Vaye’hi
Laver sa chemise dans le vin?
Dans la lecture de la Torah de cette semaine, Vayé’hi, nous lisons :
« Il attache son âne à la vigne, et le petit de son ânesse à un sarment choisi. Il lave son vêtement dans le vin, et son manteau dans le sang des raisins. Ses yeux sont plus rouges que le vin, et ses dents plus blanches que le lait. » — Genèse 49, 12-12
Ces paroles, prononcées par Jacob à l’adresse de son fils Juda, résonnent comme une bénédiction à la fois concrète et profondément intérieure. Elles évoquent une terre fertile, riche de vin et de lait, mais dessinent surtout une manière d’être au monde. Car, chez Juda, ce n’est pas la contemplation qui est mise en avant, mais l’action : une action assumée, parfois coûteuse, toujours responsable.
La tradition ‘hassidique enseigne que les premiers fils de Jacob incarnaient des élans spirituels intérieurs : Ruben, l’amour ; Simon, la crainte ; Lévi, la proximité. Juda, lui, fut choisi pour conduire, non parce qu’il aurait été plus élevé que les autres, mais parce qu’il savait agir. Il savait reconnaître ses erreurs, en porter le poids, et continuer malgré l’embarras. Cette capacité à se traduire en actes, à transformer une conviction intérieure en engagement réel, est la racine même de la royauté.
C’est dans ce contexte que Jacob ajoute une dimension essentielle : « Il lave son vêtement dans le vin. » Le « vêtement » n’est pas l’homme lui-même, mais ce par quoi il se manifeste. Il représente le geste, la décision, l’intervention dans le réel. Jacob ne se contente donc pas de bénir l’action ; il la bénit afin qu’elle soit imprégnée de « vin », c’est-à-dire de chaleur, de joie et d’attachement. Une action juste, même nécessaire, ne saurait être sèche ou mécanique ; elle est appelée à être animée par une relation vivante.
Mais Jacob va plus loin encore : « Et son manteau dans le sang des raisins. » Car il est des moments où la proximité se dérobe, où la joie se fait lointaine. Alors naît une autre forme d’amour : celui du manque, de l’attente, de l’élan vers ce qui n’est pas encore là. Un amour parfois douloureux, mais d’une intensité capable de traverser les obstacles et de raviver le lien.
Ainsi, la bénédiction de Juda nous enseigne que l’essentiel n’est pas seulement ce que nous faisons, mais la manière dont nous le faisons. Tremper nos actes dans le « vin », lorsque la clarté et la proximité sont là. Et, lorsque ce n’est pas le cas, les plonger dans le « sang des raisins », dans ce désir ardent de mieux faire, de se rapprocher, de réparer.
Chaque geste accompli avec cette conscience rapproche le monde de son achèvement. Car lorsque l’action est portée par l’amour – qu’il soit serein ou brûlant – elle ouvre la voie à la Délivrance et prépare la venue de Machia’h, le descendant de Juda.
Chabbat Chalom !
Vos amis @ Fr.Chabad.org
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