Pendant quarante ans, le peuple juif erra dans le désert sans souffrir d’un manque d’aliments ou de confort. La Manne tombait quotidiennement, assouvissant leurs besoins nutritionnels. Ils avaient assez à boire, grâce au Rocher qui voyageait avec eux et dont coulait de l’eau fraîche et douce. De plus, le camp était entouré par six côtés de Nuées de Gloire qui assuraient sa sécurité matérielle dans le désert.

Tout de suite après la mort de Myriam, la sœur de Moïse, le Rocher s’arrêta soudain de donner son eau de sorte que le peuple n’eut plus rien à boire.1 Rachi conclut de ce fait que pendant quarante ans, le puits coula en l’honneur de Myriam,2 et c’est la raison pour laquelle nos Sages l’appellent le « puits de Myriam ».3 De la même façon, les Nuées de Gloire disparurent à la mort d’Aharon, ce qui conduisit les Sages à conclure que c’était grâce à lui qu’avaient apparu ces nuées.4 Par le même principe, la Manne tombait en l’honneur de Moïse et s’interrompit après sa mort.5

Après la mort de Myriam, le puits réapparu par le mérite de Moïse, comme cela est précisé dans la paracha de ‘Houkat.6 Toutefois, la Torah ne donne aucune preuve de la restauration des Nuées après la mort d’Aharon. Bien plus, les Israélites se plaignirent bruyamment du manque d’eau,7 en revanche il n’est nulle part fait mention de désordres nés de la disparition des nuées. Pourquoi donc ne furent-ils pas également perturbés par la perte de leur source de protection et de confort dans le désert ?

L’une des réponses à ce mystère peut résider dans le fait qu’après la mort d’Aharon, ils n’avaient plus besoin de la protection des nuées. En effet, ces nuées servaient quatre buts :

  1. elles protégeaient le peuple Juif des rayons du soleil8 ;
  2. elles gardaient leurs vêtements propres, frais et repassés, et à leur taille9 ;
  3. elles les conduisaient à travers le désert10 ;
  4. elles assuraient un voyage confortable en aplatissant les montagnes, élevant les vallées et tuant les serpents et les scorpions.11

Au moment de la mort d’Aharon, le peuple juif approchait de la fin de ses errances dans le désert. Aussi, certains des objectifs des nuées n’avaient plus raison d’être. Après la mort d’Aharon, le premier jour de Av,12 il est possible que l’air ait pu garder sa fraîcheur et que le peuple n’eut plus besoin de la ventilation dont les faisaient bénéficier les nuées.

Approchant des territoires habités, les Juifs pouvaient s’acheter facilement des vêtements dans les campements établis autour d’eux. Ils n’avaient plus non plus besoin d’être guidés par les nuées puisqu’ils se trouvaient désormais dans une région balisée d’itinéraires et de chemins. Et en dernier lieu, les serpents et les scorpions étaient ici moins menaçants.

Néanmoins, il est en réalité difficile d’avancer que les nuées n’étaient plus nécessaires après la mort d’Aharon. Le fait qu’elles servaient de guide n’avait pas simplement pour but d’empêcher le peuple juif de se perdre dans le désert. L’intention en était plutôt de montrer la direction que D.ieu voulait qu’ils empruntent à chaque croisement.13 Puisqu’ils firent un certain nombre d’étapes après la mort d’Aharon, il est évident qu’ils avaient toujours besoin d’être guidés. De plus, outre le fait de montrer la direction, les nuées indiquaient quand et combien de temps le peuple camperait à chaque endroit. Quand les nuées s’arrêtaient, le peuple s’arrêtait et établissait un campement où il restait jusqu’à ce que les nuées signalent qu’il était temps de partir.14 Le peuple allait se laisser guider ainsi jusqu’à son entrée en Terre d’Israël.

Les nuées protégeaient également les Juifs des guerres avec les nations hostiles. Tant qu’ils étaient enveloppés dans la protection des Nuées de Gloire, aucune nation ne pouvait les attaquer. Elles absorbaient les projectiles et les flèches des ennemis extérieurs.15 Le besoin de cette protection ne décrût pas après la mort d’Aharon.

Enfin, la preuve la plus évidente que les nuées revinrent bien après la mort d’Aharon se trouve dans un verset de la Torah. Après la disparition d’Aharon, un incident éclata au cours duquel certains Juifs péchèrent avec les femmes de Midian. Les pécheurs furent identifiés quand la nuée couvrant le camp se déchira au-dessus de leurs têtes et que le soleil les brûla.

Nous restons donc avec les questions originelles : pourquoi la Torah ne mentionne-t-elle pas clairement la réapparition de ces nuées et pourquoi leur disparition n’engendre-t-elle aucune protestation chez les Juifs ?

Une observation minutieuse du commentaire de Rachi révèle une légère incohérence. Dans certains contextes, il se réfère aux « Nuées de Gloire »16 et ailleurs, il parle simplement de « nuées ».17 Dans le Midrache également, les nuées sont parfois appelées « Nuées de Gloire »18 et d’autres fois seulement « nuées ».19

Nous pouvons donc expliquer qu’en fait, il y avait deux sortes de nuées. Certaines (les « Nuées de Gloire », dans la terminologie de Rachi) n’avaient pour but que de montrer la gloire du peuple juif. Leur présence était le témoignage de la stature distinguée du peuple juif, et de leur statut particulier aux yeux de D.ieu. Et d’autres nuées, plus « ordinaires » (les « nuées ») remplissaient les services nécessaires pour la survie du peuple dans le désert. De fait, à chaque fois que Rachi fait référence aux fonctions des nuages, c’est le simple terme « nuées » qu’il emploie.20

Après la mort d’Aharon, les « Nuées de Gloire » s’en allèrent pour ne plus revenir. Les autres nuées, celles dont dépendait la survie du peuple juif dans le désert, restèrent avec eux pendant toute la durée de leur voyage.

Quand le puits cessa son flot après la mort de Myriam, il fut restitué par le mérite de Moïse. Pourquoi alors les « Nuées de Gloire » ne revinrent pas également par le mérite de Moïse ?

Pour répondre à cette question, il est important de voir leurs rôles distincts.

Aharon et Myriam étaient les modèles et les maîtres bien aimés du peuple. Ils étaient des individus si extraordinaires que D.ieu fit grâce au peuple Juif de certaines faveurs en leur honneur. Moïse, quant à lui, était le « berger fidèle » de la nation. Il veillait aux besoins de son peuple. Pour lui, peu importait à qui revenait le mérite de la Manne, des Nuées, du Puits. Il s’agissait ici de la survie de son peuple et c’était son travail de garantir qu’il puisse en bénéficier. Il voulait être sûr qu’après sa propre mort, son peuple serait pris en charge. Et même après sa mort, le peuple ne connut aucun manque de nourriture ou de confort.21 Les Nuées de Gloire n’étaient pas essentielles pour la survie et c’est pourquoi il n’était pas nécessaire que Moïse assure leur retour.

Dans chaque génération, le peuple juif fut béni de dirigeants qui firent montre du dévouement absolu et incessant de Moïse. Même après leur départ, « le berger n’abandonne pas son troupeau »22 et leur influence et leur assistance continuent à se faire sentir.

Un exemple brillant de « berger fidèle » de notre ère a été donné par le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn. Il a fait preuve d’un sacrifice de lui-même extrême pour garder le Judaïsme de l’union soviétique vivant dans les affres du régime communiste. Il a montré un héroïsme immense et a empêché que ne soit brisée la chaîne du Judaïsme. Aujourd’hui, trois générations plus tard, nous cueillons les fruits de ses efforts puisque le Judaïsme russe connaît un essor inimaginable.

Note : Bien que le Rabbi conclût ce discours de 197923 avec une référence au Rabbi précédent, son beau-père,24 il nous est impossible d’échapper à l’actualité de ses paroles. Cela fait maintenant seize ans que le 3 Tamouz 5754 nous a été enlevée la présence physique du Rabbi. Mais malgré la perte, le cœur brisé et le manque que nous ressentons, il devient de plus en plus évident que le Rabbi ne nous a pas abandonnés. Le Berger ne laisse pas son peuple ; son influence continue à nous guider et sa lumière continue à briller sur toutes nos entreprises. Sa seule mission et son seul but étaient de préparer le monde entier à la venue de Machia’h. Il nous a dispensé son sens d’accomplissement et il continue à nous guider, à implorer et exhorter chacun d’entre nous de remplir son rôle. Aucun de nos besoins n’est aussi pressant que celui de Machia’h ; et notre Berger Fidèle ne laissera pas ce besoin inassouvi.

Basé sur un discours du Rabbi du motsaei Chabbat parachat Matot-Massei, parachat Devraim et du 15 Av 5739 (1979)25