Béréchit – La Création, Adam et Ève, et le récit du début de l’humanité

Le nom de la première section du Livre de la Genèse est issu de ce premier mot : « Au commencement » (Béréchit, en hébreu). Le mot Torah signifie « enseignement »,1 et de fait, la Torah est composée dans sa plus grande partie des prescriptions de Dieu au peuple juif. Mais dans la mesure où aucune de ces prescriptions n’est donnée avant un point avancé de l’Exode, le deuxième des Cinq Livres de la Torah, pour quelle raison ce Livre de la Genèse, consacré à la création du monde et au récit du début de l’humanité, est-il inclus dans la Torah ?

La réponse la plus fondamentale est que c’est dans le Livre de la Genèse que Dieu « présente Ses références », en s’établissant comme le Créateur du monde ; à ce titre, Il est en droit de définir une norme et d’exiger une certaine conduite de la part de Ses créatures. Il reste que, pour ce propos, il eût été suffisant que la Torah fasse seulement le récit de la création du monde sans intercaler ensuite l’histoire de l’humanité.

Une autre réponse est que c’est dans le Livre de la Genèse que nous sont présentés les fondateurs du peuple juif, les patriarches et les matriarches.2 Mais encore une fois, pour quelle raison la Torah fait-elle la chronique de l’histoire de l’humanité en remontant à la genèse du peuple juif ?

Le Midrach nous dit que Dieu créa initialement le monde dépourvu de conscience du divin, et même doté d’une nature antagoniste à elle, dans l’intention que l’humanité imprègne le monde de cette conscience au point qu’il devienne une extension d’elle. Le monde serait ainsi transformé en une « demeure » pour Dieu.

L’outil dont Dieu dota l’humanité pour parvenir à cela est la Torah. En menant une existence conforme aux prescriptions de la Torah, l’humanité serait en mesure de muer un monde initialement antagoniste au divin en un monde propice à faire résider Dieu en son sein. L’épisode de la Création requit ainsi trois éléments : le monde, la race humaine et la Torah, appelés à servir respectivement de décor, d’acteurs et de scénario.

C’est précisément du fait que le monde fut créé dans le but de dissimuler la présence de Dieu qu’il nous est donné le libre choix d’ignorer Dieu ainsi que Ses projets pour le monde. Tel est précisément le choix que fit l’humanité dans la paracha Béréchit, en excluant toujours davantage Dieu de la vie, de façon à pouvoir donner libre cours à ses propres satisfactions immédiates sans avoir à prendre en compte Son existence et/ou Son intervention dans le monde. Fidèle à Sa décision de permettre le libre arbitre, Dieu « céda la place » en se retirant dans les mondes spirituels, et abandonna l’humanité peu à peu à ses propres dispositions, tandis qu’Il dissimulait Sa présence encore davantage derrière la façade de la nature.

Et pourtant, Dieu ne désespéra pas de Son projet initial d’être accueilli par l’humanité au sein du monde ; de fait, Il y mit en œuvre Son « plan B » : Il choisit l’unique famille qui continuait à nourrir l’idéal originel de conscience du divin et forgea à partir d’elle une nation – le peuple juif –, à laquelle Il confia la mission d’accomplir Son projet originel pour la Création. La Torah, l’outil initialement destiné à permettre à toute l’humanité d’accomplir cette mission, fut alors donnée spécifiquement à cette famille et à ses descendants. Au reste de l’humanité, Dieu donna un sous-ensemble des prescriptions de la Torah dont elle ferait usage pour établir et maintenir une société ordonnée, civilisée et juste.3 Le peuple juif servirait à la fois d’inspiration et d’exemple pour le reste de l’humanité, et encouragerait celle-ci à jouer son rôle dans le projet de Dieu de voir transformer le monde en Sa demeure.

Dès lors, le Livre de la Genèse, et en particulier sa première paracha, Béréchit, ne sont pas seulement une chronique de faits historiques ; ils font état de la vision originelle de Dieu pour le monde et l’humanité, et de la raison pour laquelle il devint nécessaire – en raison des choix faits par l’humanité – de transférer le rôle originellement prévu pour toute l’humanité au peuple juif appelé à naître.