du bien-être planétaire.

Tel était le désir du Rabbi : voir le monde parachevé, voir l’aboutissement du but même de la Création – que le monde devienne une demeure pour le Divin. D’où le désir dominant du Rabbi de voir la venue de Machia’h et l’ère de la Rédemption.

Selon ses propres termes, le Rabbi se disait « obsédé » par Machia’h.

Le Rabbi aspirait à Machia’h non seulement parce que cette ère mettrait fin à la douleur et à la souffrance du monde, mais plus encore parce que l’ère de Machia’h est la destinée du monde et le but pour lequel il fut créé.

Doté de la capacité de voir les choses dans une perspective plus vaste et plus élevée, le Rabbi considérait l’ensemble de l’histoire juive – depuis notre séjour dans le désert, à travers la saga de nos exils et jusqu’à ce jour – comme un chemin continu menant inexorablement vers le but de la Création.

De même, le Rabbi percevait chaque action positive de chaque individu comme un acte rédempteur en soi et comme une étape sur la voie de la Rédemption globale. Car chaque mitsva et chaque mot de Torah contiennent l’énergie infinie de D.ieu – et c’est là le secret d’un nouveau pas vers l’achèvement de ce monde, pour en faire un endroit où D.ieu « se sent chez Lui ».

Village planétaire, destinée universelle

À travers les âges, Machia’h ne fut une préoccupation immédiate que pour les plus grands tsadikim (les justes), qui dirigeaient constamment leurs pensées et leurs actions vers cette fin.

On ne pouvait attendre des Juifs ordinaires, préoccupés par la nécessité de gagner leur vie et luttant pour préserver leur judaïsme, qu’ils se préoccupent de la destinée du monde.

Même les érudits de la Torah et les Juifs pieux qui consacraient leur vie au service de D.ieu le faisaient par amour pour Lui et afin d’accomplir Sa volonté – en tant qu’individus, satisfaisant leur soif de se rapprocher de D.ieu.

Cependant, à mesure que le monde se rapproche de cette époque parfaite, les indications abondent que le monde a changé. La tyrannie du communisme a été reléguée aux oubliettes de l’histoire. Les Juifs se sont rassemblés sur la Terre d’Israël. Il n’y a presque plus aucun gouvernement au monde qui soutienne ouvertement des politiques anti-D.ieu.

Aujourd’hui, il est désormais possible à chacun de diriger ses pensées et ses actes vers la destinée du monde.

De plus, alors que le monde devient véritablement un village planétaire, nous constatons concrètement que ce qui se passe dans un petit coin du monde affecte la planète entière. Aujourd’hui, l’idée d’une destinée universelle n’est pas seulement moins étrangère qu’elle ne le fut autrefois : elle constitue notre réalité quotidienne.

En conséquence, la dernière et plus importante campagne de sensibilisation du Rabbi consiste à insister pour que les Juifs, qui pendant des milliers d’années ont prié et demandé à D.ieu : « Reviens avec miséricorde à Jérusalem », prononcent désormais ces mots avec une intensité accrue, afin de diriger leurs actions vers l’accomplissement de ce but et de placer ce rêve au tout premier plan de leur existence.

Le Rabbi appelait chaque Juif à se connecter consciemment à cette destinée, le véritable tikoun olam (le parachèvement du monde), en intensifiant notre engagement à atteindre cette fin par la bonté et la sainteté.

Nous faire entrer dans la salle du conseil

Grâce au Rabbi, l’idée de Machia’h n’est plus une abstraction.

Il nous éleva et nous donna la capacité d’apprécier sa centralité dans le judaïsme et de comprendre pourquoi il s’agit de l’un des principes de notre foi.

La conception de Machia’h n’est plus celle d’une récompense, d’un simple prix pour une bonne conduite.

Le Rabbi enseignait que la rédemption est le prolongement naturel de nos actions. C’est le but pour lequel le monde fut créé. Il nous fit entrer, pour ainsi dire, dans la salle du conseil et nous offrit une vue de l’intérieur.

L’idée de Machia’h n’est plus celle d’un simple prix pour une bonne conduite

Il fallut au Rabbi plus de quatre décennies pour nous amener à cette orientation.

Quarante-quatre années à éveiller la conscience juive, à élever l’esprit de la communauté juive mondiale – campagne par campagne, individu par individu, programme par programme, institution par institution, pays par pays.

Quarante-quatre années passées à donner l’exemple et à enseigner comment nous libérer de notre propre petitesse, comment regarder au-delà de nous-mêmes – tout cela prépara le terrain pour que chacun puisse accepter sa part dans le souci universel de la destinée de la création.

À propos de Machia’h

L’un des principes du judaïsme est la foi en l’accomplissement de la promesse de D.ieu d’un monde pacifique et parfait qui sera inauguré par l’arrivée de Machia’h.

Machia’h, selon la Torah et les prophètes, est une personne juste – un être humain – dont la personnalité et l’enseignement inspireront le monde à servir un D.ieu unique et à agir de manière pacifique et harmonieuse.

La foi en la venue imminente de Machia’h est une constante – elle a maintenu vivants l’esprit et l’espoir juifs dans les bons comme dans les mauvais moments – depuis que nous fûmes exilés de notre terre il y a quelque 2 000 ans.

Chaque chose en son temps

Dès le commencement, le Rabbi orienta la conscience juive mondiale vers la rédemption – le véritable tikoun olam et la conscience de Machia’h – entreprenant la mission la plus audacieuse de toutes : mener le monde vers l’ère de Machia’h et la rédemption pour l’humanité.

Le Rabbi parlait toujours de Machia’h. Dans son premier discours public, lorsqu’il assuma la responsabilité de la direction du mouvement ‘Habad-Loubavitch, il déclara que telle était la mission de notre génération. À l’époque, son auditoire ne mesurait pas pleinement le sens et la véritable ampleur de la vision du Rabbi. Cependant, plutôt que de submerger ses auditeurs avec un concept auquel ils n’étaient pas encore préparés, il leur permit d’avancer progressivement, à travers l’étude de la Torah, l’observance des mitsvot, la conduite d’une vie juive et le fait d’aller vers l’autre avec vigueur et enthousiasme.

Malgré la portée globale, voire cosmique, de son but, le Rabbi procéda de manière méthodique. Il éduqua ses ‘hassidim et le monde progressivement et graduellement – mitsva par mitsva, campagne par campagne. Il souligna la valeur des mitsvot particulières et individuelles, ainsi que leurs liens respectifs avec des moments spécifiques. Il dépêcha ses émissaires, chalia’h par chalia’h, communauté par communauté, pour aider à élever la conscience du peuple juif, afin de faire connaître l’orientation juive de la spiritualité, de la Divinité et de l’absolue nécessité de vivre une vie divine, fondée sur la Torah.

Il montra les changements dans le monde. Et ce n’est qu’alors, lorsqu’il sentit que le monde était prêt, que le Rabbi lança la campagne de Machia’h, abordant le but même du don de la Torah, de la création du monde et le secret de notre service à travers les âges – amener le monde à un état de perfection et de reconnaissance du D.ieu unique.

Sa retenue et sa patience furent remarquables, car au cours de tant d’années il consacra tant d’efforts et mit tant d’insistance sur les moyens d’atteindre cette fin désirée. Seul un dirigeant tel que le Rabbi pouvait contenir son propre désir passionné pour le bien de son troupeau et l’aboutissement de l’objectif visé.

L’appel au partenariat

Dans son appel retentissant du 28 Nissan 5751 (1991), le Rabbi appela chacun à se mettre au diapason de l’idée de Machia’h et à éveiller une véritable aspiration à sa venue.

Dans sa déclaration liminaire, le Rabbi dit : « J’ai fait tout ce que je pouvais… [À présent, je] vous remets la chose pour que vous fassiez tout ce que vous pouvez – des orot detohou (un terme kabbalistique désignant une force immense), mais [cela doit être] dans des kélim detikoun (contenus de manière ordonnée) pour amener Machia’h… »

Malgré la portée globale de son but, le Rabbi procéda de manière méthodique

Conformément à la manière d’agir du Rabbi, consistant à permettre et à encourager le style individuel et l’expression personnelle dans le service de D.ieu, en appelant chacun à se joindre à l’effort pour amener Machia’h, il y aurait inévitablement diverses manières dont les gens se sentiraient proches et par lesquelles ils manifesteraient leur désir de sa venue.

Pour avertir que cela devait être fait de la bonne manière, le Rabbi ajouta immédiatement que, bien qu’il s’agisse d’orot detohou, une tâche énorme, elle devait néanmoins s’inscrire dans des kélim detikoun, de manière ordonnée. Il disait à son auditoire que même si cette campagne, par sa nature même, dépassait leur cadre ordinaire, exigeant enthousiasme et vigueur, elle devait cependant être contenue et canalisée de manière traditionnelle et équilibrée. Plus précisément, il soulignait que les mêmes méthodes d’étude de la Torah et d’observance des mitsvot soient utilisées, mais accompagnées d’un désir de hâter la venue de Machia’h.

Au cours des onze mois suivants, dans chaque allocution publique où le Rabbi faisait référence à la venue imminente de Machia’h, sans exception, il souligna que la véritable signification de cette prise de conscience consistait à la traduire par une plus grande diligence dans l’étude de la Torah et l’observance des mitsvot.

Comme pour chaque autre point de ses campagnes, le Rabbi sortit des livres le douzième principe de notre foi (tel qu’énuméré par Maïmonide) pour l’amener à la conscience de la communauté juive dans son ensemble. Il l’intégra au lexique et au programme juifs.

Cependant, il le fit dans l’esprit du « je vous remets la chose » – chacun est invité à se joindre à la campagne. Une telle démarche inclusive entraînera inévitablement quelques erreurs découlant des divers modes d’expression personnelle. Finalement, toutefois, quelles que soient les perceptions individuelles, chacun en viendra à comprendre que le désir de Machia’h doit s’accompagner d’actions de Torah et de mitsvot, de la manière dont le Rabbi l’enseigna alors, et tout au long des années.