L’existence de l’univers

Dans la lecture de la Torah de cette semaine, la paracha de Vaét’hanane, nous lisons :

« Il t’a été montré, afin que tu saches, que l’Éternel est D.ieu, il n’y a rien d’autre que Lui. (…) Sache aujourd’hui, et grave-le dans ton cœur : l’Éternel est D.ieu dans les cieux en haut et sur la terre en bas, il n’y a rien d’autre. » — Deutéronome 4, 35;39

Si ces deux versets affirment l’unicité divine, ils semblent aller bien au-delà. Non pas seulement : « Il n’y a pas d’autre dieu », mais bel et bien : « Il n’y a rien d’autre. » Rien, ni table, ni arbre, ni planète, ni moi-même.

C’est ainsi que l’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’explique dans le Tanya. Il ne s’agit pas d’une formule poétique ou symbolique, mais d’une réalité ontologique. L’univers que nous percevons comme solide, structuré, peuplé de myriades d’êtres et de lois physiques, n’existe que de notre point de vue. Du point de vue de D.ieu, il est comme une lumière dans son astre d’origine : sans consistance propre, sans autonomie.

Imaginez un rayon de soleil : il nous éclaire, nous réchauffe, nous semble bien réel. Mais au sein du soleil lui-même, ce rayon n’a pas d’existence distincte. Il n’a de sens qu’en tant qu’émanation vers l’extérieur. Dans sa source, il se fond dans une unité plus grande que lui. Il ne s’éteint pas, mais il n’est pas une « lumière distincte ». Il est le soleil.

Le monde tout entier, enseignent les maîtres ‘hassidiques, est cette lumière. Il n’a de présence apparente que parce que nous nous croyons en dehors de la Source. Mais en vérité, il n’a jamais quitté D.ieu. Son existence est relationnelle, non intrinsèque.

Et pourtant, cette idée n’a rien de nihiliste. Elle nous élève. Car si le monde n’existe que pour révéler la lumière divine, alors tout, absolument tout, devient porteur de signification. Chaque chose, chaque rencontre, chaque instant a une mission sacrée. La matière n’est pas un obstacle, mais un voile lumineux, une interface subtile entre le Créateur et Sa création.

Il nous appartient de percer ce voile. De méditer ces versets non comme un dogme, mais comme une invitation à regarder le monde différemment. À voir dans chaque détail une expression de D.ieu, et en nous-mêmes, non pas une existence indépendante, mais une vibration de Sa volonté.

C’est cette conscience qui prépare la venue du Machia’h. Car alors, dit le Zohar, “D.ieu retirera le soleil de son étui” : la lumière ne sera plus dissimulée, et nous verrons que tout ce qui est… n’est rien d’autre que Lui.

Chabbat Chalom !


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