Aleph (א) est la première lettre de l’alphabet hébraïque
Valeur numérique : 1
Son : aucun
Signification : 1. maître 2. enseignant 3. merveilleux
Récit
Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (1747–1812), fondateur de ‘Habad, connu comme l’Admour Hazakène, voulait enseigner l’aleph-beth à son fils. Il fit venir l’un de ses disciples dans son cabinet pour en discuter. « Tu as une mitsva et j’ai une mitsva, lui dit-il. Ta mitsva est de subvenir aux besoins de ta famille. Ma mitsva est d’enseigner à mon fils. Échangeons nos mitsvot. Tu enseigneras à mon fils, et je te paierai pour que tu puisses subvenir aux besoins de ta famille. » L’Admour Hazakène expliqua ensuite précisément comment cet enseignement devait se dérouler. « Tu commenceras par la lettre aleph. Qu’est-ce qu’un aleph ? » L’Admour Hazakène poursuivit d’une voix chantante en yiddish : « A pintelé foun oïbine, a pintelé foun ountine, a kav béemtsa — [L’aleph est] un point en haut, un point en bas et une ligne diagonale suspendue entre les deux. »1
Forme
Qu’est-ce qu’un aleph ?
S’il ne s’agissait que d’un agencement aléatoire de traits de plume destiné à inciter le lecteur à prononcer le son « a »,2 cette question serait sans objet. Chaque aspect de la construction de l’aleph a été conçu par D.ieu pour nous enseigner quelque chose. Comparez cela à un enfant qui apprend à lire le français pour la première fois. On ne lui explique jamais pourquoi un « A » majuscule ressemble à un tipi et un « a » minuscule à une bulle de savon collée à un mur.
Mais il en va autrement de l’hébreu. La forme de l’aleph est en réalité constituée de trois lettres différentes : la lettre youd (ou « un point ») en haut ; un youd (ou un point) en bas ; et un vav en diagonale, ou une ligne suspendue entre les deux.
Le youd du haut représente D.ieu, qui est bien au-delà de notre compréhension. Comparée à Son essence véritable, notre compréhension n’est qu’un point.
Le youd du bas nous représente, nous, les Yehoudim, le peuple juif qui vit ici, sur terre. Le seul moyen de saisir la sagesse de D.ieu — dans la mesure où une personne en est capable — est de faire preuve d’humilité. Lorsque nous prenons conscience que nous ne sommes qu’un point ou une infime particule face à D.ieu, tout-puissant et omnipotent, nous devenons un réceptacle apte à recevoir Sa sagesse divine.
Le vav en diagonale représente notre foi3 — qui nous unit à D.ieu.
Selon un autre enseignement4, le vav suspendu représente la Torah. Puisque c’est la Torah qui unit un Juif à D.ieu, l’aleph représente cette unité entre l’humanité et D.ieu. Tel est le tracé, ou la forme, de l’aleph.
On voit que chaque trait de l’aleph (et de toutes les autres lettres également) répond à une intention précise, et qu’apprendre l’aleph-beth va bien au-delà de la simple maîtrise de ses sons.
Guématria
Chaque lettre de l’aleph-beth a une valeur numérique, ou guématria. La guématria de l’aleph est un, chiffre qui représente D.ieu, l’Unique (ou Son unicité), comme nous le disons dans cette prière célèbre : « Écoute, Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un. »
À un niveau plus complexe, la forme de l’aleph comprend, comme nous l’avons expliqué, trois lettres : deux youd et un vav. La guématria du youd est 10 — deux youd valent donc 20. Un vav vaut 6 ; la somme des trois lettres est donc de 26. L’un des grands noms de D.ieu est le Nom à quatre lettres י-ה-ו-ה, le Tétragramme, ou Nom ineffable. La guématria du youd (=10), du hé (5), du vav (6) et du hé (5) totalise 26, comme celle du youd-vav-youd de l’aleph. Par cette correspondance entre leurs valeurs numériques respectives, l’aleph représente le Nom ineffable de D.ieu.
Signification
Le Rabbi5 explique que l’aleph a trois significations différentes. L’une est אלוף, alouf, qui signifie un maître ou un chef. La deuxième est אולפנה, oulfana, une école où l’on apprend6 ou un enseignant. Le troisième sens s’obtient en lisant les lettres du mot à l’envers — פלא, péla (prononcé pélé) — merveilleux.7
Alouf signifie « maître ». Cela enseigne au monde qu’il existe un Créateur, que D.ieu est le Maître de l’univers et qu’il y a un Œil qui voit et une Oreille qui entend. L’univers n’a pas simplement surgi de lui-même ; une Force omnipotente a bel et bien façonné les firmaments ex nihilo. D.ieu est donc l’Alouf, le Maître de l’univers.
Oulfana signifie « école » ou « enseignant ». Nous ne présentons pas seulement D.ieu comme le Créateur de l’univers, mais aussi comme l’Enseignant de toute l’humanité. Le rôle de D.ieu en tant qu’enseignant se révèle lorsqu’Il fait connaître la Torah au peuple juif. La Torah, avec ses 613 mitsvot, ou lois, nous enseigne ce que nous devons faire et ce que nous ne devons pas faire. Par la sagesse divine de Son livre, D.ieu S’affirme dans le monde comme l’Enseignant suprême.
Enfin, nous avons le troisième sens de l’aleph : pélé, « merveilleux ». Pélé représente le niveau ésotérique ou mystique de la Torah — la Kabbale et les enseignements de la pensée ‘hassidique. Connus sous le nom d’« enseignements de Machia’h », ces secrets de la Torah en constituent le niveau le plus élevé.
Le Baal Chem Tov entra un jour dans le palais céleste de Machia’h8 et lui demanda : « Machia’h, quand viendras-tu ? » Machia’h répondit : « Lorsque les sources de tes enseignements (c’est-à-dire les enseignements du ‘hassidisme) se répandront dans le monde entier. » Ce n’est que lorsque le niveau de pélé — ce niveau de pensée ésotérique merveilleuse — aura imprégné le monde que la venue de Machia’h sera imminente.
Cette idée peut aussi être reliée à un concept fondamental du Talmud. Le Talmud enseigne9 que D.ieu a créé le monde pour qu’il existe pendant 6 000 ans.10 Les 2 000 premières années sont appelées Tohou, ou chaos. Elles sont suivies de 2 000 années de Torah. Les 2 000 dernières sont les jours de Machia’h.
Qu’est-ce que cela signifie ? Rachi explique que les 2 000 premières années commencèrent avec le premier être humain, Adam. Cela correspond à la première signification de la lettre aleph : alouf — maître —, car le Midrash déclare qu’Adam amena tous les animaux et toutes les bêtes à s’incliner devant D.ieu, Le reconnaissant ainsi comme le Maître et le Créateur de l’univers. Cependant, cette époque fut qualifiée de chaos, car la Torah n’avait pas encore été révélée.
Les 2 000 années suivantes, poursuit Rachi, commencèrent avec Abraham. Abraham fit connaître la Torah. Comme l’explique le Talmud,11 Abraham étudia et accomplit toute la Torah bien avant qu’elle ne soit matériellement donnée au peuple juif au mont Sinaï. Son adhésion à la parole de D.ieu inaugura l’ère de la Torah — et donc la deuxième signification du mot aleph — oulfana, ou enseignement.
Les 2 000 dernières années sont considérées comme les jours de Machia’h ; elles correspondent au concept de pélé. Cette ère merveilleuse peut instaurer la paix et la tranquillité dans le monde entier. À ce dernier niveau de l’aleph, un enseignement du Baal Chem Tov éclaire un point intéressant. Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, fondateur de ‘Habad, connu comme l’Admour Hazakène, suggère que la différence entre les mots גולה — gola (exil) et גאולה — guéoula (délivrance) réside dans la présence de l’aleph.12 Si l’on insère un aleph dans le mot גולה (gola/exil), l’exil reçoit une force nouvelle et se transforme en גאולה (guéoula/délivrance). Ainsi, les 2 000 dernières années de la Création, l’ère de Machia’h, sont représentées par l’aleph. Ayant reçu l’aleph, le peuple juif a la force de passer de l’Exil à la Délivrance. La révélation de D.ieu comme Maître de l’univers, puis comme Enseignant, trouve son épanouissement à l’époque de Machia’h et de la Délivrance finale, lorsque D.ieu Se révélera à un niveau merveilleux. Tout cela est contenu dans la lettre aleph.

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