C’est un matin plein de soleil, de rires et de sable. J’ai emmené mon fils de 4 ans à la plage et j’ai passé des heures à le regarder jouer avec ravissement. D’abord, il court vers l’eau avec son seau vide, enthousiaste à l’idée de se jeter droit dans une vague pour y puiser de l’eau. Mais ensuite, l’eau monte trop haut ou une vague est trop forte, et il prend peur, retournant aussitôt vers son château de sable avec son seau plein, qu’il vide sur le sable sec. Jusqu’à ce qu’il soit à nouveau attiré par l’eau... Ce ne sont pas seulement les vagues qui ont un rythme ; lui aussi.

Le rythme des anges : S’approcher pour faire descendre

Les anges aussi ont un rythme, et c’est presque comme si mon fils imitait le leur. À ceci près que ce n’est pas vers la plage que les anges courent, mais vers D.ieu Lui-même. Lorsque les anges proclament que D.ieu est saint, totalement séparé, et que leur existence n’émane que de Son aspect le plus extérieur, un désir ardent les pousse à se rapprocher de Sa grandeur. Les anges sont remplis d’un amour intense pour D.ieu. Mais lorsqu’ils s’approchent, ils sont saisis de crainte devant la grandeur divine, et ils se retirent pour retourner à leurs fonctions angéliques et accomplir la raison de leur création. Ils se trouvent dans un état d’annulation totale à la volonté divine. Jusqu’à ce qu’ils soient de nouveau attirés à se rapprocher de D.ieu…

Lorsque les anges se retirent, ils disent : Baroukh kevod Hachem mimekomo, « Béni soit la gloire de D.ieu depuis Son lieu ».

Le mot hébreu pour « bénédiction » signifie aussi faire descendre. Les anges font descendre la lumière divine dans ce monde. En réalité, tout le but de leur rapprochement intense de D.ieu est de pouvoir s’attacher à la lumière divine, puis de la faire descendre et de la révéler.

Le rythme humain : amour et crainte

Lorsqu’une personne réfléchit à cela, elle peut reconnaître cette dynamique en elle-même, et comprendre l’importance des deux volets de ce mouvement. D’un côté, il est essentiel de ressentir de l’amour pour D.ieu, un désir profond et une aspiration à s’évader des limites du monde et à se connecter véritablement à D.ieu. De l’autre côté, il est tout aussi crucial d’éprouver un sentiment de crainte – crainte devant la grandeur divine – et un sens de l’engagement envers la finalité de notre création.

La prière est un moment pour méditer sur le désir de faire un avec D.ieu, tout en méditant sur le fait que le but ultime est de « revenir sur terre » après ce voyage spirituel, et de révéler la lumière divine dans ce monde.

Le minéral et le végétal louent D.ieu

Voici un autre fait fascinant : ce n’est pas seulement les anges et les humains qui vivent cette dynamique. Même l’âme et la vitalité des éléments inanimés et de ceux du monde végétal connaissent cette dynamique d’amour et de crainte, de louange et d’annulation devant D.ieu. Dans les bénédictions qui précèdent le Chéma, nous évoquons surtout l’amour et la crainte des anges. Mais dans les parties précédentes de la prière, appelées pessoukei dezimra, nous évoquons les louanges du soleil et de la lune, des océans, des montagnes et de la végétation. Chaque créature possède une âme qui loue D.ieu.

Quand on pense à cela, on se sent inspiré : « Wow, si chaque niveau de la création est habité par l’amour et la crainte de D.ieu, alors à plus forte raison moi, en tant que medaber, un être humain, je peux servir D.ieu de cette manière. »

Ratso et Chov

Une autre terminologie pour décrire cette dynamique d’amour et de crainte s’exprime par les mots hébreux ratso et chov. Ratso, « courir » ou « aspirer », désigne le mouvement de l’amour, qui laisse l’âme éprouver un désir profond et une aspiration vers D.ieu. Et chov, le « retour », représente la crainte – la reconnaissance de notre rôle et la décision de réaliser la volonté divine.

C’est un thème central de la prière, pas un point accessoire ! La prière consiste à développer cette relation avec D.ieu et à vivre des émotions authentiques de l’âme divine. C’est pourquoi la prière est remplie à la fois de versets parlant de l’amour pour D.ieu et de versets évoquant la crainte de D.ieu.

Vivre des émotions opposées

Est-il possible de maintenir en soi ces deux émotions opposées ?

Il existe une troisième émotion qui peut nous y aider. La compassion est une émotion qui contient à la fois des éléments d’amour/proximité et de crainte/distance, et elle peut nous permettre de trouver un équilibre entre les deux. Par exemple, la compassion peut vous pousser à donner quelque chose à une personne, même si elle ne le mérite pas, combinant ainsi l’élan du don (proximité) avec la conscience que la personne n’y a peut-être pas droit (distance). C’est cette combinaison que nous recherchons.

C’est pourquoi certaines sections de la prière sont consacrées à la compassion. Nous demandons à D.ieu d’avoir de la compassion envers nous, et de nous aider à ressentir de l’amour et de la crainte envers Lui. Nous ressentons également de la compassion pour notre âme divine, qui lutte en permanence dans ce corps physique, et cette troisième émotion, la compassion, rend possible la coexistence des deux autres, l’amour et la crainte. En nourrissant cette compassion envers notre âme divine, nous développons la capacité de porter à la fois l’amour et la crainte de D.ieu durant la prière.

Le rôle des Patriarches

Fait intéressant : ce sont les Patriarches qui ont institué les prières telles que nous les connaissons (Bérakhot 26b). Et chacun des trois Patriarches personnifie l’une de ces trois émotions. Avraham personnifie l’amour, Its’hak la crainte, et Yaakov la compassion. Ainsi, un sens plus profond de l’affirmation « les prières furent instituées par les Patriarches » est que la prière vise à éveiller ces trois émotions : l’amour de D.ieu, la crainte de D.ieu et la compassion pour son âme.

C’est un rythme sans fin.

Réflexion spirituelle : La prière ne consiste pas seulement à dire des mots ; c’est une expérience spirituelle et émotionnelle à part entière, incluant l’amour de D.ieu, la crainte de D.ieu et la compassion pour l’âme.

Source : Maamar Ki Tétsé LaMil’hama, dans Likoutei Torah, tel qu’expliqué dans ‘Hassidout Mévouéret, chapitre 5.