Transporter ou déplacer un objet d’un endroit à un autre – sous certaines conditions – constitue le av melakha de hotsaa et n’est pas permis le Chabbat.1 Ses multiples aspects et ramifications, ainsi que les nombreuses interdictions rabbiniques qui en découlent, font de la melakha de hotsaa une matière complexe.
Elle est particulièrement délicate car même des situations qui paraissent anodines peuvent relever de la catégorie de la hotsaa. Par exemple, si vous vivez dans un immeuble, vous ne pouvez pas sortir avec la poubelle sur le palier pour la jeter dans le vide-ordures sans un type particulier d’érouv (qui sera abordé plus loin). Beaucoup savent qu’un érouv est nécessaire pour porter son talit à la synagogue ou pousser une poussette, mais relier cela au simple fait de faire quelques pas dans le couloir de son propre immeuble ne semble pas une conséquence évidente.
Une melakha unique
En général, une melakha modifie substantiellement un objet. Bichoul, par exemple, transforme quelque chose qui était cru en quelque chose de consommable. La hotsaa, en revanche, ne fait que déplacer l’objet, sans effet durable. Pour cette raison (entre autres), la hotsaa est appelée une melakha gueroua, « une melakha inférieure ». Cela ne signifie pas que l’interdiction soit moins sévère, mais qu’il s’agit d’un acte moins substantiel.2
Quel type de transport est interdit ?
La Torah interdit deux formes de transport le Chabbat :
- Transférer un objet d’un type de domaine halakhique à un autre.
- Porter un objet sur plus de quatre coudées dans un « domaine public ».
Pour bien comprendre les paramètres de cette melakha, il faut d’abord définir les différents types de domaines halakhiques.
Domaines privé et public
Les termes « privé » et « public » ne se réfèrent pas ici à la propriété. « Privé » signifie que l’endroit est clos au public, et « public » qu’il ne l’est pas.
Un domaine privé désigne tout espace d’au moins quatre palmes de côté (env. 0,12 m²), entouré d’au moins trois parois hautes de dix palmes (env. 38 cm).
Un domaine public est un espace non couvert, accessible au public et large d’au moins seize amot (env. 7,68 m)3. Un espace peut être considéré comme domaine public même s’il a des murs, pourvu que la circulation y soit libre. Certains décisionnaires ajoutent qu’un domaine n’est qualifié de public que si au moins 600 000 personnes y passent chaque jour.4
La coutume acceptée est de suivre la seconde opinion5. Selon la loi biblique, des lieux publics comme un parc ou une rue ordinaire ne seraient donc ni un domaine privé ni un domaine public, et il serait permis d’y porter. Mais cela ne s’arrête pas là. Les Sages ont craint qu’on ne distingue plus les différents espaces publics et qu’on en vienne à porter dans un véritable domaine public. Ils ont donc institué un nouveau type de domaine appelé karmelit6.
Un karmelit est un espace non couvert, ni assez grand ni assez fréquenté pour être un domaine public, mais qui n’est pas clos non plus.
Un makom petour est un petit espace de moins de quatre palmes sur quatre palmes (env. 33 x 33 cm), insuffisant pour constituer un domaine distinct7. Une borne d’incendie ou une petite boîte aux lettres en sont des exemples.
Un karmelit est traité à la fois comme un domaine public et comme un domaine privé. Cela signifie qu’il est interdit d’y porter un objet sur plus de quatre coudées, ou d’y transférer un objet depuis un domaine privé, comme pour un domaine public. Il est également interdit d’y transférer un objet depuis un domaine public, car il est traité comme un domaine privé8.
On peut toutefois transférer un objet vers ou depuis un makom petour.
Soulever et déposer
On n’est passible de la faute de porter ou transférer un objet que si on l’a soulevé de l’endroit où il se trouvait, puis, après l’avoir déplacé de A à B, on l’a posé sur une surface stable. Mettre un objet dans la main de quelqu’un est considéré comme le poser sur une surface stable. Ne faire qu’une des deux actions – soulever l’objet sans le reposer ensuite, ou le poser sans l’avoir soulevé au départ – est un interdit d’ordre rabbinique.9
Jeter un objet de A à B constitue également un transfert et est interdit le Chabbat.
Le Érouv
Il existe une solution relativement complexe pour permettre de porter à l’extérieur le Chabbat : utiliser un érouv ‘hatsérot, communément appelé simplement érouv.
La réalisation d’un érouv casher comporte deux volets.
La première étape consiste à faire une tsourat hapéta’h – un type d’enceinte entourant à la fois des domaines privés et des pseudo-domaines publics (karmelit), créant ainsi un grand domaine privé où il est permis de porter le Chabbat. Cette enceinte peut être assez vaste pour englober des quartiers entiers avec maisons, immeubles et synagogues, permettant de porter le Chabbat puisqu’on ne quitte jamais son domaine. Techniquement, l’espace devrait être entouré d’un mur pour devenir un domaine privé. Cependant, un mur reste un mur même s’il comporte de nombreuses portes, créant de larges ouvertures. Un mur n’a donc pas besoin d’être plein. La tsourat hapéta’h peut ainsi être faite avec des poteaux verticaux reliés en haut par un fil, les poteaux jouant le rôle de montants et le fil celui de linteau. Ainsi, le « mur » est en réalité une série de « portes », auxquelles peuvent s’ajouter des limites naturelles ou des clôtures existantes.
Mais un érouv ne se résume pas à des poteaux et des fils. Le roi Salomon prévit que si l’on permettait de porter dans des cours publiques closes que se partagent plusieurs maisons, la loi interdisant de porter dans un véritable domaine public finirait par être oubliée ou altérée10. Lui et son tribunal instituèrent donc qu’un domaine privé devait appartenir à un seul foyer ou entité. Cela se fait en demandant à tous les habitants d’apporter de la nourriture dont chacun pourra consommer, formant ainsi une seule unité. C’est la deuxième étape du érouv et l’origine de son nom : en hébreu, érouv signifie mélange ou mise en commun. Cette pratique perdure dans les communautés ou immeubles qui ont besoin d’un érouv. En général, au lieu que chacun apporte de la nourriture (ce qui serait contraignant), une personne prend de la nourriture et déclare qu’elle est disponible pour tous les habitants11. On utilise généralement de la matsa, car elle se conserve longtemps.
La Hotsaa dans le Mishkane
Les parois du Mishkane étaient faites de poutres de bois appelées kerashim. Chaque fois que le Mishkane était démonté puis remonté, les poutres devaient être chargées du sol du désert sur des chariots qui les transportaient et vice versa. Les chariots étaient halakhiquement considérés comme des domaines privés, et le sol du désert comme un domaine public. Le transfert de ces poutres est la source de la melakha de hotsaa12.
Activités courantes à éviter
- Vérifier que ses poches sont vides avant de sortir le Chabbat.
- En marchant dehors le Chabbat, veiller à ne pas retirer ses lunettes ou son chapeau, ce qui reviendrait à les porter.
- En visitant une ville inconnue, s’assurer qu’il y a un érouv casher avant de porter en extérieur le Chabbat.
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