La paracha de Reeh est toujours lue dans un temps lié au mois d'Eloul : soit le Chabbat qui précède et bénit le mois d'Eloul, soit le Chabbat Roch ‘Hodech Eloul.

Cela peut apparaître surprenant, car, à première vue, non seulement la paracha de Reeh et le mois d'Eloul n’ont-ils aucun rapport entre eux, mais, au contraire, ils sont porteurs de significations apparemment opposées :

En effet, dans le mois d'Eloul, l’accent est mis sur l’effort de l’homme pour se rapprocher de D.ieu, le « bien-aimé », selon le verset du Cantique des Cantiques qui est l’acrostiche du mot « Eloul » : d’abord « Ani Lédodi – Je suis à mon bien-aimé », en conséquence de quoi l’homme mérite l’aide de D.ieu : « Védodi Li – mon bien-aimé est à moi ».1

À l’inverse, la paracha de Reeh souligne l’assistance et la bénédiction divine : « Reeh Anokhi notène lifnékhem hayom berakhaRegarde, Je donne aujourd’hui devant vous une bénédiction. »2

Dans ce verset, chacun des mots exprime la qualité de la bénédiction qui émane d’En-Haut pour descendre sur le peuple juif :

  • « ReehRegarde » exprime une intériorisation du message beaucoup plus profonde qui  découle de la supériorité de la vision sur l’écoute.
  • « Anokhi – Je » exprime un degré du divin bien plus essentiel et élevé que lorsque D.ieu se révèle par l’autre terme pour « Je », « Ani ». En effet, la lettre khaf qui se rajoute à ce dernier pour former Anokhi représente le degré infini de Keter dont elle est l’initiale.
  • « Notène – donne » exprime le don divin qui se fait dans la joie.
  • « Lifnékhem – devant vous » signifie « au dedans de vous », car l’influence divine venue d’En-Haut se révèle d’abord dans les profondeurs de l’être et ensuite seulement dans sa partie superficielle.
  • « Hayom – aujourd’hui », exprime le dévoilement lié à la lumière du jour ainsi que l’éternité (car « aujourd’hui » désigne chaque jour) liée au dévoilement divin d’En-Haut.
  • « Berakha – bénédiction » désigne aussi une influence divine qui vient d’En-Haut, voire même une influence si élevée qu’elle ne peut se révéler dans notre monde de façon positive, mais seulement d’une façon qui semble être une malédiction (que D.ieu nous en préserve) comme le dit la fin du verset.

Dès lors, comment peut-il exister un lien entre cette paracha qui exprime le dévoilement divin d’En-Haut avec le mois d'Eloul dont le sujet est l’effort de l’homme ici-bas ?

On peut a priori justifier cela par le fait que le mois d'Eloul doit constituer un bilan du service divin de l’homme envers D.ieu, pas seulement dans l’effort qui est fait « d’en bas », mais aussi de l’effort dans la révélation des forces de son âme, qui est un travail que l’homme effectue « d’en haut ».

L’hiver débute en Av

Cependant, il semble plus logique de dire que Reeh est liée aussi avec le service divin qui se fait « de bas en haut » (bien qu’elle soit lue pendant les mois d’été dans lesquels le service de D.ieu est essentiellement « de haut en bas »), pour les raisons suivantes :

1. Bien qu’elle soit toujours lue pendant le mois de Av, elle est toujours liée à Eloul dans lequel le service divin se fait principalement « d’en bas », soit en le bénissant, soit en faisant partie de Roch ‘Hodech Eloul.

2. Le mois de Av lui-même est lié au mois de Tichri (auquel Eloul est une préparation). En effet, on commence à se souhaiter « Ktiva ve’hatima tova », d’être inscrit et scellé pour le bien dans le livre de la vie, à partir du quinze Av.
D’autre part, les lettres du mot Aryeh, le lion (qui est la constellation dominante – le « mazal » du mois de Av), sont les initiales de Eloul (alef), Roch Hachana (rech), Yom Hakipourim (youd), Hochaana Rabba (), les étapes principales du mois de Tichri.

3. La conclusion de la paracha de Reeh traite des lois relatives à la fête de Souccot qui, comme tous les évènements des mois de l’hiver, relève du service divin qui se fait « d’en bas ».

Ainsi, la question reste posée : qu’est-ce qui relie la paracha de Reeh avec le service divin « d’en bas », dont l’homme est à l’initiative et qu’il accomplit avec ses propres forces ?

Commencer comme il convient

Pour répondre à cela, il est nécessaire de rappeler que le service divin qui est attendu au mois d'Eloul n’est pas « de bas en haut » ou « de haut en bas », mais la fusion de ces deux mouvements en un seul.

En effet, le service divin « d’en bas » a l’avantage de provenir de l’homme lui-même, mais il est, de ce fait, nécessairement limité et sa portée est donc également limitée. L’assistance divine qui se révèle « d’en haut » à l’avantage d’être bien au-delà des limitations humaines, mais elle ne correspond justement pas aux efforts investis par l’homme. Il s’agit d’un « cadeau » de D.ieu.

Ce que l’homme doit faire au mois d'Eloul, c’est de servir D.ieu de ses propres forces, « d’en bas » (« Ani lédodi – Je suis à mon bien-aimé »), mais d’une façon qui le place au-delà de toute limite et le résultat sera en conséquence. C’est ce à quoi les mots « (mon bien-aimé est) à moi » font allusion.

Cependant, pour pouvoir réaliser cela, l’homme doit se tenir à un niveau très élevé, au-delà de toute limite !

C’est la raison pour laquelle on lit la paracha de Reeh avant le mois d'Eloul en tant que préparation à ce service de D.ieu. Il y est dit à l’homme : « Regarde », comprends, sois conscient du fait que « Je donne aujourd’hui devant vous une bénédiction ». La conscience de recevoir dans son âme le dévoilement du degré de Anokhi, l’Essence du Créateur, permet au Juif de servir D.ieu « d’en bas » de façon illimitée.

Adapté du discours du Rabbi
du Chabbat Reeh,
1er jour de Roch ‘Hodech Eloul 5751