Quand la colombe revint avec une feuille neuve

Dans la lecture de la Torah de cette semaine, nous lisons :

« La colombe revint vers lui, et voici qu’elle tenait dans son bec une feuille d’olivier toute fraîche ; Noa’h sut alors que les eaux avaient baissé sur la terre. » (Genèse 8, 11)

Cette image a traversé les millénaires : une colombe, symbole de paix et de pureté, rapportant à Noa’h un signe de renouveau. Mais une question se pose aussitôt : comment une telle feuille a-t-elle pu exister ? Le déluge avait tout détruit, effacé jusqu’à la dernière trace de vie. D’où pouvait donc venir cet olivier, assez vigoureux pour faire pousser une nouvelle feuille ?

Nos Sages avancent diverses réponses : certains disent que la colombe prit la feuille en Terre d’Israël, où le déluge n’aurait pas eu lieu ; d’autres sont d’avis qu’elle la cueillit au Jardin d’Éden, dont les portes s’étaient ouvertes pour elle. Mais le Rabbi de Loubavitch souligne que ces explications, bien que profondes, ne conviennent pas au sens simple du verset. Si la colombe avait apporté une feuille d’un lieu épargné par les eaux, cela n’aurait rien appris à Noa’h sur la situation autour de l’arche ! Et puis, l’accès au Jardin d’Éden n’est plus ouvert à l’homme depuis la faute originelle…

La réponse, dit le Rabbi, est plus sobre, plus concrète : certains arbres, comme l’olivier, possèdent une force de vie exceptionnelle. Même après avoir été immergés longtemps, ils peuvent renaître, reverdir, repousser. C’est précisément ce qu’enseigne ce verset : la colombe rapporta non une feuille rescapée du passé, mais une feuille neuve, preuve que la terre, purifiée par les eaux du déluge, recommençait à respirer, à faire éclore une vie nouvelle.

Le déluge, explique la tradition ‘hassidique, n’était pas seulement une punition : c’était un processus de purification. À l’image des eaux d’un mikvé, il nettoya la création de sa corruption et l’éleva vers une dimension plus sainte. Le monde d’après le déluge n’était pas le même que celui d’avant ; il était passé par une immersion, une transformation.

Ainsi, la petite feuille d’olivier n’annonce pas seulement la fin de la tempête : elle porte le signe d’un monde renouvelé. Elle dit que même après la plus grande des destructions, la vie peut recommencer, plus pure, plus consciente, plus tournée vers sa mission divine.

Nous aussi, parfois, traversons nos propres déluges : des bouleversements, des pertes, des remises en question qui semblent tout emporter. Mais la leçon de la colombe est claire : si l’on garde confiance, si l’on reste fidèle à notre mission, alors émergera, du cœur des eaux, une feuille nouvelle – signe que la lumière n’a jamais cessé d’être.

Et chaque renaissance, chaque retour à la vie après une épreuve, rapproche le monde du jour où toute obscurité disparaîtra : le jour de la Délivrance véritable et complète, avec la venue de Machia’h, rapidement et de nos jours.

Chabbat Chalom !

De vos amis @ Fr.Chabad.org