Le judaïsme considère chaque activité de la vie comme une occasion de se relier au Tout-Puissant. Rien n’est banal ni dépourvu de raison d’être.

Des mitsvot précises nous ont été données pour élever les aspects apparemment insignifiants de notre existence. Pourtant, nous pouvons nous perdre dans l’engrenage du quotidien, absorbés par la superficialité. Le faux éclat d’une réussite factice nous attire. Il est facile de prendre l’illusion pour la vérité.

Au lieu de voir clairement nos efforts comme un moyen au service d’une fin plus haute, le succès et la reconnaissance auxquels nous aspirons peuvent devenir des fins en eux-mêmes. Le repli sur soi peut littéralement emprisonner l’esprit. La perspective d’ensemble – cette vision large et ouverte – se brouille et perd de sa netteté.

Si le travail, qui devrait être un moyen de subvenir aux besoins de ma famille, devient une exigence dévorante, pour quoi est-ce que je vis ?

Le burn-out est une réalité, au travail comme à la maison. Il nuit à la productivité, au moral, aux relations et à la réussite personnelle. On a beaucoup écrit sur la manière de le prévenir, de le reconnaître et d’y faire face. Parmi ses symptômes les plus courants, on trouve :

  • une sensation de léthargie et d’épuisement ;
  • un sentiment de négativité et d’isolement ;
  • une baisse de productivité.

Prévenir l’épuisement spirituel

Dans la paracha Tsav, la Torah nous livre un enseignement sur la manière de prévenir le burn-out. « Un feu perpétuel brûlera sur l’Autel ; il ne sera pas éteint. »1

Le feu continuel sur l’Autel symbolise l’union entre D.ieu et le peuple juif. Il éclaire littéralement, sur le plan spirituel, la cause du burn-out et le moyen de le prévenir. L’épuisement spirituel peut contribuer au burn-out. Si l’essence intérieure d’une personne – son âme – n’est pas nourrie comme elle le devrait, les effets finiront par se faire sentir.

Une plante, par exemple, commence à se flétrir si elle reste un certain temps sans eau – signe qu’elle a besoin d’être nourrie. De même, une âme épuisée signale au corps et à l’esprit que quelque chose ne va pas.

Que représente, dans notre vie, ce feu continuel sur l’Autel ? Le feu peut symboliser l’élan de l’âme, qui aspire à s’élever et à s’unir à sa Source. Il représente aussi l’amour ardent de la vie et le désir profond qui nous habite.

Rabbi Moché Alchikh (1521-1593) explique que « le feu qui brûle dans le Tabernacle symbolise l’amour de D.ieu qui brûle dans chaque âme ». Ce feu représente aussi l’amour de D.ieu et Sa présence constante dans nos vies.

Se relier à D.ieu

Le feu divin qui brûle dans nos cœurs et dans nos âmes est alimenté par notre ardent désir de nous rapprocher de D.ieu. Étudier Sa Torah, révéler Sa présence dans le monde et accomplir Ses commandements sont les moyens d’atteindre ce grand but.

Les mots hébreux mitsva et Tsav – le nom de la paracha de cette semaine – ont une racine commune qui renvoie à l’idée de lien. Établir un lien est au fondement de chacune des mitsvot de D.ieu. Les mitsvot créent un lien spirituel entre le Tout-Puissant et Ses créatures. Ce sont des impératifs, non des suggestions. Certes, chacun est libre de les ignorer ou de faire comme si elles ne le concernaient pas, mais cela ne change rien au fait qu’il s’agit de commandements et non de simples recommandations.

Que se passerait-il si vous ignoriez à plusieurs reprises votre facture d’électricité ou si vous faisiez comme si le code de la route ne vous concernait pas ? Tôt ou tard, cela finirait par vous rattraper. De même, ignorer les commandements de D.ieu a des conséquences qui peuvent se manifester aussi bien sur le plan spirituel que physique.

La pensée ‘hassidique enseigne comment renouveler chaque jour son élan et son enthousiasme pour la vie. Sans ce renouveau quotidien, la plupart d’entre nous finissent par s’installer dans l’inertie et par ne plus pouvoir sortir de leur prétendue zone de confort.

Éteindre la négativité

On raconte,2 au sujet du fondateur du mouvement ‘Habad, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’histoire suivante. Alors qu’il était encore jeune étudiant, son maître, le Maguid de Mézeritch, répéta dix fois le verset suivant, tiré de la paracha de cette semaine : « Un feu perpétuel brûlera sur l’autel ; il ne sera pas éteint. »3 Il expliqua que les mots hébreux lo tikhbé (« il ne sera pas éteint ») peuvent aussi se lire comme : « le “non” – symbole de toute négativité – sera éteint ». Il développa ensuite l’idée que les enseignements profonds de la ‘Hassidout éveillent et attisent l’élan naturel de l’âme vers un amour passionné de D.ieu. À mesure que ce feu brûle, il « éteint » toutes les influences négatives qui cherchent à faire échouer l’élan positif vers la sainteté et le désir ardent de se rapprocher de D.ieu.

Étudier la Torah de D.ieu, accomplir Ses mitsvot et révéler Sa présence dans le monde sont des tâches permanentes. Pourtant, il peut arriver que l’on devienne passif, installé dans une forme de complaisance, sans plus aucun sentiment de renouveau. Notre relation continue avec D.ieu et Sa Torah ne doit pas devenir simplement intellectuelle ou excessivement académique : elle y perdrait émotion, chaleur et souffle. L’étude de la Torah et sa mise en pratique devraient embraser nos âmes, nos esprits et nos cœurs.

Le secret d’une vitalité durable et d’une vie habitée par un sens toujours renouvelé tient à ceci : la flamme spirituelle intérieure doit brûler sans cesse. Si elle faiblit, la négativité peut venir remplir le vide ainsi créé. Dans ces moments-là, nous pouvons nous sentir pessimistes et éloignés des exigences élevées et raffinées que la Torah place devant nous.

Même dans les périodes de lutte, nous devons veiller à entretenir notre feu intérieur. Il nous faut, comme on dit, continuer malgré tout. Pourtant, lorsque nous traînons avec nous un « bagage spirituel » négatif, il peut sembler presque impossible d’être à la hauteur des impératifs et des idéaux de la Torah. Or c’est tout l’inverse : les véritables obstacles à surmonter sont la négativité et le doute de soi lorsqu’ils prennent le dessus.

La flamme divine est peut-être assoupie, mais les braises sont toujours là, prêtes à se rallumer. Votre flamme intérieure n’attend que d’être ravivée.

En pratique

  • Gardez à l’esprit que même vos paroles et ce que vous mangez ont de l’importance.
  • Prenez lucidement acte de tout signe de burn-out. Au lieu d’attendre d’y être pour réagir, agissez avant que ces signes ne deviennent accablants. Outre l’exercice physique et une alimentation adéquate, tournez-vous vers les authentiques sources de Torah pour y puiser un regain de force et une nourriture spirituelle.
  • Souvenez-vous que nous devenons ce que nous faisons de manière répétée et que, comme le disait souvent le Rabbi de Loubavitch : « Pense bien, et ce sera bien. »
  • Fixez un horaire régulier pour la prière quotidienne, l’étude de la Torah et l’examen de conscience.