Rav Moché Its’hak Hecht était le représentant de ‘Habad à New Haven, Connecticut, depuis 1941. Les responsabilités qui pesaient sur lui augmentaient d’année en année, avec une synagogue, une école, une yéchiva et de nombreuses autres activités qui auraient exigé de multiplier plusieurs fois les effectifs du personnel qu’il était en mesure de payer.

En 1974, il écrivit au Rabbi en se plaignant qu’au bout de 33 ans de travail, il estimait qu’il était revenu au même point que lorsqu’il avait commencé et qu’il ne pouvait tout simplement plus continuer.

Il conclut sa lettre avec une supplique déchirante demandant que « le Rabbi aide et fasse tout ce qu’il peut »...

Le Rabbi répondit, non pas avec un conseil, mais avec de la lumière:

J’ai déjà suivi vos conseils. J’ai envoyé en cet endroit Rav Moché Its’hak Hecht. Mais il ressort de votre lettre et de celles qui la précèdent que vous ne le connaissez pas encore bien, ni les capacités dont cette personne est dotée.

Quoi qu’il en soit, vous devriez faire sa connaissance à présent. Immédiatement, tout changera : votre humeur, votre confiance en D.ieu, le bonheur du quotidien, etc., etc.

Qui est un Rabbi ?

Rabbi signifie « mon maître » ou « mon enseignant ». Que vous soyez un petit enfant qui apprend le alef-beth, ou un érudit aguerri naviguant les mers du Talmud, vous appelez votre professeur « Rabbi ».

Il existe un autre sens au titre « rabbi », particulièrement associé à un rabbin qu’on appelait le Baal Chem Tov. Le Baal Chem Tov était un enseignant qui savait non seulement toucher votre esprit et votre cœur, mais qui pouvait atteindre votre être profond et vous guider pour vous y retrouver.

Avant que vous puissiez comprendre : « Qu’est-ce qu’un Rabbi ? », vous devez d’abord vous demander : « Que suis-je ? ».

Un rabbi est ainsi un guide vers votre vrai moi. Ce qui signifie qu’avant que vous puissiez comprendre « Qu’est-ce qu’un rabbi ? » et « Qui est un rabbi ? », vous devez d’abord demander : « Que suis-je ? » et « Qui suis-je ? ».

Qui a besoin d’un Rabbi ?

Imaginez un rabbi comme un rayon de lumière. La lumière n’est pas une chose pour elle-même. La lumière n’est lumière que lorsqu’elle illumine. Pensez à l’espace au-delà de l’atmosphère de notre planète. Entre le flamboyant soleil et la brillant terre, tout n’est qu’obscurité. Pour que la lumière soit de la lumière, il faut qu’elle ait quelque chose à éclairer.

Si votre préoccupation principale est de passer d’aujourd’hui à demain, il n’y a rien à éclairer. Si vous ne vous considérez que comme un bipède avec un excès de neurones, Wikipedia et TED peuvent être tout ce dont vous avez besoin.

Mais si vous recherchez quelque chose qui transcende la sensation et la satisfaction physiques, si vous ressentez le besoin de trouver un sens à la vie, si vous vous êtes déjà demandé : « Qu’est-ce que je fais ici ? » et que vous recherchez quelque chose de profond à l’intérieur de vous-même, alors vous avez besoin d’un rabbi pour vous mettre en contact avec ce moi intérieur.

Contexte et libération

Comment un rabbi fait-il cela ? Comment pourrait-il vous montrer quelque chose de vous que vous-même n’avez pas su découvrir ?1

Parce que dès que vous êtes connecté à un rabbi, vous êtes connecté à un contexte plus élevé et plus vaste. Un contexte dans lequel vous n’êtes plus un grain de poussière solitaire dans l’immensité vide de l’espace, mais une partie essentielle d’un grand tout. Là, au sein de ce contexte, vous découvrirez en quoi votre existence est nécessaire, ce que vous êtes venu(e) accomplir et les aptitudes que vous avez pour remplir cette mission.

Le contexte est essentiel. Une phrase tombée d’un livre ne peut rien signifier sans l’histoire dont elle est issue. Sorti de son contexte, tout sens est déformé, souvent en son exact inverse. Un précieux anneau dans le nez d’un sanglier, nous dit le sage roi Salomon, ne fait que rendre la bête encore plus bestiale. Un cygne sorti de son contexte est un vilain petit canard.

Vous connecter à un rabbi vous connecte au tout.

La vie sortie de son contexte est ce qu’on appelle l’exil. Sans votre contexte, ce n’est pas seulement que votre place est vide. Si vous ne connaissez pas votre place, vous ne pouvez pas trouver votre centre, l’essence même de qui vous êtes.

Vous connecter à un rabbi vous connecte au tout. Et au sein de ce tout, vous êtes libéré de l’exil.

Noyau et lien

Un rabbi est capable de faire cela parce que lui-même se trouve au niveau du noyau de ce contexte.

Toute beauté dans notre univers commence avec un noyau. Pour qu’un cristal se forme, qu’il s’agisse d’un flocon de neige ou d’un diamant, un petit noyau de molécules doit d’abord devenir la structure de base à partir de laquelle une merveilleuse symétrie peut se déployer. Il en est de même de la vie : qu’il s’agisse d’une cellule unique, d’un arbre ou d’un être-humain entier, tout commence avec une petite semence porteuse de l’information qui va se déployer pour former les membres et les organes d’un organisme mature.

Toute beauté et toute vie dans notre univers commence avec un noyau.

Et nous formons tous un organisme unique. Nos corps sont peut-être séparés, mais nos âmes sont un. Qu’est-ce qui les rend un ? Le fait qu’elles ont un noyau unique. Dans ce noyau réside l’origine de chacun d’entre nous, et c’est de lui que nous sommes nourris continuellement. Nourris et liés dans une parfaite union les uns avec les autres et avec l’origine de toutes choses. Car ce noyau est là où D.ieu pénètre Son univers. Il est le lieu de l’âme d’un rabbi, et c’est de là qu’il vous invite à vous joindre à lui.

Nous et D.ieu

Après tout, qu’est-ce qu’une âme ? C’est D.ieu qui respire à l’intérieur de vous ; c’est la présence divine investie au sein de votre corps physique. C’est ce que nous appelons une néchama, c’est-à-dire une respiration, comme dans l’histoire de la création du premier être humain : « Et D.ieu insuffla dans ses narines un souffle de vie. » À chaque instant, D.ieu respire en nous, et à travers cette respiration, nous sommes un avec Lui et Il est un avec nous. Dans cette respiration, nous sommes notre Créateur.

D.ieu est un, et ainsi Il est présent dans notre unité.

D.ieu est un, et ainsi Il est présent dans notre unité. Non en tant qu’individus, mais comme un tout ; une singularité. Non en tant que moi, mais en tant que nous. Comme l’harmonie de pièces disparates qui s’unifient.

Ce qui signifie que pour trouver cette unicité, ce lieu à l’intérieur de vous dans lequel vous êtes un avec votre D.ieu, vous devez d’abord connecter votre âme avec d’autres âmes, qui se connectent avec d’autres réseaux d’âmes, le tout formant une seule cellule autour d’un noyau unique. Celui-ci est le point nodal par lequel entre le souffle de D.ieu. C’est là où toutes choses deviennent un.

C’est dans ce noyau qu’un rabbi se tient, et, de là, il nous rassemble pour ne faire qu’un, pour se ressentir les uns les autres, pour nous connaître, pour se connaître soi-même et connaître notre centre, notre cœur, le lieu où D.ieu entre dans chacune de nos âmes. Un rabbi nous relie à notre D.ieu, et puis il s’efface.

Il y a des têtes et il y a des têtes

« Rabbi », dit-on, est l’acronyme de Roch Benei Israël. Cela signifie « la tête du peuple juif ».

La plupart d’entre nous considèrent le rôle de la tête comme celui d’un centre de contrôle. La tête dit au cœur, aux poumons, à l’estomac, aux doigts et aux orteils quoi faire. Il est clair que je ne suis pas intéressé à me soumettre à quelqu’un qui me contrôlerait. D.ieu m’a donné ma vie pour que je sois moi, et non pour être contrôlé par quelqu’un d’autre.

Mais si vous pensez à votre propre tête, il n’en est certainement pas ainsi. À moins que vous soyez le philosophe qui, à la fin de ses jours, dit : « Il s’avère que tout mon problème est que je n’ai pas de corps, seulement une tête. »

Une tête, avant d’être une tête, est d’abord une partie d’un corps.

La tête dont il est ici question n’est pas la tête d’un philosophe, ou une tête artificielle. Elle est la tête d’un organisme, d’un corps. Ce qui signifie qu’avant d’être une tête, elle est d’abord une partie de ce corps. Dès lors, la tête ne cherche pas à consumer toutes les autres parties du corps pour parvenir à ses propres fins. La tête est soucieuse que le cœur soit un cœur sain, que l’estomac soit un estomac sain, que les doigts fassent ce que les doigts sont censés faire et que les orteils soient également efficaces dans leur domaine d’activité. La tête se préoccupe que chaque partie du corps accomplisse ce pour quoi elle est faite.

De la même manière, un rabbi est avant tout un serviteur de son peuple.

Connaître votre nom

Jerry Levine était un présentateur de la chaîne de télévision Channel 10 News à Miami, et un bon. Il avait remporté un Emmy pour avoir produit des programmes encourageant les Floridiens à subir des examens médicaux réguliers. Mais en 1989, Rav Sholom Lipskar lui demanda de travailler pour son organisation, Aleph, qui assistait les détenus juifs ainsi que les militaires juifs et leurs familles.

Jerry était jeune et se dit : « Hey, voilà une excellente occasion d’essayer quelque chose de nouveau et de différent. Et je peux toujours revenir dans le secteur des news si ça ne fonctionne pas ».

Donc, à la suggestion du Rav Lipskar, Jerry écrivit au Rabbi pour lui demander conseil, fournissant de nombreux détails sur lui-même et ses objectifs personnels.

La réponse du Rabbi ? Un fax arriva au bureau du Rav Lipskar : « Donnez-moi tous ses noms. »

Jerry pensait qu’il avait bien communiqué au Rabbi tous ses noms : Yossef ben Hirsch Leib haLevi. Mais quand il est parti en parler avec sa mère, elle lui dit que son nom était Yossef Mordekhaï ben Hirsch Leib haLevi.

Alors, il écrivit de nouveau au Rabbi, cette fois avec son nom complet. Le Rabbi lui répondit, en lui disant de demander l’avis d’un bon ami.

« Ce que je retire de cela, dit Jerry, c’est qu’il s’agit d’une autre sorte de leader. »

Tout autre dirigeant se serait préoccupé de savoir « qu’est-ce que cette personne peut apporter à mon organisation ? Comment peut-il améliorer notre couverture médiatique ? »

La préoccupation du Rabbi, dans les mots de Jerry, était qu’un garçon juif ne connaissait pas son nom. Comment savait-il cela ? Comment s’est-il aperçu qu’il manquait quelque chose ?

Mais comment ne le saurait-il pas ? Tout comme un cerveau sait ce dont l’estomac a besoin, un rabbi connaît un Juif mieux que le Juif se connaît lui-même.

Tel est le travail d’un rabbi : vous aider à trouver votre nom, votre vrai moi, et quelle est votre place.

Mais ce n’est pas la connaissance qui est déterminante ici. C’est la préoccupation. Ce fut le premier souci du Rabbi, parce que tel est le travail d’un rabbi : vous aider à trouver votre nom, votre vrai moi, et quelle est votre place.

Rien pour soi

Freddy Hager était un jeune homme quand il est venu voir le Rabbi. Il a montré au Rabbi une photo de son grand-père, qui avait été un rabbi ‘hassidique en Galicie.

Le Rabbi lui demanda : « Savez-vous ce que cela signifie d’être un rabbi ? » Mais Freddy ne répondit pas. Alors, le Rabbi répondit.

« Le Baal Chem Tov fut le premier rabbi. Il n’allait pas dormir la nuit tant qu’il avait encore quelque chose de valeur dans sa maison. Quel que soit ce qu’il avait, il le donnait à ceux qui en avaient besoin. »

« Voilà ce que cela signifie d’être un rabbi, conclut le Rabbi. Tout ce que vous avez, c’est pour les autres que vous l’avez. »