Nos Sages ont énoncé de nombreuses conditions pour la fabrication des Téfilines du bras et du front ; elles sont toutes fondées sur une tradition remontant jusqu’à Moïse, et toute modification de l’une de ces conditions rendrait les Téfilines impropres à l’usage.

Le Sofer, rav Feitel Lewine, nous explique avec force détails les modalités de fabrication et d’écriture des Téfilines.

Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs la procédure de fabrication des Téfilines ?

Le Sofer Rav Feitel Lewine dans son atelier (photo: Ilan Garzone)
Le Sofer Rav Feitel Lewine dans son atelier (photo: Ilan Garzone)
Rav Feitel Lewine : La première phase consiste au travail de la peau. Ce sont des peaux de têtes de veaux qui sont utilisées afin d’obtenir un matériel solide et valable selon la Halakha, la loi juive. Il faut de la peau d’un animal pur, c’est-à-dire permis à la consommation selon la Torah (mais sans l’obligation d’un abattage rituel au préalable), et c’est la peau de la tête qui répond le mieux aux exigences de solidité et d’épaisseur que la fabrication de Téfilines requiert. La peau est tannée, épurée, déformée pour constituer les compartiments qui recevront les parchemins de la Torah. Pour la finition parfaite de ces cases, on fait subir au cuir une pression de plusieurs tonnes avec des protections. En conséquence, des peaux simples et fines (« pechoutoth » ou « dakoth ») ne sont pas une bonne qualité mais néanmoins valables ; il est préférable qu’elles soient épaisses ou « gassoth ».

Une fois la peau obtenue, quelle est la prochaine étape ?

La première étape consiste à travailler la peau afin de la tanner. Pour ce faire, on la dépose durant deux semaines dans du sel. Après cela, commence le véritable travail. Il faudra utiliser pour la confection des Téfilines de la tête une peau plus grande que pour ceux du bras. Ce travail requiert bien plus de temps et de dextérité. En effet, en ce qui concerne le Téfiline de la main, il suffit de dégager dans la peau un cube unique, alors que pour celui de la tête, il faut réussir à créer quatre boîtiers carrés qui devront finir par former, ensemble, un boîtier d’une régularité absolue, on étire la peau jusqu’à ce qu’un carré se forme. Il est fort grossier au début, mais on l’affine au fur et à mesure.

Combien de temps faut-il pour terminer la fabrication des Téfilines ?

Le travail de finition dure une année entière ! On utilise des presses manuelles, des formes en métal, on mouille la peau aux endroits où l’on doit la travailler, et ainsi de suite. Le boîtier de la tête présente encore une autre difficulté, car il faut, à la fin du travail, créer la lettre hébraïque “chine” des deux côtés du boîtier, ainsi que Moïse l’a reçu au mont Sinaï (l’un a trois barres, l’autre quatre).…

Or, il est exclu de les faire apparaître par l’intermédiaire d’une presse ; il faut créer ces lettres dans la peau en usant d’instruments qui permettent de rassembler la peau pour que ces lettres ressortent, ce qui n’empêchera pas que la presse soit utilisée en partie pour renforcer la qualité des traits de ces lettres. Ensuite, les rouleaux de parchemin, un pour le Téfiline du bras, quatre pour le Téfiline de la tête, sont enroulés et entourés d’un bout d’étoffe (matlit). Ces rouleaux, attachés avec un poil d’animal pur, sont introduits dans la capsule. Les capsules reposent sur une base carrée, en cuir, qui le ferme et sur laquelle elles sont fixées au moyen de tendons (guidim). Cette base (socle) de cuir se termine par une gaine dans laquelle on fait passer la lanière.

Les Téfilines doivent être de couleur noire. Pourquoi ?

L’application de l’encre noire représente la dernière étape de la fabrication avant que les Téfilines ne soient livrés. Les lanières sont fabriquées par d’autres artisans. Une autre loi enseignée à Moïse au mont Sinaï fixe que les lanières et les boîtiers doivent être de couleur noire. Avec le temps, la couleur peut s’effriter et disparaître. Il est important d’acheter une peinture spécifique prévue à cet effet afin de repasser sur les endroits où la couleur a disparu.

Une autre conséquence de l’utilisation régulière des Téfilines est l’usure des lanières. Avec le temps, elles peuvent céder, en particulier le Téfiline du bras, à l’endroit où la lanière sert à faire tenir le boîtier du bras. Il faut surveiller si d’éventuelles cassures au niveau des lanières apparaissent, et de se rendre, le cas échéant, chez des spécialistes pour opérer un remplacement.

Quelles sont les conditions d’écriture des Téfilines ?

Les textes eux-mêmes sont, bien entendu, écrits par des scribes (soferim) avec une application toute particulière, puisqu’il n’est pas possible de corriger le texte pour chaque partie déjà écrite. La taille relativement petite des boîtiers conditionne également celle des textes et rend le travail de l’écriture encore plus minutieux. Il en est de même pour les noeuds qui doivent être faits sur les lanières. On qualifie l’écriture ou un mot ou une lettre de « méhoudar » quand elle est belle, exacte selon les règles halakhiques et graphiques. On parle de qualité acceptable a priori, « lékhat’hila », quand l’écriture est moyenne tout en n’étant pas inexacte. On parle de qualité acceptable après-coup, « bédiavad », quand l’écriture est moyenne, soulevant des problèmes tout en n’étant pas inexacte après le verdict d’une personne qualifiée.

Pourquoi les Téfilines coûtent-ils si chers ?

L’ensemble de la fabrication, si elle est sérieuse, prend environ un an. On comprend aisément que l’on accorde du « prix » dans tous les sens du terme à la qualité des Téfilines que l’on va porter, et sur tous les critères dont nous venons de parler. On ne cherche pas les Téfilines les moins chers et de qualité médiocre. Au contraire, on recherchera un Sofer religieux, d’honnêteté parfaite et d’une piété exemplaire. On les protègera, les rangera bien en les plaçant à l’abri de l’humidité et des chocs. Nous espérons avoir prouvé la difficulté que représente la confection de tels objets de culte. Leur prix variera en conséquence. Quand on sait qu’il est interdit de corriger les textes une fois qu’ils sont écrits (ce qui n’est pas le cas pour un Séfer Torah où l’on peut corriger a posteriori), on comprendra pourquoi ce travail de scribe est particulièrement minutieux et pointu, donc onéreux. Pour tous ces motifs, on ne peut pas acheter des Téfilines dans n’importe quelle boutique.

Une dernière question : quand et pourquoi faut-il faire vérifier les Téfilines ?

Quand les Téfilines sont présumés conformes à la règle, tout le temps que les boîtes sont intactes, on considère qu’il en est de même pour les parchemins de la Torah, et ils n’ont donc pas besoin de vérification. Cependant, par hidour mitsva (« embellissement » de la mitsva) il est fondé de les examiner une fois par an car ils peuvent s’abîmer. En général, il est judicieux de les vérifier deux fois en sept ans.