La seconde chance se demande

Chers amis,

Pessa’h Chéni, que nous marquons ce vendredi en mangeant un peu de matsa, semble être une fête presque silencieuse. Elle ne transforme pas la maison comme Pessa’h, ne nous conduit pas autour d’une table de Séder, ne dure pas sept jours. Et pourtant, le Rabbi voyait en elle bien plus qu’une date de rattrapage : la révélation qu’aucune distance, même réelle, ne possède le dernier mot.

À l’époque du Temple, celui qui n’avait pas pu offrir le sacrifice pascal au moment fixé recevait la possibilité de le faire un mois plus tard. Mais cette possibilité ne fut pas instituée d’emblée. Elle naquit d’une demande. Un an après la Sortie d’Égypte, des Juifs empêchés de participer vinrent trouver Moïse et dirent, en substance : pourquoi serions-nous privés ? Pourquoi ce qui nous a retenus devrait-il nous exclure pour toujours ?

C’est là que se trouve la force particulière de Pessa’h Chéni. Il ne dit pas seulement qu’il existe une seconde chance. Il enseigne que la seconde chance se demande. Elle s’ouvre à celui qui refuse de considérer son absence comme une conclusion. Leur empêchement était réel. Mais ils refusèrent que ce qui leur était arrivé décide de ce qu’ils allaient devenir.

Nous connaissons tous, d’une manière ou d’une autre, cette expérience. Il y a des rendez-vous manqués, des paroles que nous aurions dû prononcer autrement, des mitsvot accomplies sans élan, des moments où nous avons laissé passer une occasion de bonté. La tentation est alors de se définir par ce retard : « Je ne suis pas celui qui sait commencer », « Je suis déjà trop loin », « Ce n’est plus pour moi ».

Pessa’h Chéni répond par une matsa simple, presque dépouillée. Elle n’est pas entourée de toute la solennité du Séder, et c’est précisément ce qui la rend si forte. Revenir ne commence pas toujours par un grand bouleversement. Parfois, cela commence par un geste humble : reprendre une prière, demander pardon, rouvrir un livre, tendre la main, donner à une relation ou à une mission spirituelle l’espace d’un nouveau départ.

Et cette leçon concerne aussi notre regard sur les autres. Une communauté inspirée par Pessa’h Chéni ne classe pas les êtres selon leurs absences passées. Elle garde une place pour celui qui revient, et parfois même pour celui qui n’a pas encore trouvé les mots pour demander.

Croire en Machia’h, c’est croire que l’histoire elle-même n’est pas prisonnière de ses retards. Chaque retour personnel, chaque seconde chance offerte ou saisie, rend le monde un peu moins fermé, un peu plus prêt pour la Délivrance véritable et complète.

Chabbat Chalom !


Vos amis @ Fr.Chabad.org