Un paradoxe dans le temps
Les Trois Semaines qui s’écoulent entre le 17 Tamouz et le 9 Av sont appelées par nos Sages Beïn Hametsarim (« entre les constrictions ») et sont marquées par plusieurs coutumes de deuil.1
Comme son nom l’indique, il s’agit d’une période difficile : elle commémore les calamités survenues entre la brèche ouverte dans les murailles de Jérusalem et la destruction du Beth Hamikdach lui-même. Même de nos jours, elle est considérée comme une période défavorable pour le peuple juif.2
Malgré ces associations tragiques, cette période est marquée par de puissantes influences spirituelles positives. Sur le plan temporel, cela se reflète dans le fait que Beïn Hametsarim tombe en été. Tout ce qui se produit dans notre monde matériel reflète les forces spirituelles correspondantes qui opèrent dans les sphères supérieures. De plus, la manière dont tout élément fonctionne sur le plan physique résulte de la relation entre ces forces spirituelles, qui sont à l’origine de toute existence matérielle.
En ce sens, chaque réalité tangible illustre matériellement ces forces. Par exemple : le soleil est associé au Nom divin à quatre lettres, Youd-Ké-Vav-Ké. Comme il est écrit3 : « Car Youd-Ké-Vav-Ké et Elokim4 sont comme le soleil et [son] bouclier. » Le Nom Youd-Ké-Vav-Ké exprime les attributs divins de miséricorde5 et de révélation.6 L’intensité du rayonnement solaire, notamment durant les Trois Semaines où il atteint son apogée, témoigne ainsi d’une expression particulièrement forte de la miséricorde divine.
Ce que D.ieu fait par amour
La nature tragique des Trois Semaines et leur statut de période d’expression de la miséricorde divine ne s’excluent pas mutuellement. La force motrice intérieure de cette période est l’amour de D.ieu. Cependant, un amour véritable peut parfois exiger une conduite qui semble dure. Lorsqu’un père réprimande son fils, cela est désagréable tant pour le fils que pour le père, mais il ne fait pas de doute que ce dernier n’agit que par profonde préoccupation pour le développement et le devenir de son enfant.
De même, nettoyer un enfant en bas âge qui s’est souillé7 n’est pas toujours agréable. Pour qu’un père soumette son bébé à cette gêne, il faut un amour désintéressé, suffisamment fort pour surpasser sa répugnance naturelle à causer une gêne à son enfant. Tel est l’amour caché au cœur des Trois Semaines.
L’aspect positif et manifeste de cet amour sera révélé à l’ère de la Délivrance, lorsque « tous les jeûnes [commémoratifs] seront abolis et transformés en fêtes et en jours de joie ».8 À ce moment-là, la dimension cachée de l’amour divin émergera au grand jour.
Un avant-goût de la Délivrance
À notre époque, nous nous tenons au seuil de la Délivrance ; en réalité, nous sommes déjà en train de franchir ce seuil.9 La Délivrance n’est plus un rêve lointain : elle devient une réalité de plus en plus tangible. Nous pouvons d’ores et déjà en goûter les prémices et percevoir l’aspect positif des Trois Semaines, même si nous sommes encore en exil.
Bien que nos Sages enseignent que « lorsqu’entre le mois de Av, on diminue la joie »,10 les réjouissances liées à une mitsva restent permises.11 Pour exprimer notre reconnaissance envers l’aspect positif des Trois Semaines, nous devrions saisir toute occasion de célébrer de tels événements.12 Par exemple, durant chacun des Neuf Jours du mois de Av,13 on peut célébrer la conclusion festive de l’étude d’un traité talmudique par un siyoum.14
Construire le Beth Hamikdach
Notre accent mis sur l’aspect positif des Trois Semaines devrait aussi nous inciter à intensifier notre étude des lois régissant la construction du Beth Hamikdach. Cela concentrera notre attention sur sa reconstruction plutôt que sur sa destruction.
Lorsque D.ieu révéla au prophète Yé’hezkel les détails structurels du futur Beth Hamikdach, Il lui dit :15 « Fais connaître à la maison d’Israël le Temple… et mesure son plan. »
Yé’hezkel, comme le rapportent nos Sages,16 répondit :
« Maître de l’univers ! Pourquoi me demandes-Tu d’annoncer à Israël la forme du Temple ?... Ils sont en exil sur la terre de nos ennemis. Que peuvent-ils faire ? Laisse-les tranquilles jusqu’à ce qu’ils reviennent d’exil. Alors, j’irai les en informer. »
D.ieu répondit : « Faut-il négliger la construction de Ma Maison sous prétexte que Mes enfants sont en exil ?... L’étude de la description du Beth Hamikdach dans la Torah est considérée comme équivalente à sa construction effective. Va, dis-leur d’étudier la forme du Beth Hamikdach. Et en récompense de leur étude…, Je la considérerai comme s’ils l’avaient réellement construit ! »
Parmi les 613 commandements de la Torah se trouve la mitsva de construire un Sanctuaire,17 dont l’accomplissement incombe à tout homme et toute femme juifs.18 Il ressort clairement du Midrash ci-dessus qu’en étudiant les lois du Beth Hamikdach, on accomplit cette mitsva, puisque D.ieu qualifie cette étude de « construction de Ma Maison ».
Un concept similaire s’exprime dans le choix du Rambam d’introduire le Sefer Avoda (« Livre du Service divin ») par le verset19 : « Recherchez le bien de Jérusalem, ceux qui t’aiment trouveront le repos. » Ce choix implique une obligation de « rechercher le bien de Jérusalem » et de se soucier de la structure du Beth Hamikdach, même si nous ne sommes pas actuellement capables de le bâtir.20
Si ces idées étaient connues des générations précédentes, elles prennent une portée toute particulière aujourd’hui, car il existe une différence entre étudier les lois d’une mitsva que l’on s’apprête à accomplir et celles d’un sujet purement théorique. Nous devons étudier les lois du Beth Hamikdach avec la même attente qu’un garçon de bar-mitsva apprenant les lois des téfiline. Car dans un avenir très proche, nous participerons effectivement à la construction de ce que nous étudions.
Une telle étude servira de catalyseur pour révéler l’aspect positif des Trois Semaines. Alors, nous mériterons l’accomplissement de cette prière21 : « Reconstruis Ta Maison comme jadis et établis Ton Sanctuaire à son emplacement ; que nous puissions contempler sa construction et nous réjouir de son achèvement. » Que cela se produise dans un avenir immédiat.
(Adapté de Likoutei Si’hot, vol. 18, Youd-Beth Tamouz et Beïn Hametsarim)
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