Kazaït signifie littéralement « comme une olive », mais le mot est employé comme un nom, au sens de « volume d’une olive ». C’est, en somme, une mesure de volume semi-standardisée1 transmise de génération en génération, depuis Moïse au mont Sinaï.2
Un kazaït est considéré comme une quantité substantielle de nourriture. Le Midrash tranche : « “Manger” signifie consommer pas moins que le volume d’une olive. »3 Cela signifie que les mitsvot liées à la consommation exigent généralement un kazaït pour constituer une consommation significative.
À propos des sept espèces de fruits dont la Terre d’Israël est bénie,4 le Talmud enseigne : « Les Sages ont interprété “un pays d’huile d’olive [et de miel]” comme… “un pays dont la plupart des mesures sont des volumes d’olive.” »5 C’est en effet l’une des mesures halakhiques les plus courantes, que l’on retrouve dans des lois allant des vœux d’abstinence aux bénédictions finales, jusqu’à la matsa de Pessa’h.
Quelle est la taille d’un kazaït ?
Dans l’ensemble des mesures halakhiques, un kazaït est inférieur au volume d’une figue sèche (kagroguérète), au volume d’une datte (kakotévète) et au volume d’un œuf (kabeitsa).
La Michna définit la mesure d’une olive comme suit : « ni une grosse olive ni une petite olive, mais une olive moyenne, comme la variété egori. »6 Bien que cela paraisse simple, convertir ce fruit ancien en mesure moderne fait l’objet d’un important débat halakhique.
Tandis qu’une opinion minoritaire soutient qu’il faut prendre cette mesure au sens littéral, d’après les olives que nous connaissons aujourd’hui (environ 3 à 5 cc),7 le Code de loi juive, se fondant sur le Talmud, statue que la mesure du kazaït est liée à celle du volume d’un œuf (kabeitsa).8
Ainsi, selon les différentes interprétations de passages talmudiques, la taille standard du kazaït est définie soit comme la moitié9 soit le tiers10 du volume d’un œuf.
En pratique, pour les commandements d’origine toranique (deoraïta), comme la consommation de matsa, nous retenons la mesure la plus rigoureuse, à savoir la moitié d’un œuf. Pour les commandements rabbiniques (derabbanane), nous nous appuyons sur la mesure plus petite, celle du tiers d’œuf, lorsqu’il est difficile de consommer la quantité plus importante.11
Poids ou volume
Le kazaït se mesure-t-il par le poids ou par le volume ? Du point de vue halakhique, il s’agit d’une mesure de volume (en centimètres cubes). Cependant, pour faciliter la mesure, on la convertit souvent en poids sur la base de la densité de l’eau (1 cc = 1 gramme).12
- Pour les aliments denses (viande/poisson) : le poids nécessaire pour atteindre le volume requis est légèrement plus élevé.
- Pour les aliments aérés (matsa/pain) : le poids est plus faible.13
Bien que nous ayons expliqué que le kazaït est lié au volume d’un œuf, il faut encore exprimer cela en mesures contemporaines. Concrètement, à quoi correspond exactement un kazaït ?
Il existe un débat bien connu parmi les autorités halakhiques concernant le volume d’un kabeitsa (le volume d’un œuf), lequel, comme on l’a mentionné, influe directement sur la mesure d’un kazaït (le volume d’une olive).
Certaines autorités soutiennent que l’œuf mentionné dans le Talmud était plus gros que les œufs actuels et évaluent donc un kabeitsa à 100 cc. Cette position est communément connue comme la mesure du ‘Hazone Ich. D’autres statuent que la taille des œufs n’a pas changé depuis l’époque talmudique et calculent un kabeitsa (c’est-à-dire un œuf sans sa coquille) à environ 54 cc. Cette approche est connue comme la mesure du Rav Avraham ‘Haïm Naeh.
En pratique, l’usage répandu, aussi bien chez les Juifs ashkénazes que séfarades, suit cette seconde opinion et mesure un kabeitsa à environ 54 cc.14 Puisque 54 cc d’eau équivalent à 54 grammes, on peut mesurer les aliments par le poids plutôt que par le volume, à moins que l’aliment ne soit sensiblement plus lourd ou plus léger que l’eau. (Il existe toutefois certaines communautés qui choisissent d’être rigoureuses et de suivre la mesure plus grande de 100 cc, surtout lorsqu’il s’agit d’accomplir une obligation biblique.)
En conséquence, un kazaït rabbinique (un tiers d’œuf) représente environ 17 cc (17 grammes d’eau), tandis qu’un kazaït biblique (la moitié d’un œuf) représente environ 26 cc (26 grammes d’eau).
- Opinion rigoureuse (demi-œuf) / commandements de la Torah : 25,6 cc (environ 25,6 g d’eau)
- Opinion indulgente (tiers d’œuf) / commandements rabbiniques : 17,3 cc (environ 17,3 g d’eau)
En définitive, le Rav Naeh recommande d’ajouter une petite marge à la mesure, pour atteindre un total d’environ 28,3 grammes, afin de tenir compte de tout aliment qui pourrait rester coincé entre les dents, puisque cet aliment n’est pas inclus dans la mesure.
Quelles sont les applications pratiques d’un kazaït ?
La mesure du kazaït est utilisée dans de nombreuses lois de la Torah. Voici les plus courantes :
- Matsa : L’exigence minimale pour manger de la matsa les deux premiers soirs de Pessa’h (ou le premier soir en Israël) est d’au moins un kazaït.15 S’agissant d’un commandement toranique, le minimum recommandé de matsa est de 28,3 cc, afin de tenir compte de la matsa qui pourrait rester coincée entre les dents. Cela représente au total moins d’une once, en raison de la plus faible densité de la matsa. Selon la taille et l’épaisseur de votre matsa, cela peut aller jusqu’à une demi-matsa.
La quantité préférable, toutefois, est bien supérieure. Au cours du Séder, nous mangeons de la matsa à trois reprises : pendant Motsi-Matsa, pendant Korekh, puis à la fin du repas avec l’Afikomane. La quantité préférable pour Motsi-Matsa est de deux kazaïts (un provenant du morceau brisé et un de la matsa entière) ; pour Korekh, un kazaït ; puis encore deux kazaïts pour l’Afikomane, soit un total de cinq kazaïts. C’est la manière optimale d’accomplir la mitsva.
Il est toutefois important de noter que seul le premier kazaït de Motsi-Matsa doit correspondre à la grande mesure de 25,6 cc. Tous les autres peuvent être mesurés selon la petite mesure de 17,3 cc.16 - Maror : Depuis la destruction du Temple, il s’agit d’une mitsva rabbinique, et il y a donc place à l’indulgence si quelqu’un a de la difficulté à manger un kazaït entier de grande taille (jusqu’à 28,3 g) d’herbes amères.17 Dans un tel cas, le minimum sera la plus petite mesure du kazaït — 17,3 cc (17,3 grammes d’eau).
- Soukka : La première nuit (ou les deux premières nuits hors d’Israël) de Soukkot, il y a une mitsva de manger du pain dans la soukka. La quantité minimale est un kazaït.18 Comme il s’agit d’un commandement toranique, il convient d’utiliser la grande mesure du kazaït, soit 25,6 cc, ou l’équivalent d’une once d’eau (28,3 cc) pour tenir compte des aliments restés collés aux dents.
- Bénédiction après consommation : Bien qu’il faille réciter une bénédiction avant de manger n’importe quelle quantité d’aliment, on ne doit pas réciter une bénédiction après consommation (berakha a’harona) à moins d’avoir consommé un kazaït de grande taille (c’est-à-dire 28,3 cc pour tenir compte des aliments restés coincés entre les dents).19
- Respect des aliments : Les aliments doivent être traités avec un certain respect et ne pas être détruits sans nécessité. C’est pourquoi, s’il est permis de balayer des miettes ou de ne pas en tenir compte, on ne doit pas piétiner ni détruire un aliment ayant la taille d’un kazaït.20 (Il convient également de tenir compte de quantités d’aliments plus petites.21)
- Interdictions : La plupart des applications du kazaït concernent les interdictions alimentaires, telles que le porc, les mélanges de lait et de viande, les insectes ou la viande qui n’a pas été abattue rituellement. À l’époque du Temple, on n’était pas juridiquement passible à moins d’avoir consommé un kazaït complet. Toutefois, la nourriture non casher est interdite en toute quantité.
De même, si l’on fait le vœu de ne pas manger un certain aliment ou de jeûner, on n’est tenu pour responsable de la violation de ce vœu que si l’on mange un kazaït complet de l’aliment spécifié.22 Malgré cela, il demeure interdit d’en manger quelque quantité que ce soit.
Pour résumer sous forme de tableau :
| Type de mesure | Poids pour l’eau / volume | Description / application |
|---|---|---|
| Minimum / rabbinique | 17,3 g / 17,3 cc | Fondé sur un tiers d’œuf ; utilisé pour le maror (lorsqu’il est difficile de manger la quantité plus élevée) ou pour d’autres obligations rabbiniques. |
| Standard / Torah | 25,6 g / 25,6 cc | Fondé sur la moitié d’un œuf ; utilisé pour la matsa, la soukka, les autres obligations de niveau toranique et les bénédictions après consommation. |
| Rigoureux / usage pratique | 28,3 g / 28,3 cc | Recommandé par le Rav Naeh pour tenir compte des aliments coincés entre les dents. |
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