Que sont les Kapparot ?

Depuis la fin de l’ère talmudique, le rite des kapparot en préparation à Yom Kippour est largement répandu dans le peuple juif. Kapparot signifie littéralement « expiation », tout comme Yom Kippour signifie « le Jour de l’Expiation ».

Ce rite s’accomplit en faisant tourner avec précaution (voir les instructions ci-dessous) un poulet trois fois au-dessus de sa tête en récitant le texte approprié. La volaille est ensuite abattue de façon humaine selon les lois de la casherout.  Le poulet lui-même est donné à une cause charitable, comme une yéchiva ou un orphelinat, où il sera consommé comme n'importe quel autre poulet. Une autr epossibilité est que le poulet soit vendu et que sa valeur soit donnée à la charité.1

Nous demandons à D.ieu que, dans le cas où nous étions destinés à être l’objet de cruels décrets, puissent ceux-ci être transférés sur ce poulet par le mérite de la mitsva de charité.

Il est important d’avoir présent à l’esprit que le poulet n’est pas une offrande, et que la cérémonie en elle-même ne fait pas expiation des péchés. En revanche, la cérémonie a de quoi secouer un petit peu.

Ceci est particuièrement vrai à notre époque où nous sommes rarement exposés à l’abattage des animaux qui consituent notre alimentation. Tenir un poulet puis le voir être abattu, en réfléchissant au fait que « si ce n’était pour la miséricorde de D.ieu, tel serait mon sort… » peut avoir un profond effet sur notre attitude au moment où nous entrons dans le jour de Yom Kippour.

Cela nous procure également une précieuse perspective quant à notre position privilégiée dans le monde de D.ieu : des animaux ont vécu et sont morts pour que nous vivions. Il nous appartient de vivre de façon altruiste, honnête, dévouée et sage, comme seuls les humains peuvent le faire.

Quand faire les Kapparot ?

Dans la plupart des communautés juives, les Kapparot sont organisées dans un endroit désigné, en conformité avec les directives des autorités sanitaires. Des poulets vivants sont disponibles à l’achat, les abatteurs rituels sont présents, et les poulets sont ensuite donnés à une institution de bienfaisance. Demandez à votre rabbin si des Kapparot sont organisées près de chez vous.

Les Kapparot peuvent être faites à n’importe quel moment des Dix Jours de Pénitence (c’est-à-dire entre Roch Hachana et Yom Kippour), mais le moment idéal est le jour qui précède Yom Kippour peu avant l’aube, car alors « un fil de bonté divine » règne sur le monde.

Combien de poulets ?

Un homme ou un garçon utilise un coq, une femme ou une fille prend une poule. Le mieux est que chaque personne ait son propre poulet.

Si, toutefois, cela s’avère trop onéreux, un même poulet peut-être utilisé pour plusieurs personnes. Ainsi, une famille entière peut faire les Kapparot avec deux poulets : un mâle pour les garçons et une poule pour les filles.

Lorsque plusieurs personnes font les Kapparot avec le même poulet, elles doivent le faire en même temps, et non les unes après les autres, car on ne peut pas faire les Kapparot avec un poulet « usagé ».

Une femme enceinte fait les Kapparot avec trois poulets, deux poules et un coq : une poule pour elle-même et l’autre poule et le coq pour l’enfant qu’elle porte (dont le sexe n’est pas connu). Si cela est trop onéreux, une poule et un coq suffisent (car si l’enfant est une fille, elle partage la poule de sa mère).

S’il est impossible de se procurer des poulets vivants, on peut leur substituer d’autres volailles cachères (sauf des colombes et des pigeons, car ceux-ci étaient offerts en sacrifice au Temple). Certains utilisent des poissons – cachères – vivants ; d’autres accomplissent le rite entier avec de l’argent, et donne ensuite cet argent – au moins la valeur d’un poulet – à la charité.

Comment faire les Kapparot ?

  • Cliquez ici pour afficher et imprimer le texte des Kapparot en hébreu et en transcription phonétique.
  • Prenez le poulet dans vos mains. Si vous ne savez pas tenir un poulet, il est préférable de demander à quelqu’un d’autre de le tenir et de le tourner au-dessus de votre tête. Mal manipuler un poulet peut lui occasionner des souffrances, et peut en outre le rendre non-casher en lui infligeant des blessures.
  • Récitez le premier paragraphe (« Benei Adam... »).
  • En récitant le début du second paragraphe, faites tourner le poulet trois fois au-dessus de votre tête, une fois en disant « Zeh ‘halifati », « Ceci est mon remplacement », une fois en disant « Zeh temourati » (« Ceci est mon substitut »), puis de nouveau en disant « Zeh kaparati » (« Ceci est mon expiation »).
  • Répétez la lecture des deux paragraphes encore deux fois (faisant tourner le poulet en tout neuf fois).
  • Amenez le poulet au cho’het (l’abatteur rituel), qui abat le poulet.
  • C’est l’occasion pour vous d’accomplir une mitsva assez rare : recouvrir le sang d’un oiseau rituellement abattu. Prenez une poignée de terre (dont une quantité est en général préparée à cet effet près du cho’het) et récitez la bénédiction suivante avant d’en couvrir le sang qui a coulé :
    Baroukh Ata Ado-naï Élo-heinou Melekh haolam achère kidéchanou bemitsvotav vétsivanou al kissouï dam beafar.
    (Béni sois-Tu Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui nous a sanctifié par Ses commandements et nous a commandé concernant le recouvrement du sang par de la terre.)
  • Il est de coutume dans de nombreuses communautés de donner un pourboire au cho’het pour ce service.

Même les plus petits enfants sont traditionnellement amenés aux Kapparot, et l’un des parents fait tourner le poulet chaque enfant au-dessus de sa tête en disant « Ceci est ton remplacement, ceci est ton substitut, ceci est ton expiation... »

Si vous utilisez des poissons ou de l’argent pour faire les Kapparot, suivez le même processus (excepté évidemment l’abattage rituel), en modifant le texte de façon appropriée.

L’origine des Kapparot

La coutume de pratiquer les Kapparot avec un poulet remonte à la fin du Talmud. Le plus ancien document existant traitant spécifiquement de l'utilisation d'un poulet est un responsum de Rabbi Shniena Gaon qui vécut au début de la période guéonique (post-talmudique) (environ 660 de l'ère commune). Rabbi Shniena tient pour acquis que son lecteur connaît la coutume, ce qui indique clairement qu'elle était déjà répandue à l'époque.2 Certains commentaires indiquent des passages du Talmud lui-même qui font allusion à cette coutume.3

Pourquoi un poulet ?

Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer l’usage d’un poulet pour accomplir le rite des Kapparot :

1) En araméen, un coq est appelé guéver. Or, en hébreu, un guéver est un homme. Ainsi, nous prenons un guéver pour expier pour un guéver.

2) Un poulet est une volaille facilement trouvable et relativement bon marché.

3) Ce n’est pas une espèce qui était offerte en sacrifice au Temple. Ceci permet d’exclure l’éventualité que quelqu’un s’imagine par erreur que les Kapparot son un sacrifice.

Il est de coutume de prendre des poulets blancs, pour évoquer le verset (Isaïe 1,18) : « Si vos péchés s’avèrent rouges comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige. » En tout état de cause, il ne convient pas d’utiliser un poulet noir, car le noir est la couleur qui représente la sévérité et la rigueur divines. Il ne faut pas non plus utiliser un poulet qui présente un défaut ou une blessure manifeste.

Les détracteurs

Certains rabbins ont critiqué la coutume des Kapparot. Leur principale préoccupation était que le Kapparot puissent constituer une violation de darkhei ha-Emori, l'interdiction de suivre des pratiques païennes. Le plus connu des détracteurs fut peut-être Rabbi Yossef Karo, le compilateur du Code de Loi juif.4

Malgré leurs inquiétudes, nous constatons que la majorité des communautés juives – même parmi les Sépharades, qui suivent d'ordinaire les décisions de Rabbi Yossef Karo5 – ont conservé la coutume.

Les raisons en est que, comme le note Rabbi Moché Isserles,6 la coutume des Kapparot avec un poulet est en fait une ancienne tradition juive.

En outre, de nombreux rabbins expliquent que le problème ne concernait pas le rituel des Kapparot, mais seulement certaines de ses composantes : que les gens aillent au-delà de leurs moyens pour obtenir des poulets blancs7 ou qu'ils lancent les entrailles du poulet sur les toits.8

De plus, Rabbi David ibn Zimra (Radbaz) fait remarquer que leur objection était aussi seulement quand les gains et/ou les poulets n'étaient pas donnés à la charité.9

Les Kapparot et la compassion envers les animaux

Il est de la plus grande importance de traiter les poulets avec humanité et de ne pas – à D.ieu ne plaise – leur causer une quelconque douleur ou inconfort. La loi juive interdit formellement de causer une quelconque douleur inutile aux créatures de D.ieu. La répugnance qu’inspire un acte aussi cruel se doit d’être redoublée en ce jour, à la veille du jour où nous demandons à D.ieu une bienveillance et une miséricorde que nous ne méritons peut-être pas.

Le Code de Loi Juive suggère même de placer les entrailles et le foie des poulets abattus dans un endroit où les oiseaux peuvent venir s’en nourrir. « Il est approprié de témoigner de la pitié envers les créatures en ce jour, afin que, dans le Ciel, on ait pitié de nous [également]. »10