Pekoudei – Le Tabernacle et les vêtements des prêtres

Dans sa dernière partie, le livre de l’Exode commence par nous énumérer ceux que Moïse préposa (pekoudei, en hébreu) au fonctionnement et au transport du Tabernacle. Une fois achevé le récit sur la manière dont les artisans façonnèrent les composants du Tabernacle, la Torah décrit la confection des vêtements des prêtres par les mêmes artisans et, enfin, comment le Tabernacle fut dressé.

La paracha de Pekoudei commence par faire l’inventaire de tous les matériaux collectés pour la fabrication du Tabernacle, son équipement et les vêtements des prêtres. La première partie relate comment les artisans confectionnèrent ces vêtements en répétant essentiellement la première moitié de la paracha de Tetsavé, mais la forme verbale dominante, « tu feras », devient ici « ils firent ».

Comme nous l’avons vu à propos de la paracha précédente, Vayakhel, cette apparente redondance met en relief la différence existant entre la vision abstraite et idéalisée du Tabernacle qu’avait Moïse et le Tabernacle concret, construit par le peuple. La question est posée ainsi afin de souligner que c’est bien le Tabernacle matériel qui concrétise la volonté de Dieu de faire de ce monde Sa demeure.

La seconde moitié de cette paracha retrace le moment où les artisans apportèrent la totalité de leur travail à Moïse, l’ordre divin donné à Moïse d’ériger le Tabernacle le 1er Nissan, et comment il fut dressé le jour dit, la nuée qui manifestait la présence de Dieu se posant ensuite dessus.

Le nom de cette parachaPekoudei – signifie également « les comptes de », en référence aux quantités de matériaux fournis par le peuple à Moïse dans le but de construire le Tabernacle. À l’instar du nom de la paracha précédente – Vayakhel –, le nom de cette paracha se réfère à une masse d’entités individuelles, mais, si le terme Vayakhel (« et il rassembla ») décrit la combinaison de ces unités en un ensemble, pekoudei met en relief l’identité de chaque entité, qui, comme telle, est comptabilisée séparément.

Comme Vayakhel, le nom Pekoudei semble au premier abord incompatible avec le contenu de la paracha. Certes, Pekoudei décrit par le détail la façon dont les artisans confectionnèrent les vêtements des prêtres, mais la partie la plus importante de la paracha se consacre à décrire les trois étapes au cours desquelles les dons du peuple devinrent un tout organique : lorsqu’ils furent apportés à Moïse, lorsque Dieu ordonna à Moïse d’ériger le Tabernacle, et lorsque Moïse se consacra à la tâche.

La réponse, de la même façon que pour la difficulté analogue rencontrée dans la paracha de Vayakhel, est que chaque élément du Tabernacle possède une sainteté unique et remplit une fonction unique, mais ceci par la seule vertu d’être une partie intégrante du Tabernacle. Ce n’est que lorsque le Tabernacle fut achevé, et que chacun de ses éléments fut en place, que chacun d’eux assuma son rôle spécifique et devint investi de son efficacité spirituelle.

L’enseignement induit dans le nom de la paracha est, tout d’abord, que chacun de nous possède une valeur intrinsèque nous rendant égaux à tous les autres individus du peuple juif, peu importe notre position sur l’échelle de la spiritualité. Les deux parachas de Vayakhel et de Pekoudei nous enseignent donc une même leçon – celle de l’unité juive – à partir de perspectives opposées. De Vayakhel nous apprenons que chacun de nous est une partie intégrante du tout ; de Pekoudei, que chacun de nous a une valeur intrinsèque en tant qu’individu.

D’autre part, le fait que les éléments du Tabernacle ne commencèrent à être en fonction qu’une fois installé le Tabernacle tout entier nous rappelle que tout acte que nous accomplissons au nom de la communauté ne vise pas seulement au bien collectif, mais aussi à nous permettre de réaliser nos objectifs divins uniques et particuliers.

Ainsi, les parachas jumelles de Vayakhel et de Pekoudei consolident le thème commun au livre de l’Exode – Chemot, les « noms » ou l’« identité » du peuple juif dans son ensemble et en tant qu’individus. Cette fusion de nos identités individuelle et communautaire est un aspect essentiel de la Délivrance au sens large – l’autre grand thème du livre de l’Exode. En premier lieu, l’unité de notre peuple est la clé pour aboutir à la Délivrance :1 dès lors que la haine gratuite fut la cause principale de l’exil, l’amour fraternel en est le remède logique. En second lieu, la Délivrance elle-même se produira de telle manière qu’elle approfondira nos identités tant individuelles que communautaires. C’est ainsi que nous serons délivrés en tant que peuple, comme il est dit : « Une grande assemblée reviendra ici »,2 mais, en outre : « Vous serez rassemblés un par un. »3