Rabbi Yehochoua ben Lévi enseigna que nous devons lire la Méguila deux fois, conformément au verset des Psaumes : « Mon D.ieu, je T’appelle le jour... et la nuit je ne reste pas silencieux ».1 Ce verset fait partie d’un chapitre que les sages du Talmud associent à la reine Esther.2
Rabbi ‘Helbo citait Oula de Biri, qui associait cette pratique à un autre verset des Psaumes : « Afin que mon âme Te chante des louanges et ne reste point silencieuse... je Te remercierai à jamais ».3
C’est pourquoi le Code de la Loi Juive stipule que l’on est obligé d’écouter la lecture de la Méguila à deux reprises : une fois la nuit et une fois le jour.4
Deux types d’obligations différentes
Bien que nous considérions généralement les deux lectures de la Méguila comme s’agissant d’une même obligation, de nombreux commentateurs sont d’avis que la lecture nocturne a été instaurée un peu plus tardivement par les rabbins.
Par exemple, Rabbi Yeʼhezkel Landau, connu sous le nom de son œuvre Noda BiYehouda,5 et d’autres commentateurs6 expliquent que la lecture diurne est basée sur les divrei kabbalah, la tradition transmise par les prophètes, que nous traitons (à de nombreux égards) de la même manière qu’une loi inscrite dans les Cinq Livres de Moïse.7 La lecture nocturne de la Méguila est, quant à elle, une ordonnance rabbinique plus tardive.
Dans l’ensemble, cette distinction a peu de conséquences pratiques. Toutefois, l’une des implications concrètes est que si quelqu’un se retrouve dans le doute quant à savoir s’il ou elle a bien accompli la mitsva d’écouter la Méguila, nous adopterions une position plus indulgente concernant la lecture nocturne, mais plus strictement concernant la lecture diurne.8
Allumer une bougie pendant la journée
La lecture de la Méguila ne se réduit pas au simple récit d’un événement historique survenu il y a de nombreuses années. Elle jette une lumière sur notre condition présente et nous rappelle que tout procède ultimement de la Providence divine.
Le Rabbi de Loubavitch enseigne que ces deux lectures de la Méguila incarnent deux dimensions distinctes de notre réalité contemporaine nécessitant un éclairage spirituel.
En général, la finalité des diverses ordonnances rabbiniques était de faire descendre une lumière spirituelle supérieure dans le monde à mesure que l’obscurité de l’exil s’intensifiait. Ainsi, bien que les prophètes aient déjà ordonné que nous lisions la Méguila pendant la journée, comme le monde devenait un endroit plus sombre, les rabbins ont institué que la Méguila soit lue également la nuit.
De prime abord, on pourrait en déduire que, dans une perspective mystique, la lecture nocturne devrait être plus stricte dans le cas où l’on doute d’avoir entendu la Méguila correctement, puisqu’elle est d’autant plus nécessaire. Pourtant, comme nous l’avons mentionné précédemment, le contraire paraît s’appliquer.
Le Rabbi explique que la raison en est que la lecture diurne symbolise l’apport de lumière même à celui qui, dans son propre esprit, peut-être en raison de son ego, est convaincu qu’il est déjà très pieux et fait tout correctement.
Il n’est pas nécessaire d’appliquer une rigueur accrue envers celui qui a conscience de sa propre obscurité (c’est-à-dire, la lecture nocturne), car nous n’avons pas particulièrement à craindre qu’il en vienne à la conclusion erronée qu’il n’a pas besoin de la lumière spirituelle supplémentaire de Pourim et de la Méguila.
Cependant, la personne symbolisée par la lecture diurne est celle qui, dans sa conviction, se considère déjà comme pieuse et faisant tout correctement, et dans son esprit, il n’y a pas besoin de lumière spirituelle supplémentaire. Cette personne est dans une obscurité spirituelle encore plus grande que l’autre : l’obscurité y est si profonde qu’elle se croit en pleine lumière. Même en cas de doute, on ne saurait s’attendre à ce qu’elle prenne conscience du besoin de lumière additionnelle, nous conduisant ainsi à statuer avec rigueur.
L’enseignement essentiel est que, quelle que soit notre situation (et nous avons tous des aspects des deux catégories), il est crucial que nous reconnaissions toujours la nécessité d’accroître la lumière spirituelle dans notre existence. Par le mérite de cette lumière spirituelle intensifiée, nous discernerons finalement la main divine jusque dans les recoins les plus obscurs.9

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