Le Omer: la course vers soi

Dans le Cantique des Cantiques, il est écrit (4,3) : « Entraîne-moi, après toi nous courrons ; le roi m’a conduite dans ses appartements. » Trois fragments, trois temps. Les Kabbalistes y voient les étapes de la sortie d’Égypte : la Sortie d’Égypte, le compte du Omer, le Don de la Torah.

Le Rabbi commente que ce verset ne parle pas seulement de l’Histoire, mais aussi de notre présent. Il décrit le cheminement intérieur que nous devons réitérer chaque jour. D’abord « Entraîne-moi » : une élévation qui vient d’En-Haut, soudaine, un appel divin qui nous saisit, parfois alors que nous n’y sommes pas préparés. C’est Pessa’h. Un éveil miraculeux qui peut toucher notre âme, sans forcément transformer notre être tout entier. Cette étape est individuelle et passive. Elle marque la rupture, mais pas encore le changement.

Puis vient « nous courrons ». Nous : notre esprit et notre cœur, nos aspirations et nos pulsions, réunis dans un même élan. C’est le travail du Omer. Quarante-neuf jours pour faire descendre l’inspiration dans la réalité, pour transformer la fuite en course, la passivité en volonté, l’émotion en action. Ce n’est plus seulement fuir le mal, c’est se tourner vers le bien avec toutes nos forces, y compris celles que l’on croyait autrefois ennemies.

Et enfin : « Le roi m’a conduite dans ses appartements ». Le Don de la Torah. L’abandon total de soi. Non plus la fuite, ni même la transformation, mais la révélation de ce que nous sommes véritablement : des êtres créés pour faire résider D.ieu ici-bas. C’est la prière silencieuse de la Amida, le moment où l’ego s’efface complètement. Ce n’est plus « moi qui sert D.ieu », mais « D.ieu qui réside en moi ».

Chaque matin, chaque vie, est tissée de ces trois mouvements. Le Rabbi nous enseigne que l’on ne peut faire l’économie d’aucun : il faut la secousse divine du début, l’effort humain du milieu, et la dissolution finale dans la lumière divine.

Et c’est ce cheminement – constant, fidèle, sincère – qui prépare le monde à la Délivrance finale. Car Machia’h viendra quand nous aurons non seulement fui l’Égypte, mais lorsque nous aurons couru, ensemble, vers une sainteté incarnée, enracinée, où même le levain, naguère interdit, sera offert sur l’autel.

Alors, dans cette course, ne ralentissons pas. Transformons, chaque jour, notre matière en lumière. C’est ainsi que nous courrons – vers Lui, vers nous-mêmes, vers Machia’h.

Chabbat Chalom !


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