Lorsque tu bâtiras une maison neuve, tu feras une balustrade autour de ton toit, afin de ne pas mettre de sang dans ta maison si quelqu’un venait à en tomber.1

Autrefois, les maisons avaient apparemment le plus souvent un toit plat. Servait-il d’espace de loisirs ou de lieu de stockage ? Je ne saurais le dire, mais la Torah nous prescrit cette semaine de construire autour de ces toits un solide ma’aké, une balustrade ou un garde-fou. Certes, nous croyons aux miracles, mais il nous est interdit de compter sur eux : toutes les précautions de sécurité doivent être prises.

« Lorsque tu bâtiras une maison neuve » peut se comprendre au sens littéral : un toit plat doit être entouré d’une véritable barrière. Mais cette phrase peut également se comprendre au sens figuré, à propos de jeunes mariés qui fondent un nouveau foyer. Eux aussi ont besoin d’une protection, d’une forme de sécurité spirituelle.

Et cela ne concerne pas seulement les foyers et les maisons. Toute nouvelle entreprise doit s’entourer de contrôles et de garde-fous pour demeurer sûre.

Le judaïsme condamne-t-il le changement ? Bien sûr que non. Une chose est-elle tréfa simplement parce qu’elle est nouvelle ? À D.ieu ne plaise ! Absolument pas. Le progrès est permis, positif et nécessaire. Nous devrions sans cesse construire, développer, étendre et grandir, sans jamais nous satisfaire du statu quo. C’est cela, le progrès. Dans le même temps, nous devons nous souvenir de nos garde-fous.

Quelques exemples me viennent à l’esprit.

Le nucléaire peut fournir l’énergie dont ont grand besoin des millions de foyers sur des continents entiers. La médecine nucléaire peut, elle aussi, apporter la guérison à des patients pour lesquels les traitements traditionnels se sont révélés insuffisants. Mais, livrée à elle-même, sans entraves ni contrôles, cette « maison neuve » peut détruire le monde !

Et le génie génétique ? Il peut résoudre de nombreux problèmes de santé et éliminer des maladies génétiques qui ont causé tant de souffrances humaines. Il permet de nouvelles avancées dans les traitements contre l’infertilité, offrant à certains le don de devenir parents, qui leur était jusqu’alors inaccessible. Mais, livré à lui-même, il fait passer « Ces garçons qui venaient du Brésil » de la science-fiction à la réalité. Imaginez des laboratoires qui cloneraient des surhommes !

Il y a ensuite toutes les nouvelles technologies dont nous bénéficions aujourd’hui. Internet, les réseaux sociaux, la communication mondiale instantanée – tout cela est fantastique – mais, sans « garde-fou », ces outils peuvent se révéler franchement dangereux et donner lieu à de graves abus. Voulons-nous engendrer une génération de zombies analphabètes ? Une planète obnubilée par le virtuel, peuplée d’ignares du numérique incapables d’adresser plus de trois mots monosyllabiques à un autre être humain ? Une génération de robots technologiques immatures et impersonnels ? Et combien de jeunes ont perdu leur innocence en ayant un accès illimité à tous les sites qu’ils n’auraient jamais dû consulter ?

Et qu’en est-il du monde juif ?

Au tournant du siècle dernier, des millions d’immigrants juifs d’Europe de l’Est arrivèrent dans le Nouveau Monde et fondèrent de nouveaux foyers dans de nouveaux pays. Mais, pour beaucoup trop d’entre eux, il n’y eut aucun garde-fou.

Pris dans les difficultés de la lutte quotidienne pour gagner leur vie, beaucoup ne songeaient qu’à offrir à leurs enfants une vie matériellement meilleure que celle qu’ils avaient eux-mêmes connue et, malheureusement, il ne leur restait guère de temps à consacrer à l’éducation juive de leurs enfants. Le mal était si répandu qu’il donna naissance à un cliché bien connu : Ils étaient si occupés à donner à leurs enfants ce qu’ils n’avaient jamais eu qu’ils oublièrent de leur transmettre ce qu’ils avaient, à savoir une éducation juive et l’attachement à leur identité, à leur histoire et à leur héritage juifs.

Aujourd’hui encore, lorsque des familles quittent un pays ou une communauté pour s’installer ailleurs, elles ont souvent le sentiment de devoir consacrer toutes leurs ressources à leur installation et de ne pouvoir en aucun cas financer la scolarité de leurs enfants dans une école juive privée. Mais, sans éducation juive, quelle chance ont-ils de résister aux séductions du creuset environnant ?

Parfois, nous faisons ces choix en connaissance de cause. Que puis-je faire, Rav ? J’habite trop loin de toute communauté juive. Mais pourquoi avoir choisi de vous installer là-bas ? Cela me rappelle l’adolescent qui tua ses propres parents, puis demanda au tribunal de faire preuve de clémence au motif qu’il était orphelin !

Le progrès est permis, et même souhaitable, mais pas à n’importe quel prix.

Si D.ieu le veut, nous construirons tous de nouveaux foyers, ferons grandir de nouvelles communautés et développerons de nouvelles entreprises et innovations. Dans le même temps, souvenons-nous de construire ces barrières et ces balustrades qui préserveront notre sécurité, tant physique que spirituelle.