Je n’étais pas censé être ici.

Mon programme d’été était soigneusement planifié : je commencerais par Londres, puis ferais une brève étape familiale en Israël pour la bar-mitsva d’un cousin, avant deux semaines d’exploration de l’Europe. J’avais prévu de visiter les musées de Rome, le mémorial de la Shoah à Berlin ; j’avais des réservations de train à travers la Pologne, un Airbnb réservé sur la baie de Kotor au Monténégro.

Je pensais avoir planifié chaque jour à la perfection. Israël devait être un arrêt de 48 heures avant que ma vraie aventure ne commence.

Peu après mon arrivée à l’aéroport international Ben-Gourion à 21 heures le 12 juin – quelques heures seulement avant qu’Israël ne lance l’opération Rising Lion (« Lion qui se lève ») contre les installations nucléaires iraniennes – j’ai rapidement réalisé que D.ieu avait d’autres plans : des missiles se sont mis à tomber dans tout le pays. Ma sœur, qui étudiait dans un séminaire à Safed dans le nord d’Israël, m’envoyait des messages concernant les sirènes. Mes cousins, avec qui j’étais venu célébrer, se retrouvaient soudain bloqués comme nous tous. Ben-Gourion était fermé pour une durée indéterminée.

Plus d’une semaine plus tard, je suis toujours ici. Et je ne voudrais être nulle part ailleurs.

Le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie, a un jour parlé de la leçon d’unité qui peut être tirée du siège de Jérusalem par les Babyloniens en 587 avant l’ère commune. Dans le récit qu’en fait le Talmud, le mot hébraïque utilisé pour « siège » est samakh, qui est normalement employé avec les connotations positives de « soutien ».

Durant le siège d’une ville, expliquait le Rabbi, « nul ne peut sortir ou entrer », forçant les habitants de la ville à se rassembler d’une manière inégalée. Ce qui à première vue apparaît comme une tragédie, un événement destiné à saper le moral et faire lentement perdre espoir aux habitants de la ville, contient en réalité les germes de la guérison par l’unité.

Vivant la réalité actuelle de la Terre d’Israël, je peux voir clairement ce que le Rabbi voulait dire. Nous sommes dans une sorte de siège, aucun de nous ne pouvant entrer ou sortir.

Chaque nuit, quand les sirènes hurlent à travers Jérusalem, je me rends à l’abri anti-bombes de mon immeuble. Ce que j’ai découvert dans cet espace souterrain s’est révélé absolument remarquable. C’est un exemple vivant de l’unité juive.

Résidents ne disposant pas d’un abri anti-bombes se protégeant dans une cage d’escalier
Résidents ne disposant pas d’un abri anti-bombes se protégeant dans une cage d’escalier

Il n’y a pas de hiérarchie dans l’abri.

Le vieux monsieur avec son déambulateur, la jeune mère avec son bambin. La femme qui scrolle sur son téléphone se retrouve à côté de la famille ‘hassidique récitant les Tehilim (Psaumes). Il y a Hanna, l’avocate marathonienne d’Afrique du Sud, qui m’a dit : « Il n’y a pas d’endroit plus sûr au monde qu’Israël » – une déclaration qui pourrait sembler ironique venant de l’intérieur d’un abri anti-bombes, mais c’est le genre de logique qui n’a de sens que quand on est ici depuis assez longtemps pour comprendre que la sécurité ne consiste pas en l’absence de danger. Il s’agit d’être exactement là où l’on est censé être.

Il y a Rachel, qui voulait simplement savoir si sa mère, dans le nord d’Israël, était en sécurité. Il y a le Français qui se promène en offrant de l’eau à tout le monde, le rabbin qui va de personne en personne pour s’assurer qu’elles vont bien, la femme qui distribue des pièces aux enfants pour qu’ils donnent la charité, et les adolescents qui se prennent par les bras et commencent à chanter un air juif.

Ce ne sont pas des personnes extraordinaires qui accomplissent des exploits. Ce sont des Juifs ordinaires qui agissent selon leur nature profonde lorsque nous nous rappelons que nous sommes une famille.

L’abri me fait penser à une soukka, la demeure temporaire où nos Sages disent que « tout Israël peut habiter ensemble ». La soukka représente les Nuées de Gloire qui protégeaient nos ancêtres dans le désert. Certes, ces salles de béton jouent un rôle, mais notre protection divine semble venir d’ailleurs. Chaque conversation, chaque chant, chaque petit geste de bonté semble véritablement saint.

Cette compréhension a transformé ma façon de considérer mon séjour imprévu. Au lieu de regarder ce conflit se dérouler sur un écran depuis ma maison new-yorkaise, en sécurité en Amérique, j’ai le privilège de faire partie de la réponse. J’ai aidé un jeune homme à mettre les téfiline lors d’un voyage en autobus vers Hébron, j’ai pu tenir une conversation avec une femme effrayée dans un abri et lui ai donné un moment de répit, je l’espère.

J’ai plaisanté avec les restaurateurs quand ils me tendaient mon shawarma et remercié les chauffeurs d’autobus qui n’ont pas abandonné leur travail. J’ai distribué des bougies de Chabbat à des femmes juives qui se hâtaient de rentrer chez elles après leurs courses de Chabbat et aidé à compléter un minyane de 10 hommes pour que quelqu’un puisse dire le Kaddish pour sa défunte mère.

À Hébron, l’auteur prie sur la tombe de la légendaire Menou’ha Ra’hel Slonim, fille de Rabbi Dov Ber, le deuxième Rabbi de ‘Habad.
À Hébron, l’auteur prie sur la tombe de la légendaire Menou’ha Ra’hel Slonim, fille de Rabbi Dov Ber, le deuxième Rabbi de ‘Habad.

J’ai eu le privilège d’écrire des articles pour Chabad.org, notamment une interview avec Rav Mena’hem Mendel Gluckowsky, le grand rabbin de Re’hovot, qui l’a parfaitement résumé : « Le Rabbi a toujours dit que les accords de “paix” n’apportent pas la paix. Ce que nous voyons en ce moment, c’est que le Rabbi nous a aussi donné les moyens de pallier à cela : à savoir, en répandant l’observance de la Torah et des mitsvot. »

Mon rôle ici n’est pas accidentel.

Pour moi, chaque jour que je reste en Terre d’Israël est une nouvelle affirmation, à mon échelle, que la nation d’Israël se tient unie. Quand les missiles zèbrent le ciel de Jérusalem, laissant des cicatrices brillantes dans l’obscurité, je ne suis pas un touriste observant en spectateur. Je fais partie de l’histoire qui s’écrit.

Mon aventure européenne me semble avoir appartenu à une personne différente, quelqu’un qui pensait pouvoir planifier son été sans consulter le calendrier du Tout-Puissant. Ces billets de musée et ces réservations de train n’ont jamais vraiment été les miens.

Ce que j’ai trouvé à la place est infiniment plus profond : le privilège d’être témoin de l’unité juive dans sa forme la plus pure, de contribuer à la réponse spirituelle que le Rabbi a prescrite, d’être présent pour notre peuple à un moment important. J’ai découvert qu’être « coincé » peut en fait signifier être exactement là où l’on doit servir.

Debout sur mon balcon à Jérusalem, regardant le Dôme de fer et les intercepteurs Arrow intercepter les missiles dans le ciel au-dessus de moi, je pense à mon arrière-grand-père qui a fui la Pologne en 1926, échappant à la menace existentielle qui pesait à cette époque sur la pérennité du peuple juif. Me voici, son arrière-petit-fils, choisissant de rester pour affronter une autre menace. Je ne suis pas « un étranger dans une terre étrangère » cherchant l’aventure, mais un Juif habitant un petit morceau du monde qui nous a été donné par D.ieu, « dont les yeux sont sur la Terre du début de l’année à la fin de l’année ».

Je suis exactement là où je suis censé être.