Quand le flambeau nous est confié

Le 28 Nissan 5751 (11 avril 1991), le Rabbi prononça des paroles d’une intensité rare. Il ne s’exprima pas comme un guide satisfait du chemin parcouru, ni comme un maître qui se retire. Il parla avec la douleur de voir le monde encore inachevé, encombré de souffrances, de retards, d’aveuglements, et il déclara, en substance, que désormais la responsabilité nous était remise : « Faites tout ce qui est en votre pouvoir » pour faire venir Machia’h, concrètement et immédiatement.

Ces mots bouleversèrent ceux qui les entendirent, non seulement par leur gravité, mais parce qu’ils renversaient une attente silencieuse. Il est toujours plus rassurant de croire que l’essentiel repose sur les grandes âmes, sur des êtres d’exception, sur des justes capables d’entraîner le monde plus loin que lui‑même. Or le Rabbi affirmait que le flambeau passait entre nos mains.

Ce passage doit être entendu avec justesse. Il ne s’agit pas d’un abandon. Le Rabbi n’a pas cessé d’agir, bien au contraire : dans les mois qui suivirent, son action s’intensifia encore. Ce qu’il transmit n’était donc pas un vide à combler, mais une mission à assumer ; comme si, après avoir tant donné, tant éveillé, tant ouvert de portes, il nous regardait enfin avec une confiance absolue : vous avez reçu assez de lumière pour devenir, vous aussi, des porteurs de lumière.

C’est peut‑être là l’enseignement le plus exigeant. Nous savons parfois nous émouvoir devant une grande vision, nous enthousiasmer pour une vérité élevée, parler du monde tel qu’il devrait être. Mais la Délivrance ne se laisse pas invoquer par le seul désir. Elle exige des actes simples, parfois presque silencieux, accomplis avec la conscience qu’aucun geste de bonté, aucune parole qui relève, aucune mitsva, aucune fidélité à notre mission n’est petite. Lorsqu’une lumière infinie descend dans le concret, elle change déjà la texture du monde.

Cela vaut pour la vie communautaire : renforcer un lieu de Torah, tendre la main à celui qui s’éloigne, faire plus de place à la dignité, à la générosité, à la sainteté dans l’espace commun. Mais cela commence aussi dans la chambre secrète de l’âme : refuser l’habitude qui endort, sortir du report perpétuel, cesser de penser que quelqu’un d’autre fera ce qui nous revient. Attendre Machia’h, dans la pensée du Rabbi, ne signifie pas rester au seuil, mais vivre de telle manière que le monde devienne plus habitable pour la Présence divine.

Il y a, dans cet appel, quelque chose de très consolant. Le Rabbi ne nous a pas transmis une inquiétude stérile, mais une capacité. Il nous a appris que l’heure de la Rédemption n’est pas seulement un horizon lointain : elle dépend aussi de ce qu’un homme, une femme, une famille, une communauté décident de faire aujourd’hui, avec courage et avec vérité.

Faire tout ce qui est en notre pouvoir, ce n’est pas prétendre tout maîtriser, c’est refuser de se dérober. Et peut‑être est‑ce ainsi que l’on prépare le monde à Machia’h : en vivant dès maintenant comme des êtres à qui l’on a confié le flambeau.

Chabbat Chalom !


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