La guerre en Iran a commencé de manière spectaculaire. Il y a quelques semaines à peine, une opération conjointe américano-israélienne visant les capacités militaires et les dirigeants de l’Iran a été lancée en fin de matinée, neutralisant des dizaines d’ennemis dangereux du peuple juif et de la civilisation dans son ensemble.

Il serait en dessous de la vérité de dire que ses répercussions, à court terme comme à long terme, sont considérables. Et il n’est pas surprenant que des commentateurs de tous bords se soient empressés de déverser un flot ininterrompu d’analyses, allant du bavardage géopolitique bon teint aux théories du complot les plus marginales, celles du « fer à cheval » où les extrêmes se rejoignent. Dans ce climat médiatique saturé, nous percevons instinctivement les choses à travers le prisme politique que nous avons choisi, laissant la « sagesse conventionnelle » et les rengaines usées des influenceurs, des podcasteurs, des auteurs de statuts, etc., brouiller notre perception de la réalité.

Mais comment devrions-nous comprendre ce qui s’est passé ces dernières semaines ? Et vers quoi devrions-nous espérer que ces événements conduisent ?

Pour prendre de la hauteur, je ne me tourne pas vers les divers analystes d’aujourd’hui, mais vers la clairvoyance visionnaire, les conseils et la direction offerts par le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie. Pendant plus de quarante ans, le Rabbi a prêté une attention soutenue aux événements géopolitiques se déroulant en temps réel, et il a insisté, avec une constance proprement stupéfiante, sur le fait que nous ne devons pas nous laisser duper en acceptant la présomption nihiliste selon laquelle « le monde suit son cours » (olam keminhago noheg). Nous devons au contraire toujours nous rappeler qu’« il y a un maître en ce lieu » (yesh baal habayit lebirah zou) et « accorder une attention totale aux miracles et aux merveilles » que D.ieu opère.

Dans la première d’une série de trois lettres publiques publiées à la fin de la guerre du Golfe de 1991, le Rabbi a écrit : « Ce furent des miracles révélés, des miracles évidents, non seulement pour les Juifs, mais aussi pour toutes les nations, qui furent “vus aux quatre coins de la terre”. »

Reconnaître les miracles dans nos vies, expliquait alors le Rabbi, est particulièrement vital au début du mois juif de Nissan, mois durant lequel le peuple juif célèbre Pessa’h et le plus grand miracle de tous, la sortie d’Égypte, qui marque sa naissance en tant que nation. Nissan a pour racine le mot hébreu nès, « miracle ». « De plus, comme le soulignent nos Sages, le nom du mois (par ses deux lettres noun, qui le rendent lisible à l’endroit comme à l’envers) indique une “multiplicité de miracles” et des “miracles dans les miracles” », écrivait alors le Rabbi. « Il est donc certain que [D.ieu] montrera des miracles encore plus grands que jusqu’à présent. »1

Ainsi, en ces jours entre Pourim et Pessa’h, il nous appartient d’aller au-delà du bruit ambiant et de faire une pause, ne serait-ce qu’un instant, pour reconnaître la main de D.ieu guidant les événements au Moyen-Orient, dans le monde et dans nos propres vies.

Cela peut parfois sembler difficile. Mais en nous tournant vers quelques exemples antérieurs de la manière dont le Rabbi a abordé les crises naissantes au Moyen-Orient, nous pourrons peut-être acquérir une certaine clarté sur les événements qui se déroulent en ce moment même.

Erreur ou miracle ?

En mars 1980, les États-Unis ont stupéfié le monde en votant en faveur de la résolution 465 du Conseil de sécurité des Nations unies. Le chef du monde libre s’est joint à la Chine, à l’Union soviétique et à l’Allemagne de l’Est, entre autres sommités anticoloniales, pour exiger qu’Israël démantèle toutes les implantations juives dans les parties de la Terre d’Israël reprises lors de la guerre des Six Jours de 1967, y compris l’antique capitale juive de Jérusalem. Les États-Unis ont alors déclaré que c’était la décision du gouvernement israélien de permettre aux Juifs de vivre à Hébron — où se trouve le tombeau des Patriarches acheté par Abraham, premier siège du trône du roi David, et où des siècles de vie juive florissante n’avaient été interrompus que par le massacre d’Hébron de 1929 — qui les avait poussés à condamner Israël de manière aussi flagrante.

Naturellement, les Arabes et les Européens étaient ravis. Le département d’État l’était tout autant. « Nous sommes enfin sortis du placard sur ce coup-là », s’est extasié un diplomate anonyme, selon le magazine Time. « Carter a du cran — il met la pression sur les Israéliens. » Que l’ONU ait condamné les Juifs pour avoir eu l’audace de vivre sur leur propre patrie historique n’avait bien sûr rien de remarquable en soi. Ce qui l’était, c’est que les États-Unis aient fait cause commune avec ce que Daniel Patrick Moynihan avait appelé, quelques années plus tôt, « la tyrannie de la “nouvelle majorité” de l’ONU ».

« L’occasion était en effet historique », expliquait Time. « Pour la première fois, les États-Unis avaient soutenu une résolution du Conseil de sécurité critiquant Israël. »

« Mais était-ce bien le cas ? »2

Le vote de l’ONU était initialement prévu pour le vendredi 29 février. L’ambassadeur américain Donald McHenry a réussi à le faire repousser au lendemain, le samedi 1er mars. Le lundi 3 mars 1980, la Maison-Blanche était en proie à une panique totale. Voici comment le New York Times a rapporté la suite des événements : « Le président Carter, dans une déclaration extraordinaire publiée tard ce soir par la Maison-Blanche, a déclaré que le vote des États-Unis contre Israël au Conseil de sécurité des Nations unies samedi résultait d’une erreur et d’un défaut de communication, au sein de son administration, concernant ses instructions. La déclaration a été publiée à 22 heures. »3

Les reproches n’ont pas tardé. Il y avait eu une rupture de communication entre Carter, le secrétaire d’État Cyrus Vance et l’ambassadeur McHenry. Vance avait assuré au président que toutes ses modifications avaient été intégrées au texte final, et Carter avait alors approuvé un vote favorable sans lire le document. Carter était furieux. Certains demandaient qu’il renvoie McHenry et Vance, lesquels publièrent une déclaration assumant « l’entière responsabilité de ce qui s’était passé ». Tout cela se déroulait également au beau milieu de la rude campagne des primaires opposant Carter au sénateur Ted Kennedy, qui qualifia le vote américain de « honteux ». Bien qu’il se soit certainement agi d’un enchaînement inhabituel, la victoire de Kennedy à la primaire démocrate de l’État de New York, quelques semaines plus tard, indiquerait qu’il s’agissait malgré tout de politique politicienne ordinaire.

Mais le Rabbi ne le voyait pas ainsi.

« En ces jours, un miracle manifeste s’est produit... », soulignait le Rabbi une semaine après le vote de l’ONU. « Il a commencé le 13 Adar, le jour [où les Juifs ont obtenu le droit] “de se rassembler et de se protéger” [dans l’ancienne Perse],4 et s’est conclu à Chouchane Pourim. »5

Rappelons la chronologie du vote. Afin de retravailler la formulation du projet de résolution, McHenry avait réussi à faire repousser le vote de l’ONU au 1er mars. C’était Chabbat, le 13 Adar sur le calendrier juif. Les complots anti-juifs qui intègrent accidentellement des dates marquantes du calendrier juif, en particulier au mois d’Adar, constituent un thème récurrent de l’histoire juive, qu’il s’agisse du tirage au sort de Haman dans l’ancienne Perse ou, comme il s’est avéré, du vote de l’ONU à New York. Comme l’enseigne l’histoire juive : « Le 13 Adar de l’année 3405 depuis la création (356 av. l’ère commune), des batailles ont été livrées dans tout l’empire perse entre les Juifs et ceux qui cherchaient à les tuer conformément au décret publié par le roi Assuérus 11 mois plus tôt. » Le jeûne d’Esther a généralement lieu le 13 Adar, mais en 1980, il fut avancé de deux jours puisqu’il tombait cette année-là un Chabbat.6

C’était aussi le Chabbat précédant Pourim, le Chabbat Zakhor. C’est le Chabbat précédant Pourim où les Juifs lisent dans la Torah l’injonction de se souvenir du mal qu’Amalek leur a fait dans le désert. Les Juifs du monde entier célébrèrent Pourim le lendemain, dimanche. Tous, c’est-à-dire tous sauf les Juifs de Jérusalem — ville fortifiée depuis l’époque de Josué — où la fête fut célébrée un jour plus tard, ce que l’on appelle Chouchane Pourim, un lundi cette année-là. Ce lundi fut cette journée agitée à Washington, lorsqu’une Maison-Blanche désemparée et en pleine confusion publia ce que Time a appelé sa déclaration « stupéfiante » revenant sur son vote « historique ».

Le Rabbi a expliqué (traduction libre) :

Ce dernier Chabbat, le 13 Adar, les États-Unis ont voté en faveur d’un décret dirigé contre les Juifs, un choix que tout le monde s’accorde à trouver impossible à comprendre, car les États-Unis savaient assurément que ce décret provoquerait une tempête et qu’ils le regretteraient. Néanmoins, le président des États-Unis a voté en sa faveur. Même selon les commentateurs qui l’expliquent comme étant le résultat d’une rupture de communication, cela même se situe au-delà — ou en deçà — de l’ordre naturel des choses...

À de nombreuses reprises, le Rabbi avait reproché aux dirigeants politiques d’Israël de céder à la pression exercée sur eux par les États-Unis et la communauté internationale. Au lieu de se lever et de déclarer avec conviction que la Terre d’Israël appartient au peuple juif, et que les Juifs ont le droit inaliénable d’y vivre dans son intégralité, ils avaient tergiversé et, ce faisant, communiqué leur manque de certitude à leurs amis comme à leurs ennemis.7

À l’époque, la discussion tournait autour du statut d’Hébron : Israël avait repris l’ancienne capitale davidique plus d’une décennie plus tôt. Pourquoi les dirigeants israéliens avaient-ils eu si peur de permettre aux Juifs de retourner chez eux, de vivre à nouveau dans l’une des quatre villes saintes du judaïsme ? « En vérité », déclarait le Rabbi le jour de Pourim, entre le vote et son retrait, « les Juifs devraient avoir le droit de s’installer à Rabbat Ammon [Amman], à Alexandrie et à Bagdad, comme quiconque dans le monde. Mais ici, nous parlons d’Hébron, qui est sous contrôle juif et appartient aux Juifs depuis des temps immémoriaux ! »8

Si c’est ce qui se produisait lorsque les Juifs se tenaient timidement sur la scène mondiale, alors, dans les jours qui ont suivi le vote de l’ONU et le revirement stupéfiant de Carter, le Rabbi a souligné la puissance de son contraire : la conviction. D’une seule voix, Israël avait dénoncé la motion, la qualifiant à la fois de « répugnante et injustifiée » et de « barbare ».9 La leçon centrale de Pourim, a réitéré le Rabbi ce Chabbat-là, était que le dirigeant juif Mordekhaï « ne pliait pas le genou ni ne se prosternait ».10 C’était pour cette raison que « ces jours de Pourim ne seront pas abolis du milieu des Juifs, et leur souvenir ne cessera pas parmi leurs descendants ».11 Le Livre d’Esther n’était pas de l’histoire ancienne, mais portait des enseignements pour la vie quotidienne.

Ce n’était pas un hasard si le vote initial avait eu lieu le 13 Adar, a souligné le Rabbi. À cette date, dans l’ancienne Perse, personne ne savait encore quelle serait l’issue de la grande bataille entre le peuple juif et ses ennemis. Il en allait de même pour le vote de l’ONU. Mais puisque le peuple juif avait choisi de se tenir debout pour se défendre, à l’instar de Mordekhaï qui refusa jadis de « plier le genou ni de se prosterner » et déclarait au contraire d’une seule voix que la résolution était une imposture totale, un miracle s’était produit. « En effet, le 15 Adar [Chouchane Pourim], le dirigeant de ce pays a exprimé des regrets quant à la manière dont il avait voté, et cela a été rendu public à la vue de tous et dans les “127 provinces”. »

L’histoire de Pourim, a poursuivi le Rabbi, se déroulait sous nos yeux. « On n’a même pas besoin d’ouvrir la Méguila pour en connaître les miracles », a-t-il dit. « Il suffit d’ouvrir les journaux et d’y voir tous les miracles de la Méguila écrits dans la langue du pays ! »

Au lendemain du retrait spectaculaire du vote de son administration à l’ONU par Carter, le Rabbi a écrit une lettre à Joseph Ciechanover, directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères. Bien que ce revirement fût « un événement sans précédent dans l’histoire des États-Unis », a-t-il noté, il n’était néanmoins « que verbal (sans aucune portée pratique). En réalité, [la sécurité d’Israël] dépend de la force véritable de “la nation résidant à Jérusalem”,12 et d’un grand miracle du Ciel (encore plus grand que tous les miracles mentionnés ci-dessus). »13

En ces jours, en notre temps

Avec le recul, revenons à 2026. Au cours des dernières semaines, les miracles de Pourim se sont eux aussi déroulés dans les journaux, et peut-être de manière encore plus claire qu’en 1980. Il ne s’agit pas ici de l’Amérique, amie et alliée chère d’Israël, qui renoncerait à faire pression sur Israël pour qu’il agisse contre ses propres intérêts. Il ne s’agit pas non plus de simples paroles. En l’occurrence, les États-Unis ont reconnu leurs propres intérêts et agi pour les défendre en tenant tête au régime iranien, qui, après tout, déteste l’Amérique encore plus qu’il ne déteste le peuple juif et les habitants juifs de la Terre d’Israël. (Voir la description par Khomeini des États-Unis comme le « Grand Satan » et d’Israël comme le « Petit Satan ».) Israël a montré sa détermination à affronter la menace iranienne, et les États-Unis ont reconnu en Israël un véritable partenaire dans la défense vitale de la civilisation.14

Intervient ici, une fois encore, la chronologie d’Adar : l’opération conjointe américano-israélienne a été lancée le samedi matin 28 février 2026 — Chabbat Zakhor. Elle s’est ensuite poursuivie pendant Pourim, la joyeuse fête où le peuple juif se souvient de son salut miraculeux dans l’ancienne Perse, connue aujourd’hui sous le nom d’Iran, le lieu même où ses ennemis jadis redoutés étaient une fois encore sévèrement vaincus.

Dans son discours annonçant le début de ce que les États-Unis appellent l’opération Epic Fury, le président Trump a même fait allusion au thème de « Zakhor », l’obligation de se souvenir : « Pendant 47 ans, le régime iranien a scandé “Mort à l’Amérique” et mené une campagne incessante d’effusion de sang et de meurtres de masse, ciblant les États-Unis, nos troupes et des innocents dans de très nombreux pays », a-t-il déclaré. « Parmi les tout premiers actes du régime figurait son soutien à la prise de contrôle violente de l’ambassade américaine à Téhéran, retenant en otage des dizaines d’Américains pendant 444 jours. En 1983, les mandataires de l’Iran ont perpétré l’attentat à la bombe contre les casernes des Marines à Beyrouth, qui a coûté la vie à 241 militaires américains. »15

L’Amérique a l’obligation de défendre son peuple et de contribuer à assurer le bien-être du monde dans son ensemble. Cela implique de reconnaître le mal et de protéger l’humanité contre lui. Elle ne le fait pas pour les Juifs ni pour Israël, qui aide les États-Unis autant que les États-Unis aident Israël, mais pour elle-même. Comme le Rabbi l’a souligné à plusieurs reprises, les Pères fondateurs des États-Unis d’Amérique se considéraient comme guidés et aidés par la Providence divine. Les dirigeants de cette nation devraient reconnaître que c’est la Providence divine qui a fait d’elle la toute première puissance mondiale à être aussi une « nation de bonté », et qui l’a bénie de richesses jamais vues auparavant dans l’histoire. Cette combinaison lui donne le pouvoir, et lui impose le devoir, de se soucier de toutes les parties du globe, la défense du bien spirituel étant directement liée à son bien-être matériel. Rien de tout cela n’est le fruit du hasard, mais procède directement de la croyance fondatrice et directrice de l’Amérique en un Maître et Créateur de l’univers qui continue de le diriger.16

Cette étonnante confluence d’événements, en gestation depuis des centaines d’années, est tout à fait providentielle.

À bien des égards, le régime iranien a été l’antithèse même d’une « nation de bonté ». Depuis des décennies, il exporte, finance et orchestre le terrorisme à travers le monde, et constitue la principale source d’instabilité au Moyen-Orient. L’Iran a également traité ses propres citoyens de manière diabolique, en assassinant des dizaines de milliers d’entre eux au cours des seuls derniers mois.

Il n’est guère surprenant que beaucoup, en Iran et dans les nations environnantes, aient accueilli favorablement cette guerre, malgré les risques à court terme pour leur propre bien-être économique et même pour leur propre vie. Le New York Times a rapporté mardi que l’Arabie saoudite, rien de moins, poussait les États-Unis à poursuivre les combats en Iran.

Le caractère spectaculaire s’étend aussi au volet défensif de cette opération : un missile balistique iranien transportant des centaines de kilos d’explosifs a directement frappé un immeuble d’habitation à Tel-Aviv lundi soir dernier. Malgré des scènes de « destruction généralisée après l’impact du missile, qui a laissé un grand cratère au milieu de bâtiments et de véhicules déchiquetés sur les lieux de l’attaque », seules quatre personnes ont été légèrement blessées, aucune d’entre elles ne nécessitant d’hospitalisation.17

Ce qui nous amène à la question suivante : si la guerre en Iran est si clairement une bataille entre le bien et le mal, une étape aisément identifiable dans la défense de la civilisation, pourquoi une si grande partie du discours public, des deux côtés de ce qu’on appelle l’échiquier politique, s’efforce-t-elle tant de brouiller les pistes ?

Ce qui n’est pas si aléatoire

Pourim l’explique lui aussi et nous offre une voie à suivre, car Pourim est aussi une histoire sur le nihilisme et la manière de le combattre.

Bien avant que le vote de l’ONU ne tombe le 13 Adar, Haman a tiré au sort pour déterminer la date à laquelle il détruirait les Juifs. Il s’est avéré que ce fut au mois d’Adar, ce qui réjouit Haman, car c’était le mois au cours duquel Moïse était décédé. « Mais », explique le Talmud, « il ignorait que non seulement Moïse était décédé le 7 Adar, mais qu’il était aussi né le 7 Adar. »18

Le Rabbi pose une question très simple19 : quel fut, au juste, le raisonnement de Haman ? Haman ne savait-il pas que telle était la volonté de D.ieu : créer le monde et voir les Juifs étudier la Torah et accomplir les mitsvot, raison pour laquelle Il leur avait donné la Torah au mont Sinaï ? D.ieu, Créateur de l’univers, permettrait-Il vraiment à Haman de Le priver de quelque chose qu’Il désirait si manifestement ?

Non, explique le Rabbi. Haman comprenait que, dans l’ordre naturel des choses, D.ieu ne permettrait pas une telle issue, c’est pourquoi il eut recours au tirage au sort. La volonté et le désir sont généralement considérés comme dictés par quelque motif ou raison. La ‘Hassidout explique qu’il s’agit là de formes inférieures du désir. La forme supérieure du désir est en réalité l’une des expressions les plus profondes de l’âme : je veux quelque chose parce que je le veux, et pour aucune autre raison.

Une loterie court-circuite ce système et affirme autre chose : en réalité, cela m’est égal. Qu’il s’agisse de suites de chiffres ou de deux Ferrari rouges identiques, la loterie choisit à votre place ; vous avez décidé que le hasard dicterait votre désir et guiderait votre avenir. Après tout, cela vous est égal.

D.ieu Tout-Puissant a créé le monde, a choisi les Juifs comme Son peuple et a exprimé Son désir qu’ils étudient la Torah et accomplissent les mitsvot. Haman s’est donc dit : Et si je pouvais atteindre en D.ieu ce niveau qui est au-delà de Sa volonté de créer le monde et de Son désir pour le service spirituel des Juifs ? À ce niveau, toutes les activités se déroulant dans ce monde matériel et physique cessent d’avoir de l’importance, la lumière spirituelle équivaut à l’obscurité spirituelle, et le bien n’est pas supérieur au mal. Haman savait qu’il risquait de perdre, mais il tenterait sa chance. « Cela m’est égal », se dit-il. « Tout est aléatoire, exactement comme cette loterie. »

C’est aussi un thème très actuel. Les contempteurs des Juifs, qu’il s’agisse de podcasteurs disposant d’une plateforme, de déséquilibrés dans le métro ou de « professeurs » dans des « salles de classe », veulent croire qu’il n’y a aucune différence. Ils vous diront que Churchill était pire qu’Hitler, que les bourreaux du 7 octobre en étaient les héros, et que les petits garçons et les petites filles de Kfar Aza ou de Beeri étaient nés colons et méritaient d’être massacrés. Ils diront que les États-Unis constituent la plus grande menace de l’histoire mondiale, que l’Allemagne des années 1940 ne désirait que la stabilité, et que renverser le barbare ayatollah de Téhéran est « absolument répugnant et diabolique ».

Les Juifs occuperont naturellement les pensées de telles personnes, car c’est la survie du peuple juif à travers les âges qui ruine leur argument selon lequel D.ieu ne se soucie pas du monde, que rien n’a réellement d’importance, et que les ténèbres finiront bien par l’emporter puisque... pourquoi pas ?

La réponse au défi de Haman et à celui de ses descendants spirituels jusqu’à nos jours, explique le Rabbi, c’est le choix. La liberté de choisir, tout comme une loterie, doit nécessairement s’exercer entre deux choses égales. Si l’une est logiquement meilleure que l’autre, alors la logique dicterait laquelle choisir. Il en va de même pour le désir : si je le désire, alors je ne suis pas vraiment libre de choisir, car mon désir a parlé. La véritable liberté de choix est, en ce sens, très proche du caractère aléatoire d’une loterie, mais avec une différence fondamentale : le choix reste entre les mains de l’être humain, et l’individu assume la responsabilité du choix qu’il fait. Le simple fait qu’il ou elle ait fait son choix de son plein gré rend ce choix important, moralement significatif, au lieu d’en faire un pari nihiliste.

Une autre époque où les Juifs se sont retrouvés sur le fil du rasoir entre un choix moral et un pari nihiliste fut celle de la Shoah : dans des circonstances d’une obscurité inimaginable, on pourrait être tenté de décider que rien n’a d’importance. Partager le pain, ou le garder pour soi ? Offrir de l’amour, de l’amitié ou un mot gentil à un étranger, ou lui tourner le dos parce que la fin est proche ? Est-ce que cela a de l’importance ? Choisir le bien en un tel moment et en un tel lieu n’obéissait à aucune logique. Pourtant, tant de personnes sont restées déterminées à choisir le bien, et, de fait, leurs choix ont eu de l’importance. Les meurtriers de l’autre côté, ceux qui gardaient les portes et poussaient les Juifs dans les chambres à gaz, qui disaient que la vie est comme une loterie et que le bien peut être le mal et que le mal peut être le bien, ce sont eux qui ont perdu la guerre et qui en subissent les conséquences jusqu’à ce jour.

Fort heureusement, nous ne vivons pas à cette époque, mais le choix nous appartient toujours. Depuis le 7 octobre 2023, les Juifs du monde entier ont choisi de s’engager davantage, et non moins, dans leur identité juive. Ils l’ont fait dans des conditions relativement éprouvantes, rejetant le nihilisme présent sur de nombreux campus, en ligne et dans le discours public. Pourquoi ? Parce qu’ils ont, comme leurs ancêtres dans l’ancienne Perse avant eux, puisé au plus profond d’eux-mêmes et, de leur propre et libre volonté, choisi le Tout-Puissant.

Le Rabbi a exploré cette idée de la loterie, du nihiliste et du pouvoir miraculeux du choix dans un discours qu’il a prononcé à Pourim de l’année 1953. Quelques jours plus tard, un autre des héritiers de Haman, Joseph Staline, allait connaître une mort soudaine et grotesque. L’idéologie marxiste-léniniste de Staline dictait que « tout ce qui permet le triomphe de la révolution est moral, et tout ce qui l’entrave est immoral »,20 ce qui signifie en réalité que la moralité n’existe pas et que l’homme peut aller de l’avant et remodeler le monde de D.ieu dans les limites étouffantes de la logique humaine. Lui aussi a perdu.

Le Rabbi a révisé ce discours près de quatre décennies après l’avoir enseigné pour la première fois, et il a été publié le 25 février 1991, la date correspondante du calendrier juif étant le 11 Adar. Puisque nous avons déjà établi que rien n’est en fait le fruit du hasard, il convient au moins de noter que l’opération actuelle en Iran a commencé, et que le jour où l’ayatollah Khamenei a été tué était le 28 février, ce qui coïncidait cette année-là avec le 11 Adar.

« Je te ferai voir des merveilles »

Si ce dont nous avons discuté jusqu’à présent consistait à choisir de voir les événements mondiaux et ceux de nos propres vies non comme aléatoires, mais comme guidés d’En-Haut et, de fait, miraculeux, le mois de Nissan et la fête de Pessa’h nous offrent quelque chose de plus : la promesse de miracles clairs et évidents, comparables à la sortie d’Égypte.

Pessa’h est le moment où D.ieu Lui-même a fait sortir le peuple juif de l’esclavage d’Égypte, révélation littérale de la Divinité dans le monde. Ce moment de rédemption a transformé les Juifs en un peuple, ancrant le miraculeux dans leur ADN. D.ieu n’avait aucune raison de délivrer les Juifs : ils se trouvaient, en effet, au 49e niveau d’impureté, au bord même de l’oubli spirituel. Mais Il a choisi de les secourir d’une manière prodigieuse aux yeux du monde entier, une histoire que le peuple juif raconte année après année depuis des millénaires.

Pessa’h reflète ce lien essentiel entre D.ieu et les Juifs, c’est pourquoi ils ont, tout au long de l’histoire, célébré cette fête d’une manière qui défie la logique. Le Séder de Pessa’h est de loin le rituel juif le plus célébré. De la matsa a été cuite dans les goulags soviétiques et dans les camps de la mort nazis. Des générations se sont réunies pour le Séder dans le Bronx et à Buenos Aires. Participer au Séder, manger la matsa, boire le vin, raconter l’histoire de l’Exode — ce sont là des manifestations physiques et tangibles de l’existence continue et miraculeuse du peuple juif en tant que peuple éternel.21

« Comme aux jours de ta sortie du pays d’Égypte, Je te ferai voir des merveilles », est-il dit dans Michée.22 Le Rabbi a cité ce verset à maintes reprises au fil des ans, et tout particulièrement en 1991. Les « merveilles révélées » des jours futurs de Machia’h, écrivait alors le Rabbi, seraient semblables aux miracles de l’Exode, mais plus prodigieuses encore :

De plus, il est encore davantage souligné que ces dernières merveilles miraculeuses se dérouleront sous la forme de Je te ferai voir... [D.ieu] Lui-même les révélera... tant à l’œil qu’à l’esprit, de sorte qu’un être humain puisse voir et percevoir la vérité et la profondeur la plus intime de la Providence divine dans l’ordre naturel aussi bien que de manière surnaturelle, et même au-delà, dans le domaine de l’indiciblement « merveilleux ».23

Telle est l’espérance et la promesse du mois miraculeux de Nissan et de Pessa’h, la fête de la Liberté : nous n’avons encore rien vu.