Né en 1902, le Rabbi emmenagea dans la grande ville ukrainienne de Yekaterinoslav en 1909, lorsque son estimé père, Rabbi Lévi Its’hak Schneerson (1878–1944), fut nommé grand-rabbin de la cité. À l’âge de 13 ans, le Rabbi était déjà reconnu pour sa piété et sa maîtrise de tous les domaines de la Torah. La bar-mitsva du Rabbi eut lieu à Yekaterinoslav le vendredi 11 Nissan 5675 (26 mars 1915), et de nombreux invités de tous horizons se joignirent aux célébrations. Comme il s’agissait de la première fête personnelle du grand-rabbin depuis sa prise de fonctions, ce fut la première occasion pour de nombreux dirigeants communautaires d’exprimer leur respect et leur affection envers leur guide spirituel.

Nous présentons ci-dessous deux extraits — courts, mais riches par leur contexte — tirés des mémoires de la mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hanna Schneerson, décrivant les célébrations de la bar-mitsva à Yekaterinoslav. De plus, nous vous proposons une description similaire de la bar-mitsva, telle que la Rabbanit ‘Hanna la relata au journaliste yiddish N. Gordon, publiée en 1964. Bien que ces trois textes soient semblables, chacun comporte des détails que les autres omettent ; nous vous les présentons donc tous dans leur version originale.



Le 18 Nissan 5711 (24 avril 1951), la Rabbanit ‘Hanna consigna ce qui suit dans ses mémoires :

Je crois qu’il se souvient du sujet de son discours lors de sa bar-mitsva. Il prononça deux discours, me semble-t-il, l’un sur un sujet de la « Torah révélée » [Talmud-Halakha] et l’autre sur un sujet de la « Torah cachée » [‘Hassidout-Kabbale].

Un grand nombre d’invités étaient présents, car nous avions beaucoup de bons amis. De surcroît, ce fut à cette époque que les ‘hassidim réussirent à faire accepter leur propre candidat — mon mari — comme rav de la ville. Par conséquent, de nombreux convives vinrent même sans y avoir été conviés.

La célébration se déroula un Chabbat,1 et le farbrenguen se prolongea jusqu’après la havdala.2

Je ne me trouvais pas dans la pièce où notre fils prononça ses discours. Cependant, tous en furent indiciblement bouleversés. Je me souviens de l’ingénieur Sergueï Paley — qui possédait un esprit vif et une grande érudition en Torah — qui s’approcha de moi pour me dire : « C’est la première fois de ma vie que j’entends une telle érudition de la part d’un garçon de cet âge. »

Le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie (vers la fin des années 1920)
Le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie (vers la fin des années 1920)

À ce moment-là, le père du bar-mitsva — mon mari — exhorta l’enfant à lui faire une promesse, mais le jeune garçon n’était pas tout à fait disposé à s’y engager.

Il était manifeste, sur les visages de ceux qui sortaient de la pièce — jeunes ou vieux, pratiquants ou non —, qu’ils avaient pleuré. Il y régnait une atmosphère que je ne saurais tout simplement pas décrire. Il fallut de nombreuses heures avant que notre fils ne donnât à son père la réponse favorable que ce dernier lui demandait.

Tous prirent ensuite part à des danses entraînantes, leurs visages portant encore les marques de leurs larmes passées, mais désormais mêlées à une joie intense. Ils étaient tous transportés dans un autre monde.

Notre fils était un garçon svelte, au visage fin reflétant une inspiration intérieure — d’une envergure que l’on rencontre rarement.


Le 1er Adar I 5719 (9 février 1959), la Rabbanit ‘Hanna consigna ce qui suit dans ses mémoires :

En cette période où nous espérons une bonne semaine, et où c’est également Roch ‘Hodech, particulièrement du mois d’Adar, lorsque « nous augmentons dans la joie »,3 je devrais écrire le cœur joyeux.

Cependant, je suis assise seule à la maison, pas si enthousiaste. Le 28 Tévet, j’ai atteint l’âge de 79 ans. D.ieu merci, j’ai pu continuer d’avancer jusqu’à présent dans mon état actuel, tant sur le plan émotionnel que physique, mais cela devient chaque jour plus difficile.

Cette semaine eut lieu la célébration de la bar-mitsva du fils d’un ami. Cela me rappela la bar-mitsva de mon fils aîné, qu’il vive longtemps en bonne santé et connaisse le succès. Nous avons célébré toutes les bar-mitsvas de nos fils de belle manière. Mais celle de mon fils aîné fut quelque chose de spécial, d’extraordinaire, d’un niveau hautement sublime. Ce fut la première fête personnelle de notre famille.

Rabbi Levi Its'hak Schneerson (1878–1944)
Rabbi Levi Its'hak Schneerson (1878–1944)

Mon mari, de mémoire bénie, était tenu en haute estime. Et ce, malgré les « douleurs d’enfantement » initiales de sa fonction rabbinique en raison de l’opposition des non-‘hassidim et des sionistes à l’encontre de Loubavitch, qu’il incarnait à leurs yeux, et c’est la raison pour laquelle ils refusaient d’accepter sa nomination. Mais cela faisait alors déjà sept ans que nous vivions dans la ville, et nos partisans étaient fiers des accomplissements de mon mari, tandis que ses opposants avaient souvent exprimé leurs remords. À présent, les deux camps avaient l’occasion d’exprimer leurs sentiments.

Pour nos bons amis, ce fut une véritable fête, qui se traduisit par une proximité merveilleusement amicale, laissant un souvenir exquis, tel que je m’en souviens aujourd’hui.

L’événement se tint un Chabbat, et de nombreux invités y assistèrent. À cette époque, nous avions une vaste demeure, et toutes ses pièces étaient combles. En raison de l’affluence, il y avait un chassé-croisé constant d’invités, certains partant tandis que de nouveaux arrivaient pour prendre leur place. J’avais beaucoup d’invitées féminines, et il y avait également de nombreux jeunes. Tous ces groupes comprenaient des convives issus de tous milieux.

Je ne me souviens pas exactement à quelle heure cela commença, probablement vers midi, après la conclusion des prières à la synagogue. Les hommes prirent place dans le grand salon, tandis que nous, les femmes, étions dans la grande salle à manger. Bien entendu, les tables étaient magnifiquement dressées avec une nourriture abondante, tant pour les hommes que pour les femmes.

Vers 15 ou 16 heures, nous vîmes certains des invités masculins, jeunes et vieux, sortir le visage en larmes. J’essayai de regarder à l’intérieur du salon principal pour découvrir la raison de leurs pleurs, mais il y avait tant de monde que je ne pouvais rien voir à travers toutes ces têtes.

La Rabbanit 'Hanna Schneerson (1880–1964)
La Rabbanit 'Hanna Schneerson (1880–1964)

Lorsque je questionnai ceux qui s’étaient trouvés à l’intérieur, ils m’apprirent que le père — mon mari — avait demandé à notre fils (qu’il vive longtemps) de lui faire une promesse. Je n’étais pas à l’intérieur, je ne connais donc pas le déroulement exact des événements. Mais la réponse de notre fils, apparemment, ne fut pas immédiate. Tous furent émerveillés par la grande force de caractère d’un si jeune garçon, qui se montrait si mesuré et prudent avant de donner sa réponse.

Je ne connais pas les détails de ce qui se produisit réellement là-bas, mais vers 18 ou 19 heures — je me souviens qu’il ne faisait plus très clair —, les visages en pleurs que j’avais vus auparavant devinrent très joyeux. Nous entendîmes alors, venant de l’intérieur, le son de danses et de chants si joyeux, et l’allégresse devint si intense qu’elle gagna également ceux qui se trouvaient à l’extérieur. L’on sentait que cette réjouissance enthousiaste revêtait une signification profonde, et que tant la nature de la demande que celui qui avait donné sa réponse resteraient longtemps gravés dans les mémoires.


Dans Di Yiddishe Heim, Kislev 5724 (p. 5), N. Ben-Yohanan (Nissan Gordon) écrit ce qu’il a entendu de la Rabbanit :

« Au sujet de la grande célébration de la bar-mitsva qui se tint à Yekaterinoslav, la Rabbanit se souvient à ce jour qu’après son discours, qui marqua profondément tous les invités, le garçon bar-mitsva pleura intensément, et de nombreux convives qui y assistèrent furent également poussés à pleurer.

« [La Rabbanit] entendit que son mari avait insisté pour que le bar-mitsva lui fît une certaine promesse, bien qu’elle n’eût aucune idée de ce dont il s’agissait. Elle se souvient, en revanche, que dans la soirée, à l’issue du Chabbat, lorsque le bar-mitsva accepta de donner sa parole comme son père le lui demandait, une grande réjouissance s’ensuivit, avec des danses jusque tard dans la nuit.

« Qui sait ? Peut-être le père et le fils discutaient-ils déjà de questions relatives à l’avenir de ‘Habad-Loubavitch ? »