Ruth était une princesse moabite d’un caractère d’une rare noblesse, qui devint l’arrière-grand-mère du Roi David. Elle était mécontente de l’idolâtrie de son peuple et, lorsque l’occasion s’en présenta, elle abandonna avec joie les titres royaux qu’elle possédait dans son pays pour mener une vie de pauvreté parmi des gens qu’elle admirait.

Et voilà comment cela se passa :

Ce fut à l’époque où les Juges régnaient sur Israël. Les enfants d’Israël n’observaient plus strictement les commandements de la Torah, ce qui leur avait valu la punition de D.ieu : une grande famine sévissait dans le pays.

À cette époque vivait un homme nommé Elimélekh. C’était un riche commerçant qui n’était pas habitué à la faim et à la pauvreté et il projetait d’échapper à cette misère en allant ailleurs. Il se rendit donc à Moab avec sa femme, Naomi, et ses deux fils.

Ruth devint l’amie de cette famille juive. Elle se mit à admirer leurs lois et leurs coutumes. Le mécontentement qu’elle avait toujours ressenti devant l’idolâtrie insensée de son peuple finit par se changer en répugnance. Aussi, lorsqu’un des fils de Naomi exprima le désir de l’épouser, Ruth en fut à la fois heureuse et fière. Elle n’avait aucun regret à la pensée de ce qu’elle abandonnait :une vie de luxe au palais, ses titres royaux, ainsi que la richesse et l’honneur dans un avenir plus ou moins proche. Elle ne voyait que l’égoïsme et la cruauté de son peuple, comparés aux qualités des Juifs auxquels elle s’était désormais attachée.

Mais, quelque temps après, Elimélekh et ses deux fils moururent. Naomi, devenue veuve, ne savait où aller ni que faire. Un beau jour, elle dit à Ruth et à son autre belle-fille Orpa, également moabite :

« Mes filles, il faut que je m’en aille. J’ai décidé de retourner dans ma ville natale, Bethléhem. La vie ne doit pas être agréable là-bas et il n’y a donc aucune raison que vous souffriez aussi. Acceptez le conseil que je vous donne et retournez à la maison de vos parents. Vos maris sont morts. Peut-être, dans votre pays, pourriez-vous vous remarier. Moi, j’ai perdu à tout jamais mes fils, mais vous qui êtes jeunes, vous pouvez trouver un autre mari. »

Orpa avait l’air triste. Finalement, elle embrassa sa belle-mère et lui dit au revoir. Mais Ruth, les larmes aux yeux, s’accrocha à Naomi en lui demandant de lui permettre d’aller avec elle. Elle la supplia en ces termes :

« Ne me presse pas de te quitter pour m’éloigner de toi : car où tu iras, j’irai ; où tu demeureras, je demeurerai. Ton peuple sera mon peuple, ton D.ieu sera mon D.ieu ; où tu mourras, je veux mourir et être ensevelie. Que l’Éternel me traite avec la rigueur la plus extrême, si rien autre que la mort me sépare de toi. »

Ruth savait très bien ce qu’elle faisait, car Naomi avait attiré son attention sur les difficultés que les Juifs rencontraient continuellement. Cependant, Ruth resta ferme dans sa résolution de suivre sa belle-mère et de rester fidèle à la religion qu’elle chérissait tant.

Plus tard, Ruth fut récompensée à juste titre de sa grandeur d’âme, mais, même au temps de sa pauvreté, elle ne regretta jamais.


Lorsque Ruth et Naomi arrivèrent dans le pays de Juda, la moisson battait son plein. Les deux femmes étaient fourbues de fatigue après leur long voyage. Ruth réussit à persuader Naomi de rester chez elle, tandis qu’elle se rendrait aux champs de Bethléem, afin de trouver quelque nourriture pour sa belle-mère et pour elle-même.

Ruth s’approcha d’un champ dans lequel de nombreux hommes étaient occupés à faucher le blé, tandis que d’autres le liaient en gerbes, l’entassaient sur les chars et le transportaient ailleurs.

D’une allure un peu hésitante, mais poussée par la faim et par la pensée qu’elle devait apporter coûte que coûte quelque chose à manger à sa chère belle-mère, Ruth entra dans le champ, s’assit et attendit sa chance.

Soudain, une voix agréable la fit sursauter : « Sois la bienvenue, étrangère. Viens plus loin dans le champ. Ne sois pas timide. Glane quelques épis et mange à ta faim ! »

L’homme qui lui parlait était Boaz, le propriétaire du champ. Boaz était Juge d’Israël à cette époque.

Ruth le remercia et glana quelques épis. Elle allait repartir, lorsque la même voix aimable la pria instamment de rester un petit peu et de ramasser ce que les moissonneurs avaient laissé dans les coins du champ comme « Péah ».

– Qu’est-ce que la Péah ?, demanda Ruth.

Et Boaz lui donna l’explication suivante :

– Dans notre Torah, il est indiqué que lorsque le propriétaire d’un champ fait la moisson, il doit laisser un coin du champ pour les pauvres, les nécessiteux et les étrangers, pour qu’ils viennent récolter eux-mêmes et en profitent.

Ruth ne cacha pas sa joie. Elle resta, coupa le blé dans un coin du champ et se prépara ensuite à aller chez elle.

– Il ne faut pas que tu partes déjà, dit Boaz. Pourquoi ne resterais-tu pas pour profiter du Léketh (glanure) ?

– Que signifie Léketh ?, demanda encore Ruth.

– Suivant notre Torah, lorsqu’un moissonneur a manqué de couper le blé avec sa faux, ou qu’il en laisse tomber, il lui est désormais interdit de prendre ce blé, et il doit le laisser pour que les pauvres et les étrangers puissent venir et le ramasser, expliqua Boaz patiemment. Ce faisant, il se disait qu’il n’avait jamais rencontré de dame d’aspect aussi noble.

Ruth ne dit rien mais ne vit aucune raison de ne pas profiter des lois de la Torah, qu’elle avait acceptées avec tant d’enthousiasme.

Après avoir rempli tout un panier, elle se dirigea vers Boaz pour le remercier de sa gentillesse avant de partir.

– Tu ne dois pas déjà partir, dit gentiment Boaz. Il reste encore la Chik’ha (gerbes oubliées) à prendre.

– Les largesses de la Torah pour les moins fortunés sont illimitées !, s’écria Ruth. Mais veuillez avoir l’amabilité de m’expliquer le sens du mot Chik’ha.

– Lorsque le propriétaire d’un champ fait transporter le blé dans ses granges, il se peut que les ouvriers oublient quelques gerbes qui restent dans le champ. La Torah interdit aux ouvriers ou aux propriétaires de retourner pour les ramasser. Ces gerbes doivent rester pour les pauvres, les veuves, les orphelins et les étrangers.

Ruth fut heureuse de sa bonne fortune. Elle avait ramassé presque plus qu’elle ne pouvait porter. Naomi et elle avaient donc suffisamment de provisions pour vivre quelque temps. Elle remercia Boaz et celui-ci lui fit promettre de revenir. Entre-temps, Boaz s’était renseigné sur la belle étrangère qui avait capturé son cœur et avait découvert qu’elle était la belle-fille désormais veuve de Naomi.

Ruth, toute émue, se hâta de rejoindre sa belle-mère à qui elle raconta tout ce qui lui était arrivé dans les champs de Boaz. Naomi était heureuse du succès de Ruth et qu’elle avait trouvé grâce aux yeux de Boaz, le grand propriétaire terrien, parent d’Elimélekh. Ainsi, lorsque Boaz demanda à Ruth de l’épouser, Naomi lui conseilla fortement ce mariage.

C’est ainsi que Ruth fut récompensée d’une manière inattendue et devint riche et heureuse. Elle et Boaz furent bénis d’avoir des descendants qui devinrent célèbres dans l’histoire. Elle vécut assez longtemps pour voir son arrière-petit-fils David, que D.ieu choisit pour être le bien-aimé roi oint de tout le peuple juif.

Car Ruth et Boaz eurent un fils nommé Obed, qui fut le père de Yichaï (Jessé), et David fut le plus jeune fils de Yichaï.