Au début des années 1640, le sultan de l’Empire ottoman entreprit un périple depuis sa capitale, dans la lointaine Turquie, vers plusieurs lieux d’importance dans ses vastes domaines.
Il se rendit à Hébron, à la Grotte de Makhpéla. Il entra, paré de ses habits traditionnels de souverain, portant notamment l’épée d’or, incrustée de diamants et de pierres précieuses, qui pendait à son flanc. Le sultan erra de salle en salle et pénétra finalement dans la vaste salle dédiée au patriarche Its’hak.
Le point central de la salle d’Its’hak est un petit orifice circulaire dans le sol, près du mur qu’elle partage avec la petite salle d’Avraham. Cet orifice est peut-être l’endroit le plus sacré de toute l’illustre structure située au-dessus des grottes funéraires des Patriarches et Matriarches, car il conduit jusque dans les grottes elles-mêmes. Des pèlerins du monde entier voyagent des semaines, parfois des mois, simplement pour avoir la possibilité de se tenir près de cette modeste ouverture circulaire et sombre qui s’enfonce dans la grotte, laquelle, selon la tradition, fut creusée par Adam, le premier homme.
Le sultan se pencha au-dessus de cette ouverture sacrée et y plongea son regard. En se penchant, son épée précieuse glissa de son flanc et tomba dans la cavité creusée dans le sol. En entendant le choc du métal contre la pierre, le sultan comprit que son épée gisait dans les grottes qui s’étendaient en dessous. Il appela l’officier de la garde et lui ordonna de faire descendre immédiatement un soldat par l’orifice dans les grottes souterraines afin de récupérer son épée.
Soucieux d’exécuter sans délai l’ordre du sultan, l’officier choisit un soldat à proximité. Un autre soldat lui attacha une corde autour de la taille, et l’on fit descendre le soldat dans la cavité souterraine. Ils venaient à peine de le faire qu’un hurlement perçant retentit soudainement depuis la profondeur. Ils remontèrent rapidement le soldat, mais il était déjà mort. Le sultan ordonna qu’un autre soldat soit descendu dans les grottes. Il en fut ainsi, et son sort fut exactement le même que celui de son prédécesseur.
Le sultan persista à envoyer des soldats dans les grottes, jusqu’à ce qu’il soit manifeste que nul n’en ressort vivant. Le sultan se tourna alors vers ses hôtes et s’exclama : « Qui me rendra mon épée ? » Les Arabes, échangeant un regard, répondirent sans la moindre hésitation : « Pourquoi ne pas y faire descendre un Juif ? S’il meurt, aucun d’entre nous n’en sera affecté, et sinon, vous récupérerez votre précieux sabre. » Ainsi les Juifs reçurent-ils l’ordre, sous peine de mort, de désigner un volontaire à faire descendre dans les grottes pour rendre l’épée du sultan.
Les Juifs d’Hébron avaient entendu ce qui était arrivé aux soldats du sultan. Comment pouvaient-ils condamner l’un des leurs à une mort certaine ? Ils prièrent et jeûnèrent dans l’espoir de détourner le décret. Réalisant qu’ils n’avaient pas le choix, ils se regardèrent les uns les autres. Qui oserait pénétrer dans la grotte sacrée des Patriarches ?
Le rabbin âgé de la communauté, le kabbaliste et sage Rabbi Avraham Azoulaï, auteur du ‘Hessed LéAvraham, résolut le dilemme : « J’entrerai dans les grottes saintes. N’ayez aucune crainte. » Ainsi en fut-il. Après avoir prié et supplié le D.ieu d’Avraham, d’Its’hak et de Yaakov, Rabbi Avraham Azoulaï s’immergea dans le mikvé et s’habilla d’un vêtement blanc, l’habit traditionnel des défunts. Il se rendit à la Grotte de Makhpéla.
Avec une corde nouée autour de la taille, Rabbi Azoulaï fut descendu dans la grotte. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, il regarda autour de lui : trois hommes barbus se tenaient là. « Nous sommes tes ancêtres, » lui dirent-ils, « Avraham, Its’hak et Yaakov. » Rabbi Azoulaï demeura sans voix. Finalement, il leur dit : « Pourquoi devrais-je quitter ce lieu et remonter au-dessus ? Je suis âgé, et ici j’ai retrouvé mes ancêtres. Je ne désire que demeurer ici avec vous. »
Les Patriarches insistèrent : « Tu dois rendre l’épée au sultan. Sans quoi toute la communauté juive d’Hébron pourrait être anéantie. Mais n’aie aucune crainte. Dans sept jours, tu reviendras ici pour être avec nous… »
Ainsi le saint rabbin remonta-t-il dans la salle d’Its’hak, au-dessus de la grotte des Patriarches, et avec lui se trouvait l’épée du sultan. Le sultan en fut ravi. Les Juifs d’Hébron déclarèrent ce jour-là un jour de fête en voyant leur rabbin bien-aimé réapparaître vivant. Rabbi Avraham Azoulaï passa la semaine suivante avec ses élèves, leur transmettant l’intégralité de son savoir. Nuit et jour, il étudia avec eux, les guidant et leur transmettant tout ce qu’il savait.
Sept jours après avoir été descendu dans la grotte de Makhpéla, Rabbi Avraham Azoulaï rendit son âme à son Créateur, s’éteignant paisiblement dans sa maison. Il fut inhumé au sein de l’ancien cimetière juif d’Hébron, qui domine le lieu de repos de ses ancêtres bien-aimés, Avraham, Its’hak et Yaakov.
Adapté par Yerachmiel Tilles à partir de hebron.co.il
Note biographique:
Rabbi Avraham Azoulaï (1570–1643) est l’auteur de l’ouvrage kabbalistique bien connu ‘Hessed LéAvraham. Il est l’ancêtre de l’un des plus célèbres sages séfarades, le ‘Hida (Rabbi ‘Haïm Yossef David Azoulaï, 1724–1806).
Commencez une discussion