Affamés de certitudes, rassasiés de foi

Chers amis,

Lorsque votre ordinateur se bloque ou quand votre smartphone dysfonctionne, le conseil qui est souvent donné est de l’éteindre complètement et de le rallumer. En informatique, on parle de « reboot », voire de « hard reboot » pour exprimer le fait que le système redémarre et réinstalle ses paramètres sur une mémoire de travail vidée de toute information corrompue.

Les vacances d’été sont traditionnellement un bon moment pour opérer ce même mécanisme dans notre vie. Le mois d’Eloul – le mois du bilan spirituel – est pour très bientôt, et les Fêtes Solennelles de Roch Hachana et Yom Kippour se profilent déjà à l’horizon. D’ailleurs, à partir du 15 Av que nous avons célébré cette semaine, il est de coutume de commencer à se souhaiter d’être « inscrits et scellés pour une bonne et douce année ».

Forts du conseil du premier Rabbi de ‘Habad-Loubavitch, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, de « vivre avec le temps », c’est-à-dire de puiser dans la lecture de la Torah de la semaine les ressources morales et spirituelles pour surmonter tous les défis de notre existence présente, il convient de relever dans la paracha de cette semaine, Eikev, un enseignement édifiant pour notre propos, tel que le Rabbi de Loubavitch l’expose.

Nous y trouvons en effet le verset :

« Oui, Il t’a fait souffrir et endurer la faim, et Il t’a nourri avec cette manne que tu ne connaissais pas et que n’avaient pas connue tes pères, pour te prouver que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais qu’il peut vivre de tout ce que produit la parole de D.ieu. » (Deut. 8, 3)

Au-delà du sens simple et littéral du verset selon lequel la manne fut la solution à la famine du désert, nos Sages associent la notion de famine évoquée au début du verset avec le don même de la manne, qualifiant celle-ci de « pain de famine ». Ils expliquent que le fait de voir l’aliment que l’on mange contribue au plaisir de le manger autant que la saveur de celui-ci, et que dans le cas de la manne qui avait miraculeusement le goût que l’on souhaitait, le plaisir de la vision était absent du fait de son aspect blanc et informe, ce qui faisait que les Israélites dans le désert « restaient sur leur faim » à un certain niveau. (Midrash Kohelet Rabba 5:10)

La ‘Hassidout apporte à cela son profond éclairage : il y a « le pain que l’on voit », car il s’insère dans notre construction logique. Même si mon réfrigérateur ou les placards de ma cuisine sont vides, je sais qu’il y a de la nourriture au supermarché, à la boulangerie, chez le boucher, etc, et je sais que j’ai de quoi en acheter suffisamment pour nourrir ma famille. Même si mes yeux de chair ne voient pas de pain, les yeux de mon esprit le voient, et je dors sur mes deux oreilles sachant que demain je ferai les courses et assurerai le ravitaillement du foyer. (Ceci permet de mesurer l’angoisse du pauvre qui ne sait pas de quoi demain sera fait, et doit nous encourager à redoubler d’efforts dans la tsédaka.)

La manne était une autre sorte de pain. Elle était donnée miraculeusement du ciel et chacun, riche ou pauvre, était logé à la même enseigne : tout le monde recevait exactement la même part et était rassasié par cette même part. Personne, cependant, ne pouvait dire que le lendemain la manne tomberait de nouveau. La manne du lendemain était « invisible ». Matériellement ils étaient rassasiés, mais au niveau de leurs certitudes humaines ils étaient en pleine famine. Ils durent apprendre à incorporer la confiance en D.ieu à leur fonctionnement quotidien. En ce sens, la manne a nourri et fortifié leur foi. C’est ainsi qu’elle les a à la fois « rassasiés » et « affamés ».

La leçon pour nous est claire : alors que nous nous projetons dans une nouvelle année de réussite et de prospérité, n’oublions pas que le succès est avant tout dû à la bienveillance du Créateur à notre égard. Soyons toujours conscients qu’Il est toujours au plus près de nous et qu’Il intervient dans nos vies à travers de multiples miracles visibles et invisibles, et que nous devons nous efforcer nous aussi d’être aussi proches de Lui qu’Il l’est de nous.

Chabbat Chalom !


Emmanuel Mergui
au nom de l’équipe éditoriale de Chabad.org