Le Modé Ani au sens du Pchatt (littéral), consiste en un hommage à D.ieu pour avoir « restitué en moi mon âme ». Aussi, bien que l'on récite la bénédiction Elo-haï Nechamah1 pour la restitution de l'âme, il est néanmoins nécessaire de dire le Modé Ani car l'obligation de remercier pour le retour de l'âme est effective dès le réveil. Car de même que la bénédiction pro­noncée pour la consommation2 d'aliments (Bir'hoth HaNéénine) est obligatoire dès que l'on en conçoit un plaisir (voir même avant3 cet instant4), de façon similaire, la bénédiction pour la restitution de l'âme [qui constitue le suprême profit pour l'homme, et dont dérivent tous les contentements de l'existence] est obligatoire dès le réveil.5

Et du fait que la bénédiction Élo-haï Nechamah, mentionne le Nom de D.ieu, et ne peut être dite– de nos jours –,6 avant les ablutions des mains7 [du matin], il est nécessaire de remercier pour la restitution de l'âme, ne serait-ce que par le Modé Ani.

(La récitation de la bénédiction Élo-haï Nechamah est encore malgré tout nécessaire (après le Modé Ani), non seulement parce qu'elle exprime des détails non mentionnés dans le Modé Ani, mais encore parce qu'une bénédiction qui n'exprime ni le Nom de D.ieu, ni Ses attributs n'est pas réellement une bénédiction8).

Tout ce qui précède nous permettra de comprendre la raison pour laquelle le Modé Ani n'était pas récité à l'époque talmudique (et que seul Élo-haï Nechamah était récité). Le Modé Ani ne comporte rien de nouveau par rapport à Élo-haï Nechamah (ce serait même l'inverse, comme on l'a vu plus haut). La récitation du Modé Ani n'est requise de nos jours qu'afin de pouvoir remercier D.ieu dès le réveil. A l'époque talmudique on récitait Élo-haï Nechamah dès le réveil,9 aussi n'était-il nul besoin de réciter le Modé Ani.

Nous en venons maintenant au sens allusif ou Rémez. Le Modé Ani caractérise l'idée que le retour de l'âme, chaque matin, préfigure la Résurrection des Morts. Le sommeil est en effet appelé « le soixantième de la mort »,10 d'où le fait que le réveil soit une forme de résurrection. C'est là le sens des mots «... car Tu as restitué en moi mon âme, grande est Ta fidélité » : le fait que Tu aies « restitué en moi mon âme » témoigne de la grandeur de Ta fidélité à la promesse de ressusciter les morts.11

Le sens homilétique, ou Drouch, du Modé Ani est qu'à travers la restitution de l'âme – comme un renouveau chaque matin –, D.ieu rend à l'homme ce que ce dernier Lui a confié, et ne le retient pas pour les « dettes » que l'homme a contracté envers Lui. Cet acte prouve la grande fidélité du Saint béni soit-il – « grande est Ta fidélité ». On peut extrapoler cette idée en disant que l'on doit être fidèle et probe, et ne pas refuser de restituer un objet à autrui en raison des dettes qu'il a, par ailleurs, contractées envers nous.12

Quant au sens « ésotérique » du Modé Ani, le Sod, celui-ci peut être ainsi exprimé : les mots « Roi vivant et Éternel » désignent l'attribut divin appelé MaVhouth13 (Souveraineté), tel qu'il se fond dans l'attribut de Yessod14 (Fondation). (Car le mot Méle'h (roi) caractérise l'attribut de Mal'houth et « vivant et Éternel », celui de Yessod.15 Ainsi, « Roi vivant et éternel, qui a restitué en moi mon âme » signifie que la restitution de l'âme émane d'un degré du divin constitué par la fusion des attributs de Mal'houth et Yessod.