Hé (Heï) (ה) est la cinquième lettre de l’alphabet hébraïque
Valeur numérique : 5
Son : « H »
Signification : 1. voici 2. être troublé 3. voyez

Récit

À la fin des années 1920, mon grand-père paternel, R. Aharon Leib, dont je porte le nom, demanda au sixième Rabbi de ‘Habad, Rabbi Yossef Its’hak Schneerson, de mémoire bénie, une bénédiction pour que ses enfants grandissent dans la crainte de D.ieu et la droiture.

Le Rabbi répondit : « Une berakha (bénédiction) est semblable à la pluie. Il faut d’abord préparer le sol en labourant et en semant. Ensuite, D.ieu apporte Son aide ; une “pluie de bénédiction” commence à tomber, puis les cultures poussent. »

Forme

La cinquième lettre de l’alef-beth est le hé.

Le Maharal1 nous dit que le hé se compose d’un dalet et d’un youd. Le dalet comprend un trait horizontal (qui symbolise la largeur) et un autre, vertical (qui symbolise la hauteur), lesquels représentent ensemble le monde physique, le monde de la matérialité. Le youd (le jambage gauche détaché) représente D.ieu, et donc la spiritualité. Le Maharal nous enseigne que, de même que le dalet et le youd s’unissent pour former le hé, nous avons l’obligation d’imprégner le monde physique de spiritualité et de divinité, et de le sanctifier ainsi.

Dans la pensée ‘hassidique,2 le hé représente la pensée, la parole et l’action. De même que le hé se compose de trois traits, la pensée, la parole et l’action constituent les trois vêtements de l’âme à travers lesquels nous nous exprimons.

Le trait horizontal supérieur (la pensée) représente, par sa forme même, la notion d’égalité. Pour considérer véritablement chaque personne comme notre égale, nous devons restructurer notre manière de penser. En apparence, certaines personnes peuvent sembler meilleures que d’autres, et d’autres moins bonnes. Mais il nous appartient de porter plutôt notre attention sur l’âme, l’étincelle divine présente en chacun.3 Puisque nos âmes émanent de la même Source, nous sommes tous égaux dans notre essence. Lorsque nous allons au-delà de la personnalité et des apparences d’une personne pour atteindre directement son être profond, nous prenons conscience que nous ne faisons tous qu’un.

Le trait vertical droit du hé représente la hiérarchie, qui correspond à la parole. Un roi gouverne par ses paroles.4 Il a le pouvoir de siéger dans son palais et de prononcer un décret qui fait aussitôt loi. Ses sujets n’ont pas besoin de le voir. Il n’a pas besoin de leur serrer la main. Il lui suffit de parler ; tel est son pouvoir. Le trait vertical du hé descend d’un niveau supérieur, le souverain, vers un niveau inférieur, ses sujets.

Enfin, le jambage plus court et détaché, du côté gauche du hé, représente l’action. Pourquoi ce jambage est-il détaché ? Il nous est très facile de penser à ce qui est juste et d’en parler, mais concrétiser une bonne intention est une tout autre affaire. Cet espace nous rappelle donc l’effort nécessaire pour unifier les trois vêtements. Sans le trait de l’action, il ne nous reste que les deux traits du dalet : la pauvreté.

Le Talmud5 nous apprend que le hé représente aussi la techouva — le repentir. Pour comprendre comment la forme de la lettre hé incarne la notion de techouva, comparons le hé, ה, au ‘het, ח,6 la huitième lettre de l’alef-beth. Les deux formes se ressemblent beaucoup. Chacune se compose de trois traits. La seule différence bien visible est la petite ouverture au-dessus du jambage gauche du hé. Quel rapport avec la techouva ? Après que Caïn a tué son frère Abel, D.ieu lui déclare : « Le péché (‘hatat) est tapi à ta porte. »7 L’ouverture (ou porte) située au bas du hé comme du ‘het représente le péché. Avec le ‘het, on ne peut sortir par la « porte du péché » sans transgresser (c’est-à-dire sans passer par le bas de la lettre). Mais le hé possède une autre ouverture, une autre voie possible. La petite ouverture en haut du hé offre la possibilité de la techouva, du retour.

La différence entre le ‘het et le hé peut aussi être illustrée en comparant le ‘hamets (le levain) et la matsa. Comparons l’orthographe de ces deux mots : ‘hamets s’écrit חמצ,8 ‘het, mem, tsadik. Matsa s’écrit מצה, mem, tsadik, hé. La différence entre le ‘hamets et la matsa tient à la présence de la lettre ‘het ou de la lettre hé. Le ‘hamets, le levain, représente l’enflure de l’ego.9 La matsa est plate et représente la soumission, le désintéressement et l’humilité. Une personne humble en viendra à se repentir, à faire techouva. Mais une personne égocentrique ne reviendra jamais à D.ieu. Quelle est son attitude ? « Pourquoi aurais-je besoin de D.ieu ? Je me débrouille très bien tout seul. Voyez comme je réussis. » Ou, si elle veut justifier sa mauvaise conduite, elle dira peut-être : « Que me voulez-vous ? Je ne suis qu’un être humain. Si D.ieu avait voulu que je sois parfait, Il m’aurait créé ainsi. D.ieu m’a donné un yétser hara, un mauvais penchant. Il a tout arrangé pour que je pèche. Alors pourquoi devrais-je faire techouva ? » L’égocentrique n’a aucune raison de se repentir. Il reste prisonnier de ses habitudes et ne peut reconnaître ses fautes. Il est gonflé du ‘het du ‘hamets, du levain. Le hé, en revanche, est comme la matsa : plat et altruiste. Sa forme même comporte une ouverture, un espace par lequel une personne peut passer si elle est humble. Le hé représente l’humilité que l’être humain fait sienne, la porte du repentir.

Plus largement, nous devons comprendre que la techouva ne consiste pas seulement à regretter d’avoir commis un péché : elle signifie revenir à son être essentiel. La techouva concerne donc chacun, même les rares personnes qui n’ont jamais péché. Le Zohar10 nous dit que, lorsque Machia’h viendra, il amènera même les justes à se repentir. Chacun comprendra que, quel que soit son niveau, il peut toujours devenir meilleur. Chacun peut se rapprocher sans cesse davantage de D.ieu. Nous pouvons y parvenir en perfectionnant notre pensée, notre parole et notre action. À mesure que nous nous perfectionnons, « D.ieu apporte Son aide ; une “pluie de bénédiction” commence à tomber, et les cultures commencent à pousser ».

Guématria

La valeur numérique du hé est cinq. Non seulement le hé représente les vêtements de la pensée, de la parole et de l’action, mais ceux-ci comprennent au total cinq éléments :11 deux niveaux de pensée, l’imagination et la méditation ; deux niveaux de parole, les paroles du cœur et les paroles des lèvres ; et un niveau d’action. Pourquoi l’action n’a-t-elle qu’un seul niveau ? Parce qu’en matière d’action, on fait quelque chose ou on ne le fait pas. C’est pourquoi, dans la forme du hé, le trait qui représente l’action (le segment vertical séparé du hé) est un demi-trait.

Le nombre cinq désigne aussi les cinq niveaux de l’âme : néfech, roua’h, nechama, ‘haya et ye’hida.12 Le cinquième niveau, la ye’hida, signifie l’union. On désigne couramment ce niveau de l’âme sous le nom de pintélé Yid, l’étincelle divine que possède chaque Juif. Le pintélé Yid est cette étincelle qui ne peut jamais être souillée ni éteinte, l’étincelle qui unit chaque Juif à D.ieu.

Le pintélé Yid est aussi la force qui anime la messirout néfech, le sacrifice de soi. Ce sacrifice de soi permet à un Juif de donner sa vie pour D.ieu, même s’il n’a jamais pratiqué ni ressenti consciemment de lien avec la loi ou les coutumes juives. Un Juif qui a transgressé le Chabbat ou mangé des aliments non casher, qui n’a jamais eu de mézouza à sa porte ni donné un sou à la charité, est aussi celui qui, placé devant l’ultimatum « ton D.ieu ou ta vie », est prêt à donner sa vie pour D.ieu. Cette révélation est stupéfiante. Comment est-il possible que ce Juif non pratiquant soit soudain prêt à donner sa vie pour D.ieu ? La messirout néfech se comprend chez des hommes comme Abraham ou Rabbi Akiva, qui ont étudié la Torah toute leur vie. Mais qu’en est-il de celui qui n’a jamais ouvert un livre juif et qui ne sait pas que l’hébreu se lit de droite à gauche ? La réponse est le pintélé Yid. Ce lien fondamental avec D.ieu est inhérent à notre être et ne peut jamais être rompu.

Lorsqu’il s’agit d’une mitsva comme manger casher, le Juif non pratiquant se dit : « Si je ne mange pas casher, qu’y a-t-il de si grave ? D.ieu est spirituel. Pourquoi Se soucierait-Il vraiment de ce que je mange, tant que je suis quelqu’un de bien ? Si je mange du porc, cela ne va certainement pas rompre ma relation avec D.ieu. » Ou peut-être se dit-il : « Et alors, si je ne vais pas à la choul le Chabbat et que je tonds ma pelouse à la place ! De toute façon, le sermon du rabbin est ennuyeux. Bien sûr que cela ne rompt pas ma relation avec D.ieu. D.ieu me pardonnera. Il comprendra. » Mais, lorsqu’il s’agit de renoncer à sa religion, ce même Juif comprend qu’il n’y a pas de place pour l’hésitation. « De toute évidence, D.ieu ne me pardonnerait pas d’abandonner ma foi. Ce serait affirmer clairement que je ne L’aime pas et que je ne crois pas en Lui. Dans ce cas, je suis prêt à donner ma vie plutôt que de renoncer à mon D.ieu. » C’est là le cœur même de la techouva. L’éveil qui nous pousse à revenir vient du niveau de la ye’hida de l’âme. Cette étincelle de l’âme embrase tout notre être et nourrit son retour à D.ieu.

Le nombre cinq représente aussi la délivrance. Au Séder de Pessa’h, il y a une cinquième coupe de vin, appelée la coupe d’Élie. Élie le prophète, annonciateur de la Délivrance, nous dira de faire techouva lorsque Machia’h sera sur le point de venir. Cette promesse est également représentée par cette expression de la Torah :13 « Je vous amènerai dans le pays [d’Israël]. » Maïmonide14 nous dit que, lorsque tout le peuple juif fera techouva, nous serons immédiatement délivrés.15

Signification

Le mot hé possède trois sens. Le premier est « voici », comme dans le verset « Voici de la semence pour vous »16 (hé lakhem zéra).17 Le deuxième est « être troublé », comme il est dit dans Daniel : « Et moi, Daniel, je fus troublé… (nihyéti). »18 Et le troisième est « voyez »19, comme dans « Voyez, c’est notre D.ieu… » (hiné Elokeinou…), ce qui évoque le fait de contempler une révélation. Ces trois définitions convergent. À notre naissance, lorsque nous venons au monde, D.ieu nous donne des semences (c’est-à-dire la capacité d’être productifs et de faire bon usage de notre vie). Bien souvent, cependant, nous sommes troublés, désorientés, et perdons nos objectifs de vue. Mais, en fin de compte, chaque Juif en viendra à faire techouva et à reconnaître son Créateur. Il contemplera alors la révélation de D.ieu.

En élevant notre pensée et notre parole, puis en les traduisant en actes, nous révélons la ye’hida, le cinquième niveau de l’âme et l’étincelle de Machia’h qui s’y trouve,20 et cela nous conduira à la Délivrance ultime.