Que disent les fidèles lors de la bénédiction sacerdotale récitée à l’office de Ne‘ila du jour de Kipour ? Mar Zoutra – ou, selon une autre version, une baraïta – recommande de réciter ces trois versets (Ps. 128, 4–6) – « Voici comment est béni l’homme qui craint l’Éternel. Que l’Éternel te bénisse de Sion, puisses-tu voir le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie. Puisses-tu voir les fils de tes fils. Paix sur Israël. »
בִּנְעִילָה דְּיוֹמָא דְכִיפּוּרֵי מַאי אָמַר אָמַר מָר זוּטְרָא וְאָמְרִי לַהּ בְּמַתְנִיתָא הִנֵּה כִי כֵן יְבֹרַךְ גָּבֶר יְרֵא ה׳ יְבָרֶכְךָ ה׳ מִצִּיּוֹן וּרְאֵה בְּטוּב יְרוּשָׁלִָם כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ וּרְאֵה בָנִים לְבָנֶיךָ שָׁלוֹם עַל יִשְׂרָאֵל
Quand les fidèles doivent-ils réciter ces versets – ainsi que ceux indiqués précédemment par Rabbi Zèra au nom de Rav ‘Hisda, par Rabbi Assi et par Rav A‘ha bar Ya‘acov ? Selon Rav Yossef, après chaque verset de la bénédiction sacerdotale ; selon Rav Chèchet, après chaque mention du Nom de Dieu.
הֵיכָן אוֹמְרָן רַב יוֹסֵף אָמַר בֵּין כׇּל בְּרָכָה וּבְרָכָה וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר בְּהַזְכָּרַת הַשֵּׁם
Rav Mari et Rav Zevid discutent pour savoir si les fidèles disent un seul verset ou tous les trois versets des psaumes après chaque verset de la bénédiction sacerdotale.
פְּלִיגִי בַּהּ רַב מָרִי וְרַב זְבִיד חַד אָמַר פְּסוּקָא לָקֳבֵל פְּסוּקָא וְחַד אָמַר אַכֹּל פְּסוּקָא אָמַר לְהוּ לְכוּלְּהוּ
Rabbi ‘Hiya bar Aba a déclaré : c’est une erreur de dire ces versets lors d’une bénédiction sacerdotale prononcée hors du Temple, car leur récitation est requise seulement au Temple où les Cohanim mentionnent le Tétragramme tel qu’il s’écrit. Rabbi ‘Hanina bar Papa prouve qu’il ne faut pas non plus réciter ces versets au Temple. Est-il concevable, demande-t-il, qu’un esclave n’écoute pas les bénédictions qu’on est en train de lui adresser ?
אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא כׇּל הָאוֹמְרָן בַּגְּבוּלִין אֵינוֹ אֶלָּא טוֹעֶה אָמַר רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא תִּדַּע דִּבְמִקְדָּשׁ נָמֵי לָא מִיבְּעֵי לְמֵימְרִינְהוּ כְּלוּם יֵשׁ לְךָ עֶבֶד שֶׁמְּבָרְכִין אוֹתוֹ וְאֵינוֹ מַאֲזִין
Rabbi A‘ha bar ‘Hanina prouve lui aussi que les fidèles doivent réciter ces versets même hors du Temple. Est-il concevable, demande-t-il, qu’un esclave n’accueille pas favorablement les bénédictions qui lui sont adressées en exprimant sa gratitude ? Rabbi Abahou atteste : au début, je récitais ces versets mais j’ai arrêté de le faire quand j’ai vu que Rabbi Aba d’Akko (Acre) ne les disait pas.
אָמַר רַבִּי אַחָא בַּר חֲנִינָא תֵּדַע דְּבִגְבוּלִין נָמֵי מִיבְּעֵי לְמֵימְרִינְהוּ כְּלוּם יֵשׁ עֶבֶד שֶׁמְּבָרְכִין אוֹתוֹ וְאֵין מַסְבִּיר פָּנִים אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא לְהוּ כֵּיוָן דַּחֲזֵינָא לֵיהּ לְרַבִּי אַבָּא דְּמִן עַכּוֹ דְּלָא אֲמַר לְהוּ אֲנָא נָמֵי לָא אָמֵינָא לְהוּ
Rabbi Abahou a encore attesté : au début, je me considérais comme modeste. J’ai changé d’avis sur mon propre compte quand j’ai vu que Rabbi Aba d’Akko (Acre) ne montrait pas le moindre signe de mécontentement alors que son interprète – chargé d’exposer au public les paroles de son maître – exprimait une autre idée que celle qu’il lui avait soufflée. Je me suis dit alors : je ne suis pas modeste !
וְאָמַר רַבִּי אֲבָהוּ מֵרֵישׁ הֲוָה אָמֵינָא עִינְוְתָנָא אֲנָא כֵּיוָן דַּחֲזֵינָא לֵיהּ לְרַבִּי אַבָּא דְּמִן עַכּוֹ דְּאָמַר אִיהוּ חַד טַעְמָא וְאָמַר אָמוֹרֵיהּ חַד טַעְמָא וְלָא קָפֵיד אָמֵינָא לָאו עִינְוְתָנָא אֲנָא
Dans quelle autre occasion Rabbi Abahou fit-il preuve de modestie ? Un jour, la femme de l’interprète de Rabbi Abahou déclara à la femme de Rabbi Abahou – « Le nôtre (mon mari) est aussi érudit que le tien et il n’a pas besoin de lui pour donner un cours. C’est afin de lui faire honneur qu’il se penche pour écouter ses paroles et qu’il se relève pour les transmettre au public. » Lorsque sa femme lui rapporta ces propos, Rabbi Abahou répondit : que t’importe si c’est vrai ou non. En définitive, grâce à moi ou grâce à lui, le Très-Haut est glorifié par l’enseignement de la Tora.
וּמַאי עִינְוְותָנוּתֵיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ דַּאֲמַרָה לַהּ דְּבֵיתְהוּ דְּאָמוֹרֵיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ לִדְבֵיתֵיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ הָא דִּידַן לָא צְרִיךְ לֵיהּ לְדִידָךְ וְהַאי דְּגָחֵין וְזָקֵיף עֲלֵיהּ יְקָרָא בְּעָלְמָא הוּא דְּעָבֵיד לֵיהּ אֲזַלָא דְּבֵיתְהוּ וַאֲמַרָה לֵיהּ לְרַבִּי אֲבָהוּ אֲמַר לַהּ וּמַאי נָפְקָא לִיךְ מִינַּהּ מִינִּי וּמִינֵּיהּ יִתְקַלַּס עִילָּאָה
Autre marque de modestie de Rabbi Abahou : les Sages avaient décidé, par un vote majoritaire, de nommer Rabbi Abahou à la tête de la yechiva. Voyant que Rabbi Aba d’Akko (Acre) devait faire face à de nombreux créanciers, Rabbi Abahou déclara à ses collègues : Rabbi Aba d’Akko (Acre) est plus digne que moi de cette haute fonction – qui offre d’importants avantages matériels (voir Yoma 18a).
וְתוּ רַבִּי אֲבָהוּ אִימְּנוֹ רַבָּנַן עֲלֵיהּ לְמִמְנְיֵיהּ בְּרֵישָׁא כֵּיוָן דְּחַזְיֵהּ לְרַבִּי אַבָּא דְּמִן עַכּוֹ דִּנְפִישִׁי לֵיהּ בַּעֲלֵי חוֹבוֹת אֲמַר לְהוּ אִיכָּא רַבָּה
Autre témoignage d’humilité de Rabbi Abahou. Un jour, il arriva dans un endroit avec Rabbi ‘Hiya bar Aba. Rabbi Abahou fit un cours de Agada, tandis que Rabbi ‘Hiya bar Aba donnait un cours de Halakha. Toute l’assistance quitta Rabbi ‘Hiya bar Aba pour se rendre chez Rabbi Abahou. Rabbi ‘Hiya bar Aba fut profondément vexé. Pour l’apaiser, Rabbi Abahou lui dit : je vais t’expliquer la situation par une parabole. À qui ressemblons-nous ? À deux hommes, dont l’un vend des pierres précieuses, et l’autre, différents articles de mercerie. Vers qui la plupart des acheteurs se précipitent-ils ? N’est-ce pas vers celui qui vend les articles de mercerie à bon marché ?
רַבִּי אֲבָהוּ וְרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אִיקְּלַעוּ לְהָהוּא אַתְרָא רַבִּי אֲבָהוּ דְּרַשׁ בְּאַגַּדְתָּא רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא דְּרַשׁ בִּשְׁמַעְתָּא שַׁבְקוּהּ כּוּלֵּי עָלְמָא לְרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא וַאֲזוּל לְגַבֵּיהּ דְּרַבִּי אֲבָהוּ חֲלַשׁ דַּעְתֵּיהּ אֲמַר לֵיהּ אֶמְשֹׁל לְךָ מָשָׁל לְמָה הַדָּבָר דּוֹמֶה לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם אֶחָד מוֹכֵר אֲבָנִים טוֹבוֹת וְאֶחָד מוֹכֵר מִינֵי סִידְקִית עַל מִי קוֹפְצִין לֹא עַל זֶה שֶׁמּוֹכֵר מִינֵי סִידְקִית
Rabbi Abahou fit un geste supplémentaire envers son collègue. Par respect des autorités qui tenaient Rabbi Abahou en haute estime, chaque jour, Rabbi ‘Hiya bar Aba le raccompagnait à son auberge. Ce jour-là, Rabbi Abahou raccompagna Rabbi ‘Hiya bar Aba à son auberge sans réussir pour autant à le rasséréner.
כׇּל יוֹמָא הֲוָה מַלְוֵה רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא לְרַבִּי אֲבָהוּ עַד אוּשְׁפִּיזֵיהּ מִשּׁוּם יְקָרָא דְבֵי קֵיסָר הָהוּא יוֹמָא אַלְוְיֵהּ רַבִּי אֲבָהוּ לְרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא עַד אוּשְׁפִּיזֵיהּ וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא אִיתּוֹתַב דַּעְתֵּיהּ מִינֵּיהּ
§ Après avoir traité de ce que récite la communauté pendant la bénédiction sacerdotale, la guemara demande : que disent les fidèles pendant que l’officiant dit modim, l’avant-dernière bénédiction ? Rav propose cet énoncé – « Nous Te remercions, Éternel notre Dieu, de nous avoir incités à Te remercier. » Chemouel suggère une formulation légèrement plus longue – « Nous Te remercions, Éternel notre Dieu, Dieu de toute chair, de nous avoir incités à Te remercier. » Rabbi Simaï ajoute après « toute chair » – « Notre Créateur, qui crée les origines » et conclut, comme précédemment par : « de nous avoir incités à Te remercier ». Les Sages de Neharde‘a rapportent au nom de Rabbi Simaï cet ajout après les mots « les origines » – « Bénédictions et remerciements à Ton grand Nom pour nous avoir fait vivre et subsister, de nous avoir incités à Te remercier. » Rav A‘ha bar Ya‘acov propose cette formule de conclusion – « Ainsi, fais-nous vivre, prends-nous en pitié, réunis-nous et rassemble nos exilés dans Tes saintes cours pour observer Tes lois et accomplir Ta volonté d’un cœur entier. [Nous Te remercions] de nous avoir incités à Te remercier. »
בִּזְמַן שֶׁשְּׁלִיחַ צִבּוּר אוֹמֵר מוֹדִים הָעָם מָה הֵם אוֹמְרִים אָמַר רַב מוֹדִים אֲנַחְנוּ לָךְ ה׳ אֱלֹהֵינוּ עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ וּשְׁמוּאֵל אָמַר אֱלֹהֵי כׇּל בָּשָׂר עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ רַבִּי סִימַאי אוֹמֵר יוֹצְרֵנוּ יוֹצֵר בְּרֵאשִׁית עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ נְהַרְדָּעֵי אָמְרִי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי סִימַאי בְּרָכוֹת וְהוֹדָאוֹת לְשִׁמְךָ הַגָּדוֹל עַל שֶׁהֶחֱיִיתָנוּ וְקִיַּימְתָּנוּ עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב מְסַיֵּים בַּהּ הָכִי כֵּן תְּחַיֵּינוּ וּתְחׇנֵּנוּ וּתְקַבְּצֵנוּ וְתֶאֱסוֹף גָּלִיּוֹתֵינוּ לְחַצְרוֹת קׇדְשֶׁךָ לִשְׁמוֹר חוּקֶּיךָ וְלַעֲשׂוֹת רְצוֹנְךָ בְּלֵבָב שָׁלֵם עַל שֶׁאָנוּ מוֹדִים לָךְ
Rav Papa tranche : puisque nous avons plusieurs énoncés, nous les dirons tous pour concilier les différents avis.
אָמַר רַב פָּפָּא הִילְכָּךְ נֵימְרִינְהוּ לְכוּלְּהוּ
Rabbi Yits‘hak déclare : on voit combien il est important de respecter la collectivité en toute circonstance puisque, pendant la bénédiction sacerdotale, les Cohanim font face à l’assemblée et tournent le dos à l’Arche sainte de la synagogue, où réside la Présence divine.
אָמַר רַבִּי יִצְחָק לְעוֹלָם תְּהֵא אֵימַת צִבּוּר עָלֶיךָ שֶׁהֲרֵי כֹּהֲנִים פְּנֵיהֶם כְּלַפֵּי הָעָם וַאֲחוֹרֵיהֶם כְּלַפֵּי שְׁכִינָה
Rav Na‘hman déduit la même idée de ce verset (I Chron. 28, 2) : quand il invita le peuple à apporter sa contribution matérielle pour la construction du Temple, « Le roi David se tint debout sur ses pieds et dit – Ecoutez-moi, mes frères et mon peuple. » S’il dit « mes frères », pourquoi ajouter « mon peuple », et s’il dit « mon peuple », pourquoi les appeler d’abord « mes frères » ? Rabbi El‘azar explique : David a déclaré aux [Enfants d’] Israël – « Si vous m’écoutez et êtes fidèles à l’Éternel, vous serez mes frères – et je vous traiterai avec le plus grand respect, parce qu’il faut respecter la communauté quand elle se conduit bien. Sinon, vous ne serez que mon peuple, et je vais vous asservir à coups de bâton. »
רַב נַחְמָן אָמַר מֵהָכָא וַיָּקׇם דָּוִיד הַמֶּלֶךְ עַל רַגְלָיו וַיֹּאמֶר שְׁמָעוּנִי אַחַי וְעַמִּי אִם אַחַי לָמָּה עַמִּי וְאִם עַמִּי לָמָּה אַחַי אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר לָהֶם דָּוִד לְיִשְׂרָאֵל אִם אַתֶּם שׁוֹמְעִין לִי אַחַי אַתֶּם וְאִם לָאו עַמִּי אַתֶּם וַאֲנִי רוֹדֶה אֶתְכֶם בְּמַקֵּל
D’autres Sages déduisent la même idée de cette baraïta – « Il est interdit aux Cohanim de monter avec leurs sandales sur l’estrade pour réciter la bénédiction sacerdotale. Ceci est l’une des neuf ordonnances édictées par Rabbi Yo‘hanan ben Zacaï. » Quelle est la raison de cet interdit ? N’est-ce pas par respect pour les fidèles, afin qu’ils ne voient pas les chaussures boueuses des Cohanim, dont le bas des vêtements se soulève quand ils lèvent les bras ? Non, réfute Rav Achi. Là-bas, Rabbi Yo‘hanan ben Zacaï a imposé cette restriction de peur qu’une lanière des sandales d’un Cohen se casse après sa montée sur l’estrade, qu’il redescende pour l’attacher pendant la bénédiction sacerdotale, et qu’il soit alors soupçonné de s’être dérobé au dernier moment, parce qu’il était fils d’une divorcée ou d’une femme ayant procédé à la cérémonie du déchaussement et donc impropre à la Kehouna (fonction de Cohen).
רַבָּנַן אָמְרִי מֵהָכָא דְּאֵין הַכֹּהֲנִים רַשָּׁאִין לַעֲלוֹת בְּסַנְדְּלֵיהֶן לַדּוּכָן וְזֶהוּ אַחַת מִתֵּשַׁע תַּקָּנוֹת שֶׁהִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי מַאי טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם כְּבוֹד צִבּוּר אָמַר רַב אָשֵׁי לָא הָתָם שֶׁמָּא נִפְסְקָה לוֹ רְצוּעָה בְּסַנְדָּלוֹ וַהֲדַר אָזֵיל לְמִיקְטְרֵיהּ וְאָמְרִי בֶּן גְּרוּשָׁה אוֹ בֶּן חֲלוּצָה הוּא
Suite de la michna – « Au Temple, les Cohanim récitaient sans interruption » les trois versets de la bénédiction sacerdotale.
וּבְמִקְדָּשׁ בְּרָכָה אַחַת כּוּ׳

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