J’ai quatre enfants d’âges et de stades différents. Cela donne lieu à des échanges particulièrement intéressants autour de la table de Chabbat, surtout lorsqu’il s’agit de partager ce qu’ils ont appris de la paracha hebdomadaire. Chacun étudie la même paracha chaque semaine, mais à des niveaux tellement différents que l’on perçoit combien la Torah est faite de strates multiples.
La Torah n’est pas qu’un récit historique. Elle est riche d’instructions pour la vie et de profondeurs cachées. La Torah possède un corps – sa structure littérale propre – mais elle a aussi une âme : une pertinence éternelle pour chacun. Ainsi, par exemple, lorsque la Torah évoque des Juifs partant en guerre, elle parle, à un premier niveau, de Juifs allant réellement combattre des ennemis extérieurs. Mais à un niveau plus profond, la Torah nous enseigne un tout autre type de guerre.
La Torah dit : « Si tu sors en guerre contre tes ennemis ».1 Or, au lieu d’employer le mot hébreu signifiant « contre », elle utilise celui qui signifie « sur » ou « au-dessus de ». Le verset pourrait donc se lire : « Si tu sors en guerre au-dessus de tes ennemis… ». Cet emploi suggère que, lorsque tu pars au combat, tu te tiens déjà au-dessus de tes ennemis – et que la victoire t’est pour ainsi dire assurée.
Mais de quel ennemi s’agit-il ? Et comment cette issue est-elle garantie ?
Le sens profond de ce verset est que, chaque jour, nous menons un combat contre notre mauvais penchant, notre ennemi intérieur. Il y a un combat entre connexion et déconnexion, entre altruisme et égoïsme. Il existe en nous un désir de se transcender, d’être saint et altruiste, parallèlement à l’attrait du plaisir corporel et à une vision à courte vue.
Quelle est alors la solution ? Comment nous assurer de triompher de nos instincts naturels, au lieu de les subir ?
Tout dépend de la manière dont nous regardons cet ennemi. Si nous le prenons au pied de la lettre, nous ressentons ses émotions et ses passions pour la matérialité, et il est pour nous un adversaire. Mais que se passerait-il si nous pouvions remonter jusqu’à la source de nos impulsions négatives ? Si nous reconnaissions que, bien qu’elles paraissent négatives, elles proviennent en réalité d’une source très élevée ?
Il s’agit là d’une stratégie bien réelle, et non d’une simple question théorique. Lorsque nous élevons notre regard vers la source originelle de nos impulsions négatives, cela nous aide réellement à les surmonter. C’est une approche radicale, une manière totalement différente d’envisager nos conflits intérieurs. Au lieu de les combattre – comme on pourrait le déduire du terme « guerre » – nous reconnaissons la source de l’épreuve, cessons de la prendre de manière littérale, et découvrons que tout le défi s’émousse.
Nous nous disons que, si les impulsions de notre âme animale semblent négatives, elles ont en réalité une origine très élevée, dans le char d’Ézéchiel. Elles proviennent d’une source sainte, mais sont descendues sous une forme détournée. Ainsi, plutôt que de simplement les combattre, nous pouvons canaliser ces impulsions, les transformer, et réinscrire cette énergie puissante dans un canal de sainteté. Lorsque la source sainte de l’âme animale lui est rappelée, elle peut littéralement passer du négatif au positif. La bataille est alors gagnée sans combat.
La prière est précisément le moment privilégié pour accomplir ce « travail » et aider l’âme animale à acquérir cette compréhension. C’est pourquoi la prière est appelée, dans le Zohar, « un temps de guerre » – car c’est là que l’adversaire devient un allié.
Cela nous ramène à la pluralité des strates de la Torah. Car, tandis qu’à un certain niveau nous prions et prononçons des paroles de connexion à D.ieu – et même un enfant de maternelle peut prier –, à un niveau bien plus profond, nous affrontons notre propre ennemi intérieur et travaillons avec lui pour qu’il devienne une force positive, et avoir de lui une compréhension plus mûre.
Car, à mesure que nous grandissons et évoluons, notre compréhension de la Torah doit, elle aussi, croître et évoluer.
Note spirituelle : Méditer sur la source élevée de l’âme animale nous permet réellement de vaincre notre ennemi intérieur et de le transformer.
Source : le Maamar Ki Tetsé Lamil’hama, dans Likoutei Torah, tel qu’expliqué dans ‘Hassidout Mévouéret, chapitre 7.

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