Sonnez votre trompette

Dans la lecture de la Torah de cette semaine, nous lisons : « Lorsque vous partirez en guerre… vous sonnerez des trompettes » (Nombres 10, 9). Selon l’enseignement ‘hassidique, ce verset ne décrit pas uniquement des conflits militaires passés ; il dit quelque chose de notre combat intérieur, permanent. Cette guerre, chacun la connaît à sa manière. C’est celle qu’on mène, jour après jour, contre nos penchants les plus tenaces.

Elle prend souvent la forme de la dispersion. Du bruit intérieur qui nous éloigne de l’essentiel, surtout dans les moments où, justement, on aimerait se recentrer. Comme dans la prière du matin : on se tient là, devant D.ieu, prêt à s’arracher au quotidien — et soudain, mille pensées surgissent et nous tirent ailleurs. Ce n’est pas le tumulte du monde extérieur, mais quelque chose de plus subtil : un tiraillement intérieur, un relâchement de l’âme.

Alors la Torah nous dit : « Sonnez de la trompette. » Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’un instrument de métal, mais d’un appel intérieur. Un instant de lucidité où l’on reconnaît qu’on ne tient pas le cap, qu’on perd pied. Et c’est précisément ce cri muet qui, nous enseigne le Rabbi, appelle la compassion divine. Ce n’est pas la force qui attire la réponse de D.ieu, c’est la faille reconnue avec sincérité.

Mais ce n’est pas tout. Le même verset exige que l’on sonne de la trompette également dans les moments de joie : à Roch ‘Hodech, à l’occasion des fêtes. Là encore, il y a une alerte à garder en tête. Car le danger ne vient pas uniquement de la difficulté : il vient aussi de la facilité. Il est facile de croire que l’on a gagné, que l’on est à l’abri. Mais le penchant au mal ne disparaît jamais vraiment ; il change simplement de visage. Il devient autosatisfaction, légèreté, oubli de l’essentiel. Même la victoire doit rester humble.

C’est dans ce contexte que la Torah évoque les korbanot, les sacrifices : l’« holocauste », qui est entièrement consumé, et le « sacrifice de paix », dont une partie est partagée. Le Rabbi y voit deux dynamiques complémentaires dans notre rapport à D.ieu. L’holocauste, c’est la prière du matin : on s’y donne tout entier, sans réserve. Le sacrifice de paix, c’est le reste de la journée, vécue avec cette conscience initiale en filigrane : tout ce que je fais peut être une manière de m’approcher de D.ieu, dès lors que je n’oublie pas pourquoi je le fais.

Chaque journée commence ainsi par une offrande invisible : celle du cœur qui se met à l’écoute. Et cette offrande-là donne un ton à tout le reste. Elle ne nous met pas à l’abri, mais elle nous donne une direction. Et c’est en avançant ainsi, pas à pas, dans cette tension entre la vigilance et la confiance, que l’on prépare le monde à la venue du Machia’h.

Chabbat Chalom !


Vos amis @ Fr.Chabad.org