À la fin de la lecture de la Torah de Devarim, Moïse relate comment il dit aux tribus de Réouven et de Gad que leurs guerriers devaient « marcher en avant de leurs frères juifs »1 et les mener au combat. Rachi explique2 : « Puisqu’ils étaient puissants, ils marchaient en avant du peuple juif en allant au combat et les ennemis succombaient face à eux, comme il est écrit3 : “il déchire comme une proie le bras et la tête.” »
Les tribus de Réouven et de Gad allaient « en avant » du peuple juif de deux manières : a) elles s’élançaient devant les autres Juifs comme une entité à part ; b) elles se plaçaient aussi à la tête de l’armée juive.
Dans le service spirituel de l’homme, ces deux méthodes de combat représentent deux façons de vaincre l’ennemi – le mauvais penchant4 :
En « marchant en avant de leurs frères juifs », les guerriers de Réouven et de Gad se plaçaient dans un danger bien plus grand que celui du reste de la nation – preuve de messirout néfech, don total de soi. Spirituellement, cela correspond à un service divin qui transcende l’intellect, une manière de servir qui émane du plus profond de l’âme.
Les autres tribus, cependant, ne se plaçaient pas particulièrement en danger. Spirituellement, cela correspond à un degré moindre de service divin : un service limité à la compréhension de la personne, qui reflète les niveaux extérieurs de l’âme.
Cela explique pourquoi les enfants de Gad « déchiraient comme une proie le bras et la tête », c’est-à-dire qu’ils tranchaient d’un seul coup le bras et la tête de l’ennemi. Quand la logique est la seule arme dans la bataille contre le mal, il est impossible d’anéantir toutes les forces des ténèbres d’un seul coup, car il faut une manière particulière de servir pour vaincre chaque pouvoir maléfique.
Mais quand on fait appel au pouvoir spirituel transcendant du sacrifice de soi, un pouvoir tel qu’il oblitère tous les aspects du mal, alors il est possible de vaincre tout le mal — le « bras et la tête » – d’un seul coup.
En fin de compte, même la messirout néfech seule ne suffit pas ; il faut que la messirout néfech (c’est-à-dire les tribus de Gad et de Réouven) influence aussi l’intellect, l’émotion, la parole et l’action (c’est-à-dire les autres tribus). Cela s’accomplit de deux manières :
a) La messirout néfech se revêt d’intellect, d’émotion, etc., de sorte que l’accomplissement de la Torah et des mitsvot en soit nourri.5 L’aspect principal du service spirituel d’un individu demeure l’étude quotidienne de la Torah et l’accomplissement des mitsvot ; la messirout néfech n’est invoquée que comme un moyen d’améliorer ce service, et non comme une fin en soi.6
b) La messirout néfech devient une fin en soi : que ce soit dans une situation qui exige un véritable sacrifice de soi, ou une qui requiert une disposition à la messirout néfech, comme durant la prière de Néila de Yom Kippour.
Cet aspect de la messirout néfech aussi, bien qu’il ne soit pas revêtu d’intellect et d’émotion, a la capacité de les affecter. Car, comme l’explique le Tanya,7 quand le pouvoir de la messirout néfech est éveillé, il affecte automatiquement l’intellect, les émotions, la parole et l’action.
Voici donc les deux manières dont les tribus de Gad et de Réouven partirent en guerre : au commencement du service spirituel, elles se placèrent à la tête de l’armée juive, c’est-à-dire que la messirout néfech ne servait que de « tête » et dirigeait l’intellect et les émotions, etc.
Vint ensuite le degré supérieur de la messirout néfech, où ces deux tribus s’élançaient à elles seules. C’est-à-dire que la messirout néfech s’éveillait comme une entité en soi.
Basé sur Likoutei Si’hot vol. IX, p. 1-13.
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