« Il ressent ce que chacun ressent ici. Il aide chacun à atteindre l’inaccessible. En sa présence, on se sent plus juif, plus authentiquement juif. Sous son regard, on entre en contact plus étroit avec ce qu’il y a de plus juif en soi. »

— Elie Wiesel

Le Rabbi était un dirigeant d’envergure mondiale dont la personnalité imposante, les méthodes novatrices, le sens de l’organisation et la vision ont marqué le monde entier. Mais pour les centaines de milliers de personnes ayant été en contact direct avec lui, il était leur Rabbi personnel.

La douleur de chaque individu était sa douleur, et les joies de chaque individu étaient sa joie. Personne n’était négligeable. Chacun avait sa place et chacun comptait.

La douleur de chaque individu était sa douleur

À de nombreuses reprises, le Rabbi a cité les récits midrashiques sur Moïse qui, avec une tendre attention, donnait à chaque catégorie de mouton l’herbe qui lui convenait et poursuivait même un unique mouton égaré afin de la ramener au troupeau.

C’est pourquoi, nous dit le Midrash, Moïse fut choisi pour être le berger du peuple juif.

Révéler les forces cachées

De même, le Rabbi reconnaissait la valeur et les qualités particulières de chaque individu. Il puisait directement au plus profond de l’être d’une personne et en activait les réservoirs d’énergie enfouis. Il encourageait chacun à se dépasser, à transcender son état d’esprit du moment et ses limitations personnelles, à grandir et à s’épanouir dans son service de D.ieu dans toutes les directions.

Le Rabbi exhortait aussi chacun – y compris un jeune enfant – à exercer une influence positive sur son entourage, à servir de catalyseur pour élever la condition spirituelle et matérielle de toute personne qu’il côtoyait.

Le Rabbi encourageait et motivait chaque personne à exploiter pleinement ses talents uniques et sa personnalité. Cela se manifestait notamment par la confiance qu’il accordait à ses Chlou’him. Le Rabbi leur laissait la liberté de concevoir des programmes dans leurs communautés respectives, en accord avec leur nature individuelle et avec les besoins de la communauté.

Le Rabbi donnait à des individus ordinaires le pouvoir d’accomplir des choses extraordinaires. Il révélait des talents, des énergies et des forces en sommeil pour élever d’innombrables communautés – pour changer le monde, pour partager et transmettre partout le message d’espoir et de bonté.

Plutôt que d’attirer des disciples, le Rabbi forgeait des leaders.

Il a façonné une catégorie unique d’émissaires, de Chlou’him, les transformant, de simples citoyens préoccupés par leur vie privée, en « grandes personnes » – des visionnaires et des dirigeants préoccupés avant tout par le bien-être d’autrui. Le Rabbi a inspiré des générations de Chlou’him qui ont tout quitté pour se consacrer à vie à leurs nouvelles communautés.

Le Rabbi transmettait aux autres quelque chose de son propre sens de la liberté – la liberté de transcender ses propres besoins et d’élargir sa vision du judaïsme.

Par l’exemple

Le Rabbi était lui-même le yerei chamaïm (celui qui craint D.ieu) par excellence, l’homme de Halakha (loi juive) par excellence, qui accomplissait les mitsvot de la façon la plus méticuleuse et scrupuleuse. Pourtant, il accueillait et se donnait la peine de rencontrer des personnes dont la conduite et les convictions contrastaient fortement avec les siennes. Il les traitait avec respect, amour et affection. Il avait un mot bienveillant pour chacun, les comblait de bénédictions et les aidait par tous les moyens.

Bien que pour le Rabbi l’observance des mitsvot et le mode de vie de la Torah fussent un absolu, il s’adressait à chaque personne en fonction de sa situation propre et de son niveau de pratique. Attentif aux besoins de chacun, il encourageait la croissance spirituelle en mettant en avant les bienfaits d’un rapprochement avec la voie de la Torah.

Le Rabbi a transmis cet esprit à ses Chlou’him, à ses ‘Hassidim, et bien au-delà des cercles de ‘Habad.

Dirigeant audacieux s’aventurant en terra incognita, le Rabbi envoyait ses Chlou’him dans des endroits reculés dépourvus de communauté et d’environnement propice à une vie de Torah – a fortiori d’un mode de vie ‘hassidique – pour eux-mêmes et leurs enfants.

Même trois décennies après avoir pris la tête du mouvement, le Rabbi demeurait pratiquement seul à mener cette œuvre de chli’hout aux quatre coins du monde tandis que d’autres restaient en retrait, craignant de mettre en péril sur le plan spirituel les jeunes gens influençables nécessaires pour mener à bien cette mission.

Seul un dirigeant comme le Rabbi possédait les ressources spirituelles permettant à ses Chlou’him de faire face à tous les défis, de demeurer fermes et solides dans leur vie personnelle, et d’exercer une influence saine sur les communautés où ils vivaient sans se laisser influencer par elles. Ils ont ouvert la voie, permettant à d’autres de suivre leur exemple.

Le Rabbi de tous

Le Rabbi n’était pas seulement le Rabbi des ‘Hassidim de Loubavitch ; il était le Rabbi de tous.

Il encourageait les rabbins et les membres des communautés juives, les institutions et les programmes extérieurs au cadre de Loubavitch à jouer leur rôle particulier auprès de leurs communautés et au-delà.

Sans chercher à monopoliser l’innovation, le Rabbi, dès le départ, a appelé tous les rabbins, dirigeants et éducateurs à insuffler un élan spirituel à ceux qu’ils guidaient et à rayonner au-delà de leur cercle restreint.

Une lumière pour les nations

Bien que tout l’être du Rabbi fût représentatif du judaïsme, et bien que le Rabbi fût connu, avant tout, comme un berger fidèle du peuple juif, il se souciait du bien de l’humanité tout entière : sa qualité de vie en général et sa vie morale en particulier.

Bien que le peuple juif ait un mode de vie distinct et soit une nation unique à qui la Torah fut donnée avec un mandat spécifique, la Torah contient également des instructions pour toute l’humanité – connues sous le nom des Sept Lois Noahides.

Le Rabbi se souciait de l’amélioration de toute l’humanité

Selon la vision globale du Rabbi basée sur la Torah – telle qu’elle ressort des Prophètes, des Écrits, du Talmud et de la philosophie juive –, le monde entier a vocation à servir – et finira par servir – le D.ieu unique, et il nous incombe de contribuer à mener cela à bien.

Le peuple juif a pour mission d’être « or lagoyim » – une lumière pour les nations. Et c’est une obligation juive d’inciter les non-juifs à suivre les commandements de D.ieu contenus dans les Sept Lois Noahides pour un monde moral, juste et civilisé.

À de nombreuses reprises, le Rabbi a consacré de longs discours à la cause de l’amélioration de l’éducation publique, notamment en ce qui concerne les valeurs morales, et à éveiller la conscience de l’humanité à la charité, aux valeurs et aux principes éthiques – fondés sur la reconnaissance d’une Autorité Suprême et l’acceptation de Sa souveraineté.

Lors d’audiences privées également, le Rabbi exhortait les dirigeants, juifs ou non, à mettre à profit l’influence de leurs fonctions pour l’amélioration de la vie économique et sociale de l’humanité. Il appelait également les Juifs qui, par le commerce ou autrement, entraient en contact avec des non-juifs, à sensibiliser leurs relations à leur responsabilité morale et éthique.

Dans l’univers du Rabbi, chacun, à sa manière, peut et doit contribuer à transformer l’Univers en une « demeure pour D.ieu ».

Viser haut d’emblée

Le Rabbi citait souvent une parole du quatrième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Chmouel (le Rabbi « Maharach ») : « Lekhate’hila Ariber ! » – dans le service de D.ieu, l’approche doit être de « viser haut d’emblée ». Cette attitude est devenue l’une des marques distinctives du Rabbi. Lorsqu’il lançait une campagne ou répondait à un besoin, plutôt que de s’attarder sur les chances de succès, le Rabbi se focalisait sur le besoin et la solution, confiant que les conditions s’ajusteraient d’elles-mêmes.

Plutôt que de passer par des enquêtes, des réunions et des études, le Rabbi, avec des moyens limités, lançait des campagnes novatrices, créait des institutions et des programmes, et inspirait les autres à suivre son exemple. Forts de leur amour, de leur optimisme et de leur détermination à aider chaque Juif, ses Chlou’him sont partis vers des communautés du monde entier. Ils ont fini par gagner l’admiration et le soutien de tous, y compris de ceux qui s’étaient d’abord opposés à eux.

Le Rabbi encourageait aussi les ‘Hassidim à aborder les Juifs où qu’ils soient, même dans le cadre professionnel ou dans la rue, en leur proposant de mettre les téfiline et d’accomplir d’autres mitsvot, sans se soucier des convenances ni craindre d’être rejetés.

Dans le même esprit, le Rabbi a demandé aux ‘Hassidim de partager le « meilleur » du judaïsme, même avec ceux qui n’observent pas encore le minimum – d’où, par exemple, la campagne de distribution de matsot chmourot, contribuant aussi à promouvoir l’observance essentielle de Pessa’h.

Le cri d’un enfant

Le Rabbi a raconté l’histoire suivante : le deuxième Rabbi de la dynastie ‘Habad, Rabbi Dov Ber, après son mariage, vivait chez son père, Rabbi Chnéour Zalman. Un jour, le jeune enfant de Rabbi Dov Ber tomba de son berceau, dans une pièce voisine, et pleurait. Rabbi Dov Ber, connu pour sa capacité à s’absorber des heures durant dans l’étude de la Torah, était si plongé dans sa réflexion qu’il n’entendit pas les pleurs du bébé. Rabbi Chnéour Zalman descendit pour prendre son petit-fils dans ses bras. Plus tard, il réprimanda son fils : « Quelle que soit la profondeur de son immersion dans la ‘Hassidout, on ne doit jamais être sourd au cri d’un enfant. »

Le Rabbi insistait sur le fait que nous ne devons jamais être si absorbés par nos propres affaires, aussi élevées soient-elles, au point de ne plus entendre le cri intérieur des autres aspirant à revenir à leurs racines spirituelles.

Non seulement le Rabbi prêtait attention au cri général de la communauté juive, mais il était également à l’écoute de ses cris intérieurs particuliers. Le Rabbi prenait au sérieux chaque composante de la communauté, répondant à ses besoins avec sincérité et vérité, à son niveau et dans les termes mêmes de son appel :

Les femmes

En 1942, bien avant que la question des droits des femmes n’entre dans les consciences et ne figure à l’agenda du monde juif, le Rabbi a créé Neshei ‘Habad, l’Organisation des Femmes de ‘Habad, comme entité indépendante et non comme simple auxiliaire. Dans ses lettres précédant les fêtes, adressées aux Juifs du monde entier, le Rabbi s’adressait toujours aux « Fils et Filles d’Israël ». Lors de chaque grand farbrenguèn, le Rabbi consacrait un discours spécifiquement aux femmes. Plusieurs fois par an, il s’adressait exclusivement aux femmes.

Dans ses discours, le Rabbi soulignait les qualités propres aux femmes, leur mérite et leurs responsabilités. Le Rabbi fut notamment le premier dirigeant rabbinique à aborder publiquement la question des femmes victimes de violence conjugale. Le Rabbi encourageait également les femmes à s’engager dans une étude approfondie de la Torah et de la ‘Hassidout.

Les enfants

L’éducation – celle des enfants en particulier – est un thème constant dans les discours et les écrits du Rabbi. Ce que l’on transmet aux enfants, soulignait le Rabbi, doit contenir toute la vérité et présenter la même profondeur que ce qui est enseigné aux adultes.

À la question d’un enfant, disait le Rabbi, on ne doit jamais répondre par un mensonge ou une demi-vérité. Non seulement parce que la réponse le marquera toute sa vie, mais parce que les enfants méritent d’être pris au sérieux et de recevoir la « nourriture » appropriée, présentée toutefois de sorte qu’ils puissent l’assimiler.

« Lorsque le Rabbi nous a envoyés en mission, mon mari et moi, mon mari ne parlait pas anglais et j’étais trop timide pour ne serait-ce qu’appeler les renseignements. Si cela n’avait tenu qu’à moi, je ne me serais jamais choisie pour cette tâche. Pourtant, le Rabbi nous a confié cette immense responsabilité en nous habilitant à le représenter. »

— Une chlou’ha envoyée par le Rabbi dans les années 1960

Raya Méhemna – « Le berger de la foi »

Le Midrash qualifie Moché Rabbénou (Moïse) de Raya Méhemna, « un Berger Fidèle » – ou, selon l’interprétation ‘hassidique, « un Berger de la Foi ». Au fil des siècles, d’autres dirigeants du peuple juif ont reçu ce titre.

En privé comme en public, dans ses rencontres ou sa correspondance, le Rabbi chez son auditoire une foi pure, un profond sérieux et un dévouement inébranlable. Face aux grands défis de l’époque – la Shoah, le cynisme ambiant, les découvertes scientifiques – comme aux dures réalités des épreuves personnelles, le Rabbi transmettait une foi d’une pureté et d’une intensité telles qu’elle imprégnait toute la vie de l’individu.

Le Rabbi nourrissait chez son auditoire une foi pure, un profond sérieux et un dévouement inébranlable

C’est ce que l’on observe dans l’esprit de dévouement qu’il a transmis à ses ‘Hassidim, à ses Chlou’him et aux enfants de ces derniers, nés et élevés dans des communautés éloignées. À les voir, on s’émerveille de leur foi inébranlable et de leur fidélité au mode de vie ‘hassidique. Ainsi, même sous l’oppression la plus brutale des régimes communistes, les ‘Hassidim ont survécu, et même prospéré. Leur foi imprégnait tout leur être : ils avaient fait leurs les enseignements du Rabbi.

De tout temps, de grands dirigeants juifs ont su éveiller chez leur peuple le potentiel de sacrifice de soi face à la persécution, à la pauvreté et à la discrimination. Le Rabbi, lui, a éveillé ce sens du sacrifice même chez des Juifs jouissant d’une liberté sans précédent. Il leur a donné la force d’affronter non pas l’épreuve de la pauvreté, mais celle de l’abondance et du confort. Comme le Rabbi l’a souligné dans le dernier discours qu’il a révisé, cette épreuve constitue, d’une certaine manière, un défi plus grand, qui exige un engagement plus profond encore, puisant à l’essence même de l’âme.

Comme nul autre, le Rabbi a aussi fait comprendre à tous ceux qu’il rencontrait que la Torah et les mitsvot agissent non seulement sur le plan spirituel, mais qu’elles sont porteuses des bénédictions de D.ieu dans ce monde-ci, révélant que l’observance de la Torah et des mitsvot est synonyme de succès dans la vie concrète.

Un appel du bureau du Rabbi

Lorsque j’ai quitté le rabbinat pour le secteur privé, j’ai décidé de publier un court message de Torah sur une carte d’environ 8 × 15 cm et de l’insérer dans les mailings périodiques de l’entreprise. La carte comportait mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone. J’ai ajouté le Rabbi de Loubavitch à ma liste de diffusion.

Il est arrivé un moment où j’ai cessé de publier cette carte. Quelque chose d’extraordinaire s’est alors produit. Le secrétaire du Rabbi m’a téléphoné, au nom du Rabbi, pour me demander pourquoi les cartes avec le message spirituel n’étaient plus incluses ! Encore aujourd’hui, quand j’y pense, j’ai du mal à comprendre. Avec tous les milliers de lettres que le Rabbi recevait, avec toutes les responsabilités liées à la direction de son mouvement mondial, le Rabbi avait remarqué que la carte manquait et il a pris le temps de me rappeler de reprendre son envoi !

– Extrait de l’introduction du livre My Soul Thirsts du Rav Zalman Aryeh Hilsenrad

Un souci pour toute l’humanité

Les conseils du Rabbi étaient recherchés par des responsables gouvernementaux nationaux et internationaux de tous niveaux.

Après l’une de ces rencontres avec le sénateur américain Patrick Moynihan, le Rabbi lui demanda s’il pouvait solliciter une faveur.

« Voilà », pensa le sénateur, « maintenant le Rabbi cherche la contrepartie. »

Le Rabbi poursuivit : « Il y a une communauté croissante à Chinatown. Ces gens sont discrets, réservés, travailleurs et respectueux des lois – le type de citoyens que la plupart des pays chériraient. Mais parce que les Américains sont si ouverts et que les Chinois sont, par nature, si réservés, ils sont souvent négligés. Ainsi, ils ne bénéficient pas des programmes gouvernementaux. Je suggère que vous, en tant que sénateur de New York, vous préoccupiez de leurs besoins. »

« J’étais bouleversé », a déclaré le sénateur par la suite. « Le Rabbi a une communauté de milliers de personnes à New York et des institutions dans tout l’État qui pourraient bénéficier de programmes gouvernementaux. Je suis en mesure d’aider à obtenir des financements pour eux. Le Rabbi n’a pas demandé cela. Au lieu de cela, il se souciait des Chinois de Chinatown. Je doute qu’il y soit jamais allé, et je suis certain que la plupart des gens là-bas ne savent pas qui il est, mais il se soucie d’eux… »