1. Il est né à Loubavitch le 12 Tamouz 1880

Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, le sixième Rabbi de ‘Habad, naquit le 12 du mois d’été de Tamouz en 5640 (1880), dans le village de Loubavitch, qui était le siège du mouvement depuis 1813.

En 1883, son père, Rabbi Chalom Dov Ber, devint le Rabbi. Durant une grande partie de l’enfance de Rabbi Yossef Its’hak, son père était souvent absent, occupé à des affaires communautaires et à défendre les Juifs opprimés de Russie.

Enfant unique, il développa une relation profonde avec sa grand-mère, la Rabbanit Rivka, épouse du quatrième Rabbi, Rabbi Chmouel de Loubavitch.

Carte de la ville de Loubavitch avec la cour du Rabbi et sa yeshiva en son cœur.
Carte de la ville de Loubavitch avec la cour du Rabbi et sa yeshiva en son cœur.

2. Il est connu comme le “Rabbi Rayats” et le “Rabbi Précédent”

Comme son père, son grand-père et d’autres membres de sa famille, il était connu par l’acronyme de son titre et de son nom, RaYIaTS, pour Rabbi Yossef Its’hak. Après son décès et l’accession du septième Rabbi à la tête de ‘Habad, il fut désigné sous le nom de Rabbi Précédent (en yiddish, Frierdiker Rebbe).

Rabbi Yossef Its’hak jeune homme
Rabbi Yossef Its’hak jeune homme

3. Il écrivit de manière abondante et descriptive

Encouragé par son professeur d’enfance, Rabbi Nissan, Rabbi Yossef Its’hak tint avec régularité un journal personnel. Il y rapporte les récits entendus de son père, de ses maîtres, de sa grand-mère et des anciens ‘hassidim, ainsi que les événements de sa propre vie.

Doté d’un style riche et coloré, il utilisa le yiddish et l’hébreu pour dépeindre avec finesse des tableaux saisissants de la vie ‘hassidique d’antan, ainsi que ses luttes et ses victoires personnelles au service du judaïsme.

Rabbi Yossef Its’hak à son bureau en train d’écrire (Riga, 1929).
Rabbi Yossef Its’hak à son bureau en train d’écrire (Riga, 1929).

4. Il fut directeur de la yeshiva Tom’hei Temimim

À l’âge de 15 ans, il fut nommé secrétaire personnel de son père, une fonction qui l’amena à participer à des congrès rabbiniques, à des conférences politiques et à diverses activités publiques. Le 13 Eloul 5657 (1897), à l’âge de dix-sept ans, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn épousa Ne’hama Dina Schneersohn, sa parente éloignée. Durant les cheva berakhot (festivités suivant le mariage), on annonça la fondation à Loubavitch de la yeshiva Tom’hei Temimim, yeshiva centrale de ‘Habad, avec Rabbi Yossef Its’hak à sa tête. Cette yeshiva et ses branches formèrent des centaines de rabbins et de laïcs instruits et fidèles, dont l’engagement permit de préserver le judaïsme à travers les temps difficiles à venir.

À lire : La yeshiva Tom’hei Temimim

5. Lui et son épouse eurent trois filles

Rabbi Yossef Its’hak et son épouse furent bénis de la naissance de trois filles. Sa fille cadette, ‘Haya Mouchka, épousa Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson (qui deviendrait le septième Rabbi) en 5689 (1928).

6. Il devint Rabbi à une époque troublée

La Révolution bolchévique inaugura une période sombre et terrible pour les Juifs de l’Union soviétique nouvellement formée. Les synagogues et les écoles juives furent fermées, et quiconque tentait de préserver le judaïsme était arrêté et condamné aux travaux forcés ou pire. Le deuxième jour de Nissan 5680 (1920), Rabbi Chalom Dov Ber décéda, laissant à son fils la mission de guider les Juifs de Russie à travers une situation de plus en plus désespérée. Beaucoup s’attendaient à ce qu’il refuse cette tâche, mais Rabbi Yossef Its’hak dirigea courageusement le judaïsme russe dans sa lutte pour la survie.

En quelques années, il fonda de nouvelles synagogues, des mikvés et des yeshivot, dont une à Boukhara destinée aux érudits sépharades.

Enfants de Boukharie étudiant la Torah (crédit: Sergey Prokudin-Gorsky)
Enfants de Boukharie étudiant la Torah (crédit: Sergey Prokudin-Gorsky)

7. Il fut condamné à mort

Alors que les ‘hassidim étaient arrêtés et condamnés aux travaux forcés ou au peloton d’exécution, Rabbi Yossef Its’hak les encourageait à persévérer, les guidant par son propre exemple inébranlable. Il établit un vaste réseau clandestin d’institutions juives à travers l’Union soviétique, ainsi qu’en Pologne et aux États-Unis.

Lui et son armée d’érudits devenus hors-la-loi jouaient au chat et à la souris avec la police secrète soviétique et leurs auxiliaires, la Yevsektsia (la section juive du Parti communiste soviétique, que Staline fit éliminer par la suite lorsqu’elle ne lui fut plus utile).

En 1927, le Rabbi fut arrêté à son domicile de Leningrad et placé en isolement à la prison tristement célèbre de Spalerno, accusé d’activités contre-révolutionnaires. C’était la septième fois qu’il était emprisonné — cinq fois sous le régime tsariste, une fois auparavant par les Soviétiques — mais les accusations étaient cette fois bien plus graves, et le Rabbi fut condamné à mort.

À la suite d’un tollé international, la peine fut commuée en dix ans de travaux forcés dans le camp de prisonniers de l’île Solovki — qualifié de « mère du Goulag » — puis en trois ans d’exil à Kostroma, à environ 300 km au nord-est de Moscou.

Le 12 Tamouz, jour de son 47e anniversaire, on lui annonça sa libération. Cette date est devenue un jour de reconnaissance et de célébration dans ‘Habad.

À lire : 13 images marquantes de l’arrestation et de la libération

La prison de Spalerno
La prison de Spalerno

8. Il fut le seul Rabbi de ‘Habad à visiter la Terre sainte

Quelques mois après sa libération, Rabbi Yossef Its’hak et sa famille quittèrent l’Union soviétique pour Riga, en Lettonie, où il fonda une yeshiva locale, tout en maintenant des canaux clandestins de soutien et de communication avec les Juifs restés en URSS.

Lorsqu’il était encore en Russie, le Rabbi priait régulièrement sur les tombes de ses ancêtres, les Rabbis de ‘Habad. En 1929, il se rendit en Terre sainte pour prier sur les lieux sacrés : le Kotel, la grotte des Patriarches et les tombes des grands sages du passé.

De grandes foules se rassemblèrent pour l’accueillir à chaque étape, désireuses de recevoir une bénédiction de ce saint héros qui avait affronté la machine communiste et triomphé.

Il visita la communauté juive de Hébron, forte d’une longue histoire, et fut introduit dans la grotte des Patriarches. Il quitta la ville deux jours avant les émeutes arabes de 1929, au cours desquelles des dizaines de Juifs furent massacrés à Hébron et à Jérusalem. Parmi les quelque 70 victimes se trouvaient plusieurs proches et disciples du Rabbi.

À lire : Cause et effet

Affiche annonçant l’arrivée de Rabbi Yossef Its’hak à Jérusalem, signée par le grand rabbinat d’Israël.
Affiche annonçant l’arrivée de Rabbi Yossef Its’hak à Jérusalem, signée par le grand rabbinat d’Israël.

9. Il fut le seul Rabbi à rencontrer un président des États-Unis

Depuis la Terre sainte, le Rabbi se rendit aux États-Unis, où il reçut un accueil officiel à New York et se vit décerner la distinction honorifique de la « Liberté de la Ville » (« Freedom of the City ») par le commissaire de police, au nom du maire. Des centaines de rabbins et de dirigeants communautaires vinrent l’accueillir et solliciter des entretiens personnels.

Depuis New York, il visita de nombreuses villes du Nord-Est et du Midwest, voyageant jusqu’à Saint Louis et Milwaukee. Partout, il encourageait les Juifs américains à renforcer leur observance et à affermir le judaïsme.

Durant cette visite, le Rabbi fut également reçu par le président Hoover à la Maison-Blanche.

Le passeport letton de Rabbi Yossef Its’hak, émis en 1934.
Le passeport letton de Rabbi Yossef Its’hak, émis en 1934.

10. Il donna un rôle aux femmes et aux jeunes

À une époque où l’engagement communautaire significatif était considéré comme réservé aux hommes, Rabbi Yossef Its’hak s’adressa aussi aux femmes et les encouragea à former des groupes d’étude de la Torah, d’activisme, et plus encore. Alors qu’il était encore en Europe, il fonda le groupe A’hot Hatemimim pour les jeunes filles. Aux États-Unis, il encouragea les enfants, garçons et filles, à animer des dizaines de groupes Messibot Chabbat, où ils invitaient leurs camarades à célébrer le judaïsme dans une ambiance joyeuse.

11. Ses enseignements étaient profonds et accessibles

Les écrits laissés par les prédécesseurs de Rabbi Yossef Its’hak étaient en majorité des traités ‘hassidiques destinés à des érudits avancés, parfois accompagnés de textes de halakha (loi juive). Outre ses propres enseignements profonds, Rabbi Yossef Its’hak rédigea et prononça aussi des discours plus accessibles (souvent en yiddish), destinés aux hommes et aux femmes sans formation poussée, mais assoiffés d’un enseignement authentique et inspirant de la Torah.

Un recueil de discours en yiddish du début des années 1940.
Un recueil de discours en yiddish du début des années 1940.

12. Il réussit de justesse à fuir Varsovie sous occupation nazie

De retour en Europe, Rabbi Yossef Its’hak s’installa à Varsovie, en Pologne, en 1934, où il fonda un réseau de yeshivot. Après la déclaration de guerre de l’Allemagne contre la Pologne, il survécut aux bombardements de Varsovie parmi les foules apeurées et entassées. Après l’entrée des nazis dans la ville, les ‘hassidim des États-Unis mobilisèrent des canaux diplomatiques pour faire parvenir le Rabbi en sécurité sur le sol américain.

Grâce à des interventions au plus haut niveau de l’état-major allemand (y compris l’amiral Wilhelm Canaris, chef de l’Abwehr, le renseignement militaire allemand), ces efforts aboutirent : le Rabbi et sa famille furent évacués à Berlin, puis à Riga, Stockholm et enfin New York, où ils arrivèrent le 9 Adar 5700 (1940).

Cependant, le Rabbi laissa derrière lui deux de ses filles. ‘Haya Mouchka et son mari, le futur septième Rabbi, rejoignirent l’Amérique un an plus tard. Cheina, son mari et leur fils périrent à Treblinka.

À voir : Images d’archives de son arrivée en Amérique

13. Il œuvra avec force pour construire le judaïsme en Amérique

Dès son premier jour en Amérique, des soutiens bien intentionnés lui conseillèrent de revoir à la baisse ses espoirs pour la vie juive dans ce pays, où l’assimilation culturelle et le matérialisme semblaient avoir supplanté la Torah et la tradition. En larmes, le Rabbi déclara : Ameriké iz nit andersh, « l’Amérique n’est pas différente ». Ce soir-là même, il fonda une branche de la yeshiva Tom’hei Temimim.

En quelques années, des branches virent le jour dans plusieurs villes de la côte Est, jetant les bases de la renaissance du judaïsme dans l’hémisphère occidental.

The Jewish Record: “Le Rabbi de Loubavitch arrivera à Saint-Louis le 4 mai à 13h30. Une foule considérable est attendue à Union Station” (Avec l’autorisation du Hebrew Union College).
The Jewish Record: “Le Rabbi de Loubavitch arrivera à Saint-Louis le 4 mai à 13h30. Une foule considérable est attendue à Union Station” (Avec l’autorisation du Hebrew Union College).

14. Le Rabbi surmonta de graves problèmes de santé

À son arrivée en Amérique, il était affaibli physiquement, en partie à cause des sévices subis dans les prisons soviétiques. En fauteuil roulant et ayant des difficultés d’élocution, il ne pouvait plus s’adresser à de grandes foules comme auparavant. Néanmoins, par la correspondance et des entretiens privés, il continua à diriger un réseau grandissant d’institutions et d’individus engagés dans la diffusion et le renforcement du judaïsme.

15. Ses institutions montrèrent la voie

Avec l’arrivée de son gendre et futur successeur, Rabbi Yossef Its’hak fonda trois institutions que Rabbi Mena’hem Mendel dirigea par la suite : le Merkos L’Inyonei Chinuch (le département éducatif du mouvement ‘Habad), la maison d’édition Kehot Publication Society et Machane Israel (le département des œuvres sociales).

Par le biais de ces institutions, il apporta des services et un lien au judaïsme à des fermiers isolés, des commerçants de province et bien d’autres encore.

Dans les années 1940, il envoya des étudiants des yeshivot visiter de petites communautés pour y distribuer des livres, objets rituels et encouragements à la vie juive.

Connu sous le nom de Merkaz Chli’hout, ce programme envoie chaque été et avant les grandes fêtes des centaines de binômes d’étudiants.

Le Rabbi avec son beau-père, le Rabbi Précédent
Le Rabbi avec son beau-père, le Rabbi Précédent

16. Ses efforts atteignirent l’Afrique du Nord et au-delà

En 1948, le Rabbi établit un nouveau village ‘hassidique au centre d’Israël, Kfar ‘Habad, principalement destiné aux Juifs ‘hassidiques ayant fui derrière le Rideau de Fer durant le chaos de l’après-guerre et vivant dans des camps de personnes déplacées en Europe occidentale.

En peu de temps, il devint un centre d’activité et de chaleur ‘hassidique, à partir duquel les efforts de ‘Habad rayonnèrent dans toute la Terre sainte.

En 1950, quelques semaines avant son décès, il posa les bases des activités de ‘Habad en Afrique du Nord, qui devinrent par la suite un vaste réseau de vie juive en Tunisie et au Maroc, nommé à titre posthume « Oholei Yossef Its’hak » en son honneur.

Le Rav Nissan Pinson, figure pionnière du mouvement ‘Habad en Tunisie, écoute de jeunes étudiants réciter leurs leçons à la yeshiva de Djerba, en Tunisie (crédit: Jean Mohr/JDC).
Le Rav Nissan Pinson, figure pionnière du mouvement ‘Habad en Tunisie, écoute de jeunes étudiants réciter leurs leçons à la yeshiva de Djerba, en Tunisie (crédit: Jean Mohr/JDC).

17. Il décéda en 1950

Le matin de Chabbat, 10 Chevat 5710 (1950), Rabbi Yossef Its’hak s’éteignit à l’âge de 70 ans. Sa vie de messirat néfech, d’abnégation totale au service de son peuple, traversa des continents et des époques parmi les plus tourmentées de l’histoire. Il laissa un héritage d’amour, de soin et de dévouement qui perdure encore aujourd’hui — en particulier à travers son expansion et son amplification par son successeur, le septième Rabbi.

La dernière photographie connue de Rabbi Yossef Its’hak, prise à ‘Hanouka, six semaines avant sa disparition.
La dernière photographie connue de Rabbi Yossef Its’hak, prise à ‘Hanouka, six semaines avant sa disparition.