Voici une parabole du Baal Chem Tov :

Un roi avait un fils qui lui procurait un grand plaisir. Mais il désirait un plaisir plus grand encore.

Car il existe de nombreuses sortes de plaisirs. Il y a le plaisir devant les choses attendrissantes que fait votre enfant. Celui de le voir grandir pour devenir un véritable prince. Celui de jouer, d’apprendre et de converser avec votre fils à mesure qu’il devient prince.

Mais au cœur de tous ces plaisirs réside un plaisir intérieur qui touche le plus profond de votre être, un plaisir impossible à percevoir, impossible à connaître, impossible à exprimer. Il doit se déployer de lui-même. Et il ne peut se déployer que par l’altérité de la distance.

C’est pourquoi le roi envoya son fils découvrir le vaste monde. De fait, le fils découvrit le monde – et oublia le palais. Il oublia la joie d’être auprès de son père et la joie que son père éprouvait à être auprès de lui.

Le roi manda son fils, mais celui-ci ne revint pas. Il envoya d’éminents ministres lui parler, mais il ne les écouta pas.

Mais un sage ministre imagina une stratégie. Il troqua ses habits de ministre pour un jean, un tee-shirt et des baskets (ou quoi que l’on portât en ce temps-là). Il apprit l’argot que parlait désormais le prince. Puis il partit en moto pour se lier d’amitié avec le prince.

Le prince revint.

Le roi, expliqua le Baal Chem Tov, c’est D.ieu. Le prince, c’est vous.

Et le sage ministre représente les récits de la Torah.

Voilà ce qu’ils paraissent être – de simples récits. Mais en eux est revêtue la sagesse la plus profonde de votre Père céleste. Il s’agit en vérité d’une sagesse issue de l’essence même du Roi, si profonde qu’elle ne pouvait être exprimée, qu’elle ne pouvait être connue…

… sinon à travers un récit raconté à un enfant absorbé dans l’altérité de la distance.

Et au sein de cette sagesse, en son cœur même, réside la joie la plus profonde que D.ieu éprouve en vous, une joie irrésistible qui vous appelle à revenir chez vous.

Qu’est-ce qui fait remonter de telles profondeurs insondables à la surface, qui fait exprimer l’inexprimable, qui fait connaître l’inconnaissable ?

C’est le péril qui menace le fils du roi : qu’il soit entièrement perdu dans les ténèbres de ce monde. Ces ténèbres-là sont l’ennemi ultime, et pour vaincre un tel ennemi, toutes les options sont à considérer. Pour gagner cette guerre, le roi ouvrira grand sa salle des trésors, dévoilera ses trésors ancestraux les plus précieux, ceux dont son trésorier même ignorait l’existence, et ordonnera : « Prenez ! Prenez tout ! »

Il mettra sa vie même en jeu pour gagner cette guerre.

C’est pourquoi, dans son message à son enfant, tout y est. Son sang et son âme même, il les a mis dans ces mots, ces récits, ces enseignements destinés à un enfant perdu dans le rêve d’un monde lointain.

Dans les derniers jours de l’exil du peuple juif, en un temps où les ténèbres recouvrent la terre et où l’humanité erre dans une confusion aveugle, c’est alors qu’un message arrive d’En-Haut.

Ce qui échappait entièrement aux générations précédentes nous devient accessible. Ce que les plus grands luminaires de la Torah auraient tout donné pour connaître est désormais servi à la cuillère à nos esprits chétifs. L’inconnaissable est rendu connaissable, l’inexprimable est exprimé, et l’essence même de la Torah, de D.ieu et de nos âmes se déploie devant nous, offerte à notre regard, à notre contemplation, pour élever nos esprits et nos cœurs.

Et nous ramener chez nous.

— D’après le maamar Bati Legani 5726