Commençons par dire un mot sur le kiddouch. Dans les Dix Commandements, la Torah nous ordonne de « nous souvenir (zakhor) du jour du Chabbat pour le sanctifier ».1 Cela nous enseigne que nous devons proclamer la sainteté du Chabbat — ce que nous faisons en récitant le kiddouch. Le terme zakhor est associé au vin en de nombreux passages de l’Écriture.2 C’est pourquoi les Sages ont institué que cette mitsva s’accomplisse sur le vin. (C’est aussi la raison du vin de la havdala.)3
Le vin — boisson festive — sert également à marquer que le repas qui s’ouvre n’est pas un repas ordinaire, mais un repas spécial, joyeux et festif. (C’est la raison principale de l’usage du vin lors du kiddouch de la journée.)4
Par ailleurs, les rabbins au fil des générations ont proposé d’autres raisons expliquant pourquoi le kiddouch est récité spécifiquement sur le vin.
Le vin apporte la joie
Le vin possède un pouvoir particulier pour réjouir le cœur humain. Lorsqu’il est utilisé dans un but sacré, tel que la célébration du Chabbat, il « réjouit » aussi D.ieu.5
Une célébration nuptiale
Le Zohar décrit le Chabbat comme la « fiancée » du peuple juif. De même que les fiançailles d’une fiancée (appelées kiddouchine, « sanctification ») sont récitées sur le vin, le kiddouch est lui aussi récité sur le vin.
Toutes les bénédictions émanent de la Torah, comparée au vin. Lorsque nous sanctifions ce jour et le bénissons, c’est par la force de ce « vin ». Cela est suggéré dans le verset : « Nous évoquerons ton amour plus parfumé que le vin [מיין] ; ils t’ont aimé avec droiture. »6 Le mot hébraïque rendu par « plus que le vin » peut également se lire « du vin », c’est-à-dire que l’amour de D.ieu découle de la puissance du vin — la Torah.7
Réparer le fruit défendu
Les Sages nous enseignent qu’Adam et Ève mangèrent du fruit défendu tard le vendredi après-midi.8 En l’honneur du Chabbat, ils bénéficièrent d’un sursis de jugement jusqu’après Chabbat.9
Selon de nombreux avis, le fruit défendu était un raisin.10 Nous réparons la faute en récitant une bénédiction et en utilisant du vin de raisin pour une mitsva, au moment même où la faute s’est produite. (Il est en effet possible d’accepter le Chabbat tard le vendredi après-midi.)
La valeur numérique
Le mot hébraïque pour vin (יין) a une valeur numérique de 70 (10+10+50=70). Les versets chantés avant le kiddouch comptent 35 mots.11 La formule standard du kiddouch ajoute également deux mots supplémentaires, יום הששי, tirés de la fin du chapitre 1. Plusieurs raisons sont données : a) ils correspondent aux mots zakhor et chamor, qui nous enjoignent de nous souvenir du Chabbat et de le garder saint ; b) avec ces deux mots, les initiales des quatre premiers mots du kiddouch forment le Tétragramme (יום הששי ויכלו השמים) ; c) ils portent le total des mots à 72, correspondant à ce que l’on appelle en Kabbale le Chem ‘Abe, une manière de déployer les quatre lettres du Nom de D.ieu avec une valeur numérique de 72.12 La bénédiction même du kiddouch compte encore 35 mots. En les additionnant, on obtient 70 (35+35=70).13
Or, si vous ouvrez votre sidour et comptez, vous constaterez peut-être qu’il y a 42 mots dans la bénédiction du kiddouch. Certaines personnes ne récitent pas les sept mots qui se traduisent par « car Tu nous as choisis et sanctifiés d’entre toutes les nations ». D’autres, dont ‘Habad, les récitent. Comment arrive-t-on, dès lors, à 35 ? En ne comptant pas les mots d’ouverture Baroukh ata… acher, puisqu’ils constituent une introduction commune à de nombreuses bénédictions et ne sont pas propres au kiddouch. Le décompte commence avec le mot kidéchane, là où commence le thème central du kiddouch : la sanctification.14
Le vin du Machia’h
Nous célébrons le Chabbat comme un témoignage du fait que D.ieu créa le monde en six jours et « s’est reposé » le septième. À ce moment-là, Il mit de côté un vin particulier, destiné au repas festif qui aura lieu à la venue de Machia’h.15 De même que la semaine de travail de six jours culmine dans le Chabbat, les six millénaires de notre labeur afin de faire du monde une demeure pour D.ieu culmineront dans l’ère messianique — « le jour qui est entièrement Chabbat et quiétude, pour la vie éternelle ».16 Puisse cela advenir bientôt, de nos jours !
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