Des missiles au messie

Hier, Jérusalem a vécu Chouchane Pourim d’une manière que l’on n’oublie pas. Alors que, vue d’ailleurs, la ville sainte semblait « en retard » d’un jour, elle portait en réalité le poids d’un autre calendrier : celui des alertes, des abris, du ciel scruté entre deux notifications. Et pourtant, la Méguila a été lue. Des michloa’h manot ont été préparés. Des enfants ont enfilé leurs costumes. La joie n’a pas été naïve ; elle a été courageuse.

Amalek n’est pas seulement un ennemi ancien, un nom figé dans un parchemin. Amalek est une force de refroidissement. Il ne cherche pas toujours à convaincre ; il cherche à éteindre. Pas forcément par des arguments, mais par une indifférence glacée qui murmure : « Tout cela n’a pas de sens. » Là où d’autres fautes naissent d’un désir ou d’une faiblesse, Amalek s’attaque au nerf même de l’âme : la capacité de croire qu’il existe une vérité, une bonté, une direction.

Ces derniers jours, dans les abris de Jérusalem, la foi n’avait rien de spectaculaire. Elle ressemblait à un outil qu’on retrouve exactement là où on l’avait posé. Une phrase revenait, simple, presque factuelle : « Nous savons comment l’histoire finit. » Non pas comme une formule pour se rassurer, mais comme une lucidité. Comme si la Méguila, relue chaque année, avait fini par devenir une paire de lunettes : on voit le présent sans le minimiser, mais on refuse qu’il soit le dernier mot.

C’est peut-être cela, la réponse la plus profonde à Amalek : refuser le cynisme. Refuser de laisser la fatigue se transformer en froideur. Car nous aussi, parfois, nous entrons dans des abris intérieurs : une inquiétude qui s’installe, une lassitude qui rend les choses grises, une ironie qui protège mais qui isole. D’où l’urgence de réchauffer le monde, concrètement : une mitsva de plus, un acte de tsédaka, une parole qui relève au lieu de piquer, un geste d’unité au lieu d’un jugement. Et, surtout, la sim’ha : cette joie qui n’est pas un oubli, mais une lumière.

Pourim l’a dit hier, à Jérusalem, avec une force particulière : « Pour les Juifs, il y eut lumière, joie, allégresse et honneur. » Quand nous choisissons la lumière, même à petite échelle, nous faisons reculer ce froid, et nous rapprochons le monde de sa vérité ultime – la venue de Machia’h, lorsque la bonté cessera d’être une résistance pour devenir l’air naturel de l’humanité.

Chabbat Chalom !

Vos amis @ Fr.Chabad.org