À ‘Hanouka, après le coucher du soleil, dit le Talmud, la ménora doit être allumée à l’extérieur de la porte de sa maison. En période de danger, toutefois, il suffit de la placer à l’intérieur de son domicile.1

Pour le Rabbi, la Ménora et ses lois symbolisaient le rôle idéal que la religion devrait jouer dans la sphère publique, ainsi que les retombées religieuses de l’émancipation démocratique. Le judaïsme ne doit pas rester une affaire privée, mais être une source d’illumination morale s’étendant jusqu’aux recoins les plus sombres de la société.2 À la différence des lieux où la religion est persécutée, les États-Unis offrent un cadre permettant de célébrer ‘Hanouka, et plus largement la religion, d’une manière « idéale » plutôt que simplement « suffisante ».3

En 1974, ces idées inspirèrent l’émissaire du Rabbi, le Rav Abraham Shemtov, à ériger la première Ménora publique devant la Liberty Bell emblématique de Philadelphie. L’année suivante, le Rav ‘Haïm Drizin érigea une Ménora « géante » sur Union Square à San Francisco, et, en quelques années, des émissaires du Rabbi, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, suivirent cet exemple.

La Ménora et ses lois symbolisent le rôle idéal que la religion devrait jouer dans l’espace public.

La campagne des ménoras publiques de ‘Habad suscita un échange de lettres entre le Rabbi et Joseph B. Glaser, vice-président exécutif de l’association des rabbins réformés. De telles expressions publiques de la foi, soutenait Glaser, étaient non seulement anticonstitutionnelles, mais menaçaient également les Juifs dans l’espace public par l’influence de religions autres que la leur. En réponse, le Rabbi lui rappela que la monnaie américaine porte la devise « In G‑d we trust » (« En D.ieu nous croyons ») et que le serment d’allégeance déclare que l’Amérique être « une nation sous D.ieu ».4 La foi ne menace pas la liberté constitutionnelle : elle en est le fondement.5

En 1989, le débat fut porté devant la Cour suprême des États-Unis. La conclusion de la Cour confirma l’argument selon lequel la séparation constitutionnelle de la religion et de l’État n’avait pas été conçue pour entraver les expressions de la diversité religieuse, mais bien pour les protéger.6

L’année 1974 vit également l’apparition du « Mitsva Tank » dans les rues de New York. Les appels répétés du Rabbi à un accroissement exponentiel de l’accomplissement des mitsvot parmi tous les Juifs inspirèrent l’étudiant de yeshiva Chalom Doukhman à aménager des camions afin de faire descendre le judaïsme dans les rues de Manhattan. Le Rabbi applaudit rapidement l’initiative et qualifia ces camions de « tanks contre l’assimilation ».7 Peu après, Newsweek rendait compte de la « cavalcade de fourgonnettes… cherchant des places de stationnement sur les artères les plus fréquentés… Des jeunes gens aux barbes flottant au vent en émergent… et tandis qu’ils prennent position autour des véhicules, des haut-parleurs embarqués se mettent à diffuser de la musique folklorique ‘hassidique ».8

la séparation constitutionnelle de la religion et de l’État n’avait pas été conçue pour entraver les expressions de la diversité religieuse, mais bien pour les protéger.

Si une large part du judaïsme américain ne venait plus à la synagogue pour accomplir les mitsvot et étudier le judaïsme, le Rabbi envoyait ses élèves porter le judaïsme aux Juifs sur les trottoirs des villes. On propose aux femmes des kits gratuits contenant une petite bougie et une brochure avec toutes les informations nécessaires pour allumer les bougies de Chabbat le vendredi soir à l’heure appropriée (18 minutes avant le coucher du soleil). Les hommes sont invités à monter dans le camion, à relever leur manche gauche, à mettre les téfiline sur le bras et la tête, et à réciter une courte prière. Des informations et une assistance couvrant tous les aspects de l’étude de la Torah, de l’accomplissement des mitsvot et de l’éducation juive sont proposées à chaque passant.

D’abord phénomène new-yorkais, il ne fallut pas longtemps avant que les Mitsva Tanks ne soient utilisés dans d’autres villes, en particulier en Terre d’Israël. Durant la guerre du Liban de 1982, des Mitsva Tanks accompagnèrent des unités de Tsahal jusqu’à Beyrouth, apportant un soutien moral vital aux troupes en première ligne.9

À l’instar des ménoras publiques, l’audace de cette initiative suscita une tempête de critiques. Quelle portée, demandaient certains, peut avoir une rencontre unique et fugace dans la rue ? Comment une telle brièveté pourrait-elle soutenir la perpétuation éternelle de la vie juive ? De tels arguments, répondit le Rabbi, révèlent une incompréhension profonde de la nature des mitsvot. Même si l’on ne comprend pas la signification mystique de l’acte, une seule mitsva crée un lien entre l’homme et D.ieu qui transcende absolument les limites du temps.10 Un seul acte positif possède une valeur éternelle, et sa puissance infinie peut faire basculer la balance du bien et du mal, apportant illumination et délivrance au monde entier.11

« D’innombrables Juifs… ont été impressionnés et inspirés par l’esprit de ‘Hanouka qui leur a été apporté, pour beaucoup d’entre eux pour la première fois. »

Les Mitsva Tanks comme les Ménoras ont ainsi porté les pratiques juives au premier plan de la conscience publique, de manière très visible. Certains Juifs se sont sentis menacés ou mal à l’aise face à une telle visibilité. Mais la chaleur sincère et l’enthousiasme, ouvertement et sans confrontation, partagés par les ‘hassidim de ‘Habad continuent d’encourager les Juifs, partout, à s’engager plus profondément dans leur judaïsme. Comme le formula le Rabbi dans une lettre adressée à Glaser, « d’innombrables Juifs… ont été impressionnés et inspirés par l’esprit de ‘Hanouka qui leur a été apporté, pour beaucoup d’entre eux pour la première fois ». C’est précisément cette célébration ouverte du judaïsme, telle que l’incarnèrent ces campagnes, qui fit leur force.12