Roch ‘Hodech Kislev: l’éveil de la Délivrance

Chers amis,

Dans le judaïsme, le renouveau ne commence pas dans l’éclat visible, mais dans ce moment ténu où la Lune réapparaît à peine. Le Rabbi expliquait que cet instant porte déjà en germe toute la lumière à venir ; il est la « tête » du mois, non parce qu’elle brille, mais parce qu’elle contient, silencieusement, tout ce qui va se déployer.

C’est là le message essentiel de Roch ‘Hodech : la force d’un début n’est pas dans ce qu’il montre, mais dans ce qu’il révèle de l’essence. La Lune, dans son mince filet de lumière, dit plus sur l’avenir du mois que la pleine lune elle-même, qui n’exprime que l’aboutissement d’un processus déjà engagé.

Le Rabbi voyait dans ce renouveau l’expression de la part la plus intime de l’âme juive : cette étincelle profonde, appelée Yé’hida, qui nous relie au Machia’h. À Roch ‘Hodech, expliquait-il, ce point intérieur se dévoile davantage, comme si la naissance de la Lune éveillait en chacun la possibilité d’un monde nouveau. Et Kislev, dont le nom même associe dissimulation et révélation, intensifie encore ce mouvement : la lumière qui émerge après l’absence, et qui porte en elle toutes les dimensions de la personne, jusqu’aux plus subtiles.

Il suffit d’observer un enfant pour comprendre cette dynamique. Sa relation à D.ieu est directe, simple, totale. Il n’a pas besoin de définitions : il sent Sa présence dans chaque détail de son existence. L’adulte, lui, s’attache à D.ieu par ses facultés ; l’enfant s’attache à Lui par son être. Le Rabbi montrait combien cette spontanéité, loin d’être naïveté, révèle en réalité l’essence de l’âme, ce lieu en nous qui précède toute compréhension et qui relie immédiatement au divin.

C’est cette même essence qui se dévoile au moment du réveil, avant même le premier « Modé ani ». Cet instant, où l’on existe à nouveau, avant que ne se formule toute intention, porte déjà la vérité du jour : l’âme et l’Essence divine ne font qu’un. Toute la journée n’est alors qu’une mise en œuvre de cette révélation première.

Comprendre Kislev ainsi, c’est comprendre que la Délivrance commence toujours dans un point presque invisible : une prise de conscience, un geste intérieur, un retour à ce que nous sommes réellement. Ce n’est qu’ensuite que la lumière se déploie, comme les flammes de ‘Hanouka qui, de jour en jour, élargissent la place de la clarté dans le monde.

À l’heure où nous aspirons de toutes nos forces à voir Machia’h se révéler, Roch ‘Hodech Kislev nous enseigne que tout commence par la redécouverte de notre propre essence. En laissant cette vérité imprégner nos actes, nos choix et nos relations, nous hâtons le moment où la lumière cachée du monde deviendra, enfin, lumière pour tous.

Chabbat Chalom !

Vos amis @ Fr.Chabad.org